Dossier Turquie

BBVA ajoute le marché turc à son expansion internationale

le 13/01/2011 L'AGEFI Hebdo

La banque espagnole vient de racheter 25 % de Garanti. Elle codirigera l'établissement avec son propriétaire, l'industriel Dogus.

Cela faisait longtemps que la deuxième plus grande banque d'Espagne, BBVA, espérait pouvoir entrer en Turquie. Mais les occasions étaient rares, jusqu'à celle qui s'est présentée fin 2010 : racheter la participation détenue par General Electric dans la deuxième banque privée turque en volume d'actifs, Turkiye Garanti Bankasi.

« Une opportunité unique », selon la direction de BBVA, et une cible convoitée : Santander et HSBC, entre autres, auraient regardé le dossier. Pour décrocher l'accord, la banque basque a dû faire une entorse à deux de ses grands principes : n'acheter qu'à condition d'obtenir le contrôle de la gestion et ne pas lancer d'augmentation de capital.

Selon l'accord dévoilé début novembre, BBVA s'empare de 24,9 % de Garanti pour 4,2 milliards d'euros. En plus des 18,6 % de GE, en stratégie de repli, elle acquiert 6,3 % appartenant au groupe propriétaire, Dogus, qu'elle est parvenue à convaincre de partager dorénavant la gestion de la banque. D'ici à cinq ans, BBVA pourra en outre nommer deux tiers du conseil d'administration. L'accord doit être approuvé par les régulateurs. L'opération devrait être bouclée au deuxième trimestre 2011.

« Il s'agit d'une opération intéressante et indéniablement agressive, souligne Manuel Romera, directeur du secteur financier d'IE Business School. BBVA est parvenue à un accord complexe avec Dogus. » Pour la direction espagnole, l'intérêt d'investir en Turquie est évident. « BBVA veut être présente dans des marchés au plus fort potentiel de croissance possible, a déclaré son président, Francisco González. La Turquie, à travers une banque leader comme Garanti, en est indubitablement un. »

Garanti compte 9,5 millions de clients, 837 agences, et un volume d'actifs de 60 milliards d'euros. C'est la première banque du pays en volume de prêts (13,6 % du marché) et la troisième en termes de dépôts, selon BBVA. En 2009, Garanti affichait 1,55 milliard de revenus nets et déjà 1 milliard au premier semestre 2010 (+41,5 %). C'est aussi le plus grand distributeur de cartes du pays (17,7 % du marché). « Garanti peut se targuer d'avoir la meilleure plate-forme technologique de Turquie », ajoute fièrement BBVA.

Approbation

L'annonce de l'accord a été accueillie avec tiédeur par les marchés, essentiellement parce qu'il incluait celle d'une augmentation de capital de 5 milliards d'euros, soit 19 % d'actions en plus, avec un rabais de 29 % sur le cours du titre de la banque espagnole. Mais la réussite de cette augmentation, bouclée fin novembre, a fait office de sceau d'approbation. « Cet achat correspond à l'objectif de BBVA de varier sa diversification, jusque-là très centrée sur l'Amérique latine, souligne Manuel Romera. Et le secteur bancaire turc est un marché commercial assez semblable au marché espagnol d'où BBVA tire son expertise. »

L'agence Moody's a émis un verdict globalement positif : « Avec cette transaction, le ratio de fonds propres durs de BBVA va passer de 8,2 % à 8,8 % », affirment ses analystes, qui avancent que « cet achat fera passer de 47 % à 51 % la contribution des marchés en développement aux revenus de la banque, la Turquie contribuant à hauteur de 7 % ». La banque hispanique anticipe que l'Espagne ne représentera plus que 10 % de ses bénéfices d'ici à cinq ans. Estimant que « BBVA a gonflé son augmentation de capital d'un milliard d'euros pour être plus à l'aise avec Bâle III », les analystes d'Oddo Secturities sont séduits par le potentiel prometteur de la Turquie et d'une opération qu'ils jugent « stratégiquement intéressante ».

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