BNP Paribas contraint dans sa croissance

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Les résultats 2013 déçoivent. Les perspectives plus encore.

Jean-Laurent Bonnafé, directeur général du groupe. Fabrice Dimier/Bloomberg

A 45 %, le taux de distribution de BNP Paribas à ses actionnaires pour les exercices de 2013 à 2016 est révélateur. Dès la prochaine assemblée générale, la banque de la rue d’Antin va proposer un dividende d’un montant certes plus de deux fois inférieur à celui d’avant-crise (1,50 euro contre 3,26 euros pour 2007), mais équivalent à un taux de distribution de 40,8 %, alors que ce dernier était historiquement compris entre 25 % et 40 %.

Cela démontre deux choses. D’une part, le groupe n’a plus besoin d’engranger de résultats pour renforcer ses fonds propres. D’autre part, il ne serait pas légitime qu’il en conserve davantage. Son objectif de RoE (rentabilité du capital investi) n’est que de 10 % à horizon 2016 – à peine supérieur au coût de son capital –, tandis qu'UBS vise alors 15 %, et Société Générale et Deutsche Bank, respectivement 10 % et 15 % dès 2015. Et la progression de son produit net bancaire (PNB) ne dépassera guère les 10 % sur trois ans (2013-2016). Cette « expression chiffrée de nos ambitions », telle que l’a soulignée Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, a de quoi décevoir. « Peut mieux faire », a d'ailleurs estimé le marché où le titre a baissé après la présentation du 13 février.

S’adapter en Europe

Différentes contraintes expliquent le recul de 0,6 % du produit net bancaire (PNB) entre 2012 et 2013 (lire le tableau) et pèsent sur la croissance du groupe à moyen terme. Les exigences réglementaires ont leur part. Au-delà des ratios de solvabilité s’ajoutent ceux de liquidité. BNP Paribas affiche déjà un ratio de common equity tier 1 en Bâle III plein de 10,3 % et un ratio de levier de 3,7 %. Ce bon élève a aussi accru ses dépôts (+5,1 % sur ses marchés domestiques) afin de respecter le ratio de liquidité à court terme (LCR). Il se targue enfin d’une réserve de liquidité mobilisable de 247 milliards d’euros, soit plus d’un an de marge de manœuvre par rapport aux ressources de marché. Il a d’ailleurs remboursé les avances de liquidités de la Banque centrale européenne (LTRO) pour la France et la Belgique, mais pas pour l’Italie.

Outre la réglementation, qui est la même pour tous les grands groupes bancaires, ce qui pénalise BNP Paribas plus spécifiquement, c’est la répartition de ses activités : 75 % sont exercées en Europe de l’Ouest où la croissance patine. D’ailleurs « l’augmentation du coût du risque [à plus de 4 milliards d’euros, soit 6 points de base de plus qu’en 2012, NDLR] vient intégralement de l’Italie », a admis Jean-Laurent Bonnafé. De plus, en France et en Italie, le PNB des banques de détail recule de 0,5 % en un an, tandis qu’il ne croît que de 0,1 % en Belgique. De ce point de vue, BancWest (la banque de détail du groupe aux Etats-Unis) fait encore moins bien : -3,2 %. Ce phénomène tendanciel pousse au renouvellement de l’offre. Jean-Laurent Bonnafé mise sur les synergies avec Personal Finance et l’assurance, mais aussi sur une refonte des réseaux.

En Belgique, le plan d’adaptation qui a été annoncé en mars dernier a permis une amélioration du coefficient d’exploitation soulignée par le directeur général, mais qui reste tout de même

de 73 %, contre 65,2 % en France. De ce côté de la frontière, « il n'existe pas de plan national de réduction du nombre d'agences, mais seulement des plans d'adaptation dans certaines régions », a soutenu François Villeroy de Galhau, directeur général délégué (DGD). A Paris, 14 agences vont fermer (sur 230). Au-delà, une restructuration des 2.200 points de vente est tout de même prévue avec « un projet tournant autour de trois formats d'agence : 'express', 'conseil' et 'projets' », a indiqué le DGD.

Déploiement d’Hello Bank

« La technologie pousse à évoluer », a justifié Jean-Laurent Bonnafé. La solution passe par le lancement d’Hello Bank, dans quatre pays, pour un coût de 65 millions d’euros en 2013, a indiqué François Villeroy de Galhau. A l'horizon 2017, le groupe vise 1,4 million de clients, dont 500.000 en France où la banque en ligne en a conquis 13.000 en six mois, au lieu des 25.000 attendus. Si 66 % d’entre eux sont de nouveaux clients, associant le nom du groupe à cette nouvelle marque – « Hello Banque, by BNP Paribas » –, on peut se demander si l’intention n’est pas, à terme, de transférer des clients du réseau vers la banque en ligne.

C’est en Allemagne qu'Hello Bank fait la plus belle percée, avec 113.000 clients. Toutefois cette conquête repose sur la transformation de Cortal Consors – un premier pas sur ce « marché cible pour notre croissance en Europe », selon les termes de Jean-Laurent Bonnafé. L’Allemagne constitue en effet un des cinq grands axes stratégiques du groupe pour 2016, comme la poursuite du développement en Turquie et des métiers spécialisés : l’assurance, Securities Services et Personal Finance. Le premier axe étant de renforcer « encore » la proximité avec les clients, particuliers et entreprises, le projet plutôt timoré de BNP Paribas explique que son programme « Simple & Efficient » soit revu à la hausse et étendu dans le temps.

Engendrant de nouveaux coûts en 2014 et 2015, mais dans l’objectif de réaliser 2,8 milliards d’euros d’économies annuelles (800 millions de plus qu’initialement prévu), il est aujourd’hui présenté comme représentant deux axes stratégiques : d’un côté « simplifier notre organisation et nos modes de fonctionnement », explique le directeur général ; de l’autre « poursuivre l’amélioration de l’efficacité opérationnelle », ajoute celui qui a réalisé l’intégration de BNL, avant celle de Fortis.

Nouveaux horizons

Jean-Laurent Bonnafé annonce son nouveau but : « développer dans la durée des fonds de commerce de qualité », le cas échéant par des partenariats, notamment dans l’assurance, partout dans le monde. S’il estime à juste titre que cela « confirme le modèle économique du groupe en tenant compte des besoins des clients et de la réglementation », insistant sur le fait qu’en Russie ou en Chine, le refinancement est assuré par ses partenaires, il envisage tout de même d’aborder de nouveaux horizons et de reprendre la main dans certaines activités.

Sur la zone Asie-Pacifique, BNP Paribas doit faire croître de 2,5 milliards d’euros, fin 2013, à plus de 3 milliards, en 2016, les revenus combinés de sa banque de financement et d’investissement (BFI) et d’Investment Solutions. En Amérique du Nord, il doit consolider sa présence grâce à une plus grande coopération entre BancWest, désormais dotée d’une activité de banque privée, et sa BFI. Il a ainsi obtenu un accord de principe des autorités compétentes pour développer progressivement le financement d’entreprises américaines par BancWest qui dispose de toute la liquidité nécessaire du fait de ses dépôts.

La trajectoire et les objectifs chiffrés de chaque métier seront présentés le 24 mars, notamment l’adaptation dans les marchés de capitaux (avec un objectif de rendement du capital investi supérieur à 20 %) et la gestion d’actifs. Cette dernière a encore vu ses actifs sous gestion diminuer de 8,7 % en un an. Elle doit à l’avenir retrouver une tendance positive et se développer auprès de la clientèle institutionnelle, auprès des plates-formes et réseaux de distribution ainsi qu’en Asie-Pacifique et sur les marchés émergents. Car la gestion d’actifs est un « métier important et stratégique », a précisé le directeur général qui tient à détenir des usines puissantes au service de sa logique industrielle.

S’il n’y a donc pas de désengagements majeurs à craindre, il n’y aura pas non plus de croissance externe d’envergure, tout au plus des opérations ciblées, comme en Pologne avec BGZ (lire l’entretien). Tête de classe, BNP Paribas apparaît contraint dans sa croissance par le nouvel environnement. Au point que l’on peut se demander si, trop bon élève, il ne risque pas de voir remis les prochains prix de la performance à de plus audacieux.

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