L'avis de... Elisabeth Grandin, analyste crédit, director chez Standard & Poor’s

« BNL contribue à un déficit de dépôts »

le 21/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Quels sont les risques spécifiques des banques françaises ?

Elles font face à des vents contraires : des perspectives macroéconomiques molles qui pèsent sur les résultats, un retour éventuel de turbulences sur les marchés problématique pour certaines de leurs activités et leur refinancement, une dynamique concurrentielle qui mènerait, par exemple, à une guerre des dépôts. Ce n’est pas notre scénario central, mais c’est ce qui explique notre perspective négative sur le secteur depuis l’automne.

Vous avez aussi dégradé BNP Paribas. Pourquoi ?

La note moyenne des cinq plus grandes banques françaises est « A », contre « A+ » en 2011. Plusieurs facteurs le justifient, notamment la conjoncture mais aussi, selon notre évaluation, un niveau de fonds propres parmi les moins élevés d’Europe. BNP Paribas, qui était capitalisée au plus juste avant-crise pour optimiser son retour sur fonds propres, a très bien amélioré la situation au regard des exigences réglementaires. Mais pour nous, ce n’est pas suffisant face à la mauvaise conjoncture économique en France et surtout en Italie, autre marché domestique. Par ailleurs, le groupe garde de nombreuses forces, mais sur le plan du refinancement, sa filiale BNL contribue à un déficit de dépôts.

Sa banque de financement et d’investissement est-elle bien calibrée et peut-elle souffrir de la loi bancaire française ?

Selon nous, moins de 5 % des activités des banques françaises dans les marchés financiers sont concernées par la loi - dont nous attendons de pouvoir distinguer plus finement les contours. Plus généralement, les activités de marché sont facteurs de volatilité et de risque. BNP Paribas les gère bien et n’a fait face ni à des scandales de trading, ni à des enquêtes de manipulation des indices. De plus, après leur repli, elles représentent désormais moins de 20 % de ses revenus. Si elles pesaient systématiquement plus de 50 %, pour nous, une bonne gestion des risques ne suffirait pas à compenser leur caractère négatif sur la note.

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