Entretien avec... Bernard de Longevialle, responsable de la notation des banques européennes chez Standard & Poor’s

« Les banques systémiques bénéficient toujours d’un soutien public »

le 11/07/2013 L'AGEFI Hebdo

L’accord du Conseil européen sur la directive redressement et résolution aide-t-il à casser le cercle vicieux entre les banques et les Etats ?

Il faut attendre le compromis avec le Parlement européen, mais c’est un pas supplémentaire vers l’union bancaire. Cela dit, même si le « bail-in » (renflouement interne, NDLR) est présenté comme la règle, les Etats garderaient la possibilité de recapitaliser les banques avec l’argent du contribuable, sans automatiquement imposer de pertes aux créanciers seniors, afin d’éviter les effets de contagion par exemple. On s’orienterait vers des solutions à la SNS Reaal pour les banques systémiques, et un risque plus élevé pour les créanciers seniors des banques moins importantes. Nous maintenons donc le soutien public dont bénéficient, dans leurs notes, les banques systémiques des pays avec des capacités financières suffisantes, au moins jusqu’à ce que leurs bilans s’améliorent et que les réformes de structure les rendent plus simples à restructurer. Ce soutien se traduit par un ou deux crans ajoutés à leurs notes intrinsèques. Les scénarios de soutien systémique demeurent essentiellement nationaux, et les banques dépendent toujours de la santé de leurs Etats. Pour casser complètement ce lien, il faudrait un fonds de résolution européen. Or l’Eurogroupe a fixé des conditions très strictes à la recapitalisation directe des banques par le Mécanisme européen de stabilité.

Quelle est la conséquence de la préférence accordée aux dépôts ?

Cette décision était largement anticipée après les critiques soulevées par les termes initiaux du sauvetage des banques chypriotes. Une telle préférence existe déjà dans certains pays comme les Etats-Unis et l’Australie. Son instauration dans l’Union européenne a peu de chances d’avoir un impact sur les notes des banques. En effet, nos notes se focalisent sur la probabilité de défaut, et non sur les pertes attendues en cas de défaut. La préférence donnée aux dépôts pourrait augmenter les pertes attendues, mais pas nécessairement la probabilité de défaut. En revanche, nous allons examiner son impact sur le modèle de financement des banques. Elle peut favoriser la stabilité des dépôts, mais aussi rendre la dette senior non sécurisée plus chère pour les banques avec beaucoup de dépôts.

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