Les banques tirent parti de leurs filiales d’affacturage

le 28/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Aux avantages commerciaux s’ajoute celui de disposer d’un levier d’optimisation des ratios réglementaires.

L’intérêt de posséder une filiale d’affacturage n’a pas échappé aux plus grands groupes bancaires français. Crédit Mutuel-CIC a d’ailleurs décidé, l’été dernier, de racheter à General Electric sa part de capital dans Facto CIC. Quant à BNP Paribas, il peut désormais s’appuyer sur des « centres d’affaires européens » en partie hérités de Fortis pour développer une offre globale auprès des entreprises. Et l’organisation du groupe Crédit Agricole (voir le graphique) vise aussi les ventes croisées. Mais au-delà de ces éléments commerciaux, d’autres facteurs, financiers et réglementaires, valorisent les factors au sein de leur maison mère. « Dans sa méthode avancée, Bâle II imposait déjà aux banques de préférer les crédits ‘causés’ aux lignes en blanc, commente Richard Lelong, directeur général de HSBC Factoring France. Bâle III rehausse les exigences de qualité des fonds propres et de solvabilité tout en envisageant l’instauration de deux ratios de liquidités eux-mêmes plus contraignants. Deux mesures qui, incontestablement, incitent les banques à repenser leurs manières d’accompagner le financement des entreprises. » Pour l’heure, les interrogations que fait peser à terme le ratio de liquidité long terme sur l’affacturage (lire pages 8 à 11) ne sont pas prises en compte par les groupes bancaires.

Depuis la crise, les entreprises ont davantage de difficultés à obtenir les lignes de crédit dont elles ont besoin. Mais pour tenter de se montrer moins « sélectives » et ne pas diminuer les volumes de crédit octroyés, tout en maîtrisant leurs risques pondérés et en améliorant leurs ratios réglementaires, les banques ont recours à plusieurs techniques. Ainsi, elles ont transféré des lignes de crédits court terme vers leur filiale d’affacturage. Objectif : se dessaisir d’engagements sur des segments gourmands en fonds propres au profit de structures qui, de par la nature de leur activité, peuvent optimiser leurs risques par rapport à des activités traditionnelles tels le crédit en blanc et le Dailly.

Gagner en sécurité

Depuis que les banques s’intéressent à l’affacturage pour financer ceux de leurs clients qui ont des besoins plus importants ou se trouvent en situation plus tendue, les transferts de lignes de crédit du réseau au factor maison sont déjà monnaie courante. Dans ce cas, soit le client souscrit une assurance crédit, le risque de défaillance est alors pris en charge par cet assureur et le factor intègre l’existence de la police dans son contrat ; soit la société d’affacturage assure elle-même les créances et se réassure auprès d’un assureur crédit ou d’un pool de spécialistes de la réassurance. Aujourd’hui, la tendance se renforce. « Certes, ces transferts se pratiquent depuis longtemps, constate Philippe Lepoutre, directeur général de la Compagnie Générale d’Affacturage (CGA), filiale de Société Générale. Mais il est certain que la tendance s’est accentuée avec la crise. Parce qu’avec un modèle bâlois adapté, l’affacturage peut offrir une sécurité supérieure avec une exigence de fonds propres inférieure ». La raison ? « La plupart des affactureurs analysent leurs risques non pas sur le cédant, comme le font les banques, mais sur le ‘tiré’ (le débiteur final, NDLR), précise Bernard Sancier, directeur général de Facto CIC. Or, 60 % à 70 % des créances qui nous sont cédées par nos clients correspondent à des opérations ‘corporate’ pour lesquelles la contrepartie finale est un grand groupe de l’industrie ou de la grande distribution et offre davantage de sécurité. »

Autre avantage à recourir au factor : « Lorsque les opérations sont réalisées ‘sans recours’ chez le ‘factor’, poursuit Bernard Sancier, c’est-à-dire lorsque celui-ci assure la prise en charge du risque du ‘tiré’ quelle que soit la raison de la défaillance, il peut le faire sans appel à un mécanisme d’assurance ou de réassurance. » D’une part parce qu’il s’agit de positions de court terme (60 ou 70 jours) dont il est possible de sortir assez rapidement. Et d’autre part parce que la contrepartie finale est en général un corporate. « Mais ce sont plutôt les banques qui mettent ce genre de technique en œuvre pour leurs gros clients, précise le responsable de Facto CIC. Car l’assurance crédit est coûteuse et les contrats souvent âprement négociés. En ce qui nous concerne, nous préférons contracter des assurances ou convaincre le client de le faire lui-même. »

Les sociétés d’affacturage peuvent, de leur côté, optimiser les opérations en ayant recours à la syndication. Notamment lorsque plusieurs banques se regroupent pour financer certains investissements, décident de se délester de la partie financement court terme et la confient à une syndication de factors constituée en général des mêmes intervenants que le pool bancaire. « Le marché est assez porteur sur ce créneau, observe Bernard Sancier. Et ces techniques se sont beaucoup développées parce qu’elles permettent de partager le risque et d’accompagner les banques tout en sécurisant le bas de bilan. Mais il s’agit en général d’opérations de gros volumes à suivi automatisé. »

Cela dit, les avantages ne se comptabilisent pas à sens unique : « Les entreprises, malmenées par la crise, y trouvent aussi leur compte, assure Richard Lelong. Soit parce qu’elles sont vertueuses, se développent, connaissent un accroissement de leur besoin en fonds de roulement et ont besoin de lignes de financement plus importantes. Soit, à l’inverse, parce qu’elles sont fragilisées, manquent de fonds propres et ont besoin de se financer pour survivre. Dans un cas comme dans l’autre, l’affacturage leur permet d’obtenir des lignes plus importantes et plus sécurisées. » 

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