Banquiers et assureurs industrialisent leurs tests de logiciels

le 10/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Dans un souci d’amélioration de la qualité de leurs applications métiers, les financiers mettent en place des usines d’essais.

Il nous faut progresser dans la rapidité de mise au point de nouveaux services ou produits, tout en préservant la qualité des applications », déclare Elena Virgos, directrice des systèmes d’information de HSBC Assurances. Avec l’avènement d’internet, les clients des banques et des assureurs ont en effet une vision plus précise et directe des opérations les concernant. Les services en ligne sont désormais une vitrine, et commerciale et technologique. « Dans notre cas, l’enjeu ne se situe pas dans la réduction des coûts, mais dans la qualité et le délai de mise en production », précise-t-elle. D’où la nécessité d’industrialiser les tests de logiciels. « Fin 2010, nous disposions d’un premier bilan avec six mois de retour d’expérience d’industrialisation des tests de logiciels, indique Elena Virgos. Nous avons constaté une réduction des délais de test de 43 % en moyenne, 60 % pour la préparation et 17 % pour l’exécution. » Même ambition chez Société Générale, « nous avons l’obligation de délivrer une production de qualité, sans défaut, pour réduire les risques. Parallèlement, les charges et les délais augmentent », constate Catherine Lepesqueur, responsable de la qualification de la DSI de la banque de détail de Société Générale. L’obsession du zéro défaut peut, en effet, conduire à l’inflation : « Si on ne se pose pas les bonnes questions sur un projet informatique, on a tendance à tout tester, ajoute-t-elle. La solution consiste à industrialiser les processus de test. Avec une approche par les risques, sur certaines applications, le gain en termes de délai peut atteindre 20 %. » Pour Mohamed Marzouki, responsable du département assurance qualité chez Société Générale Corporate Investment Banking (SG CIB), c’est clairement la qualité des applications délivrées aux collaborateurs en interne qui a motivé la création d’une usine de tests de logiciels.

Des projets en mode progressif

Après avoir automatisé les tests de logiciels sur l’assurance-vie dès 2000, HSBC Assurances a élargi cette automatisation à l’ensemble de ses principaux systèmes métiers en 2009, assurance-vie donc, internet et extranet. Le travail a porté sur les tests de non-régression, afin de s’assurer qu’ils continuaient à fonctionner après modification du logiciel, et la recette, c’est-à-dire l’adéquation entre un cahier des charges et la production informatique proprement dite. Des automates de tests HP ont été mis en place assortis de développements internes, notamment pour l’enrichissement des robots et la possibilité de faire des comparatifs de tests. « Nous avions les automates de test, nous devions refondre les processus pour industrialiser toute l’activité de test », explique Elena Virgos. Fin 2010, 70 % des tests concernant les systèmes métiers étaient automatisés et 95 % pour les systèmes de calcul, comme le rapprochement actif/passif pour les contrats d’assurance-vie en unités de compte. Pour 2011, l’objectif est d’étendre l’industrialisation des tests aux systèmes périphériques comme la comptabilité, les entrepôts de données ou l’éditique.

Chez Société Générale, la réflexion a débuté en 2008 pour la banque de détail. « Des projets d’automatisation avaient déjà été menés, raconte Catherine Lepesqueur. L’idée était de reprendre la méthodologie appliquée et de la déployer à l’ensemble du patrimoine applicatif. » Pendant six mois, les méthodologies employées et les livrables, c’est-à-dire les stratégies, les bilans de test, ont été étudiés. En mai 2009, un centre d’exécution de tests est mis en place. En juin 2010, il couvre les trois quarts du périmètre applicatif de la banque de détail. En 2011, l’ensemble du périmètre de la banque sera couvert. « Le véritable retour sur investissement sera réalisé quand toute l’activité de tests sera regroupée sur une seul site », annonce Catherine Lepesqueur.

Une réorganisation indispensable

Chez SG CIB, l’organisation de l’informatique a changé début 2009. Courant 2010, le service de production et d’assurance qualité est devenu transverse. Il existait déjà des initiatives d’automatisation des tests de logiciels initiées depuis 2004-2005, notamment dans le domaine des dérivés actions. D’ici à 2012, l’objectif est de couvrir tout le périmètre des applicatifs métiers critiques en commençant par une industrialisation progressive des tests in situ, puis la définition d’une stratégie globale pour le testing, impliquant la construction d’une usine de tests et recourant à l’offshoring par l’intermédiaire de la filiale captive du groupe Société Générale en Inde. « Depuis courant 2010, nous disposons de pilotes sur des applications bien documentées et dont nous avons externalisé en offshore certains services comme l’exécution des tests, indique Mohamed Marzouki. Nous allons désormais nous appuyer sur ces pilotes pour déployer progressivement l’industrialisation des tests. » Cette industrialisation reposera sur un catalogue de services (tests fonctionnels, de non-régression, automatisation de tests…) et une nouvelle organisation des équipes.

« L’industrialisation des tests ne fonctionne pas sans processus adaptés, affirme Elena Virgos. Les automates deviennent vite obsolètes si on ne les entretient pas. » Il faut donc un processus pour normer l’alimentation des automates et l’intégrer dès le début de chaque projet informatique. Chez HSBC, les équipes en charge de l’homologation des tests, côté maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage (recette), ont fusionné en 2010. Entre janvier et mai 2010, dix réunions de travail regroupant les deux équipes ont eu lieu.« Les ingénieurs d’automatisation ont travaillé de concert avec les personnes de la recette, ce qui a permis une grande partie des gains en termes de délais, explique Elena Virgos. De nouveaux métiers apparaissent concernant les référentiels de tests ou l’analyse des résultats. » Chez Société Générale, un gros travail de ressources humaines a été mené en 2009 pour valoriser les métiers du test, une fonction jusqu’alors peu reconnue : redéfinition, responsabilisation sur la qualité des applications, formations certifiantes (ISTQB), sensibilisation des responsables études… « Quand nous passions une annonce pour un poste à pourvoir, nous n’avions pas de réponse en interne. Depuis 2010, nous obtenons des candidatures », se réjouit Catherine Lepesqueur. Au-delà de la réorganisation des équipes et de la mise en place d’usines, « l’effort doit être continu, avec un budget récurrent, prévoyant du temps pour réfléchir aux processus qui peuvent évoluer. Et ne pas oublier que certains test doivent rester manuels », conclut Elena Virgos.

A lire aussi