L’avis de… Philippe Picagne, professeur d’université et responsable de la recherche assurance chez CreditSights

« Un besoin de capitaux entre 3 et 4 milliards d’euros »

le 22/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment jugez-vous la situation financière de Groupama ?

Le groupe est encore dans une situation très tendue. Il pâtit toujours d’un problème de solvabilité et de la faiblesse de son capital économique. En outre, son exposition de 12,8 % aux actions reste trop élevée, notamment dans la perspective de Solvabilité II. Le groupe a donc toujours un besoin de capitaux très important, entre 3 et 4 milliards d’euros. Pour renforcer ses fonds propres, soit il cède des activités, soit il augmente sa rentabilité de manière sensible. Or la capacité de Groupama à générer des bénéfices ne va probablement pas suffire pour recapitaliser le groupe.

Les cessions d’actifs annoncées sont-elles suffisantes ?

Ni la vente de Gan Eurocourtage ni celle de Groupama Insurances au Royaume-Uni ne vont permettre de colmater les brèches ni de réduire le profil de risque du groupe. Gan Eurocourtage est une pépite facile à vendre et cette cession permet de donner un premier signal au marché. Mais ce n’est pas suffisant.

Quel regard portez-vous sur les évolutions stratégiques du groupe ?

Avec une marge de solvabilité de 107 % à fin 2011, des actions fortes et immédiates sont aujourd’hui nécessaires. Le plan de 400 millions d’euros d’économies constitue un élément positif mais il n’est pas crucial pour améliorer sa rentabilité et sa solvabilité. En l’état actuel, nous ne prévoyons pas d’amélioration significative de son profil de risque. Or c’est un problème structurel pour la compagnie qui a un montant de capital économique très faible. Nous avons l’impression que la direction actuelle compte à la fois sur le soutien implicite de l’Etat français et sur l’amélioration des marchés financiers pour renforcer sa marge de solvabilité. Aujourd’hui, ils ont besoin d’un vrai plan stratégique.

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