Banques privées

Les banques suisses peinent à grandir en France

le 17/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Confrontées à une forte concurrence, les acteurs helvétiques de taille moyenne se développent lentement à Paris dans la gestion privée.

Le marché français de la gestion de fortune est plus difficile qu’elles ne l’imaginaient. Arrivées à Paris dans le courant des années 2000 avec la certitude de s’y développer rapidement, les banques suisses, de taille moyenne, ont depuis changé de ton. Le constat est sans appel : Lombard Odier, Pictet et Mirabaud, qui se sont implantées dans la capitale entre 2001 et 2004, n’ont acquis qu’une taille modeste dans notre pays (voir le graphique), bien qu’elles figurent parmi les plus grandes banques privées suisses. « Arrivées à Paris avec des objectifs certes moins ambitieux qu’UBS ou Credit Suisse, ces banques sont restées, depuis, relativement petites », remarque Gilbert Habermann, consultant chez First Finance.

Il en va de même pour les derniers entrants. Implanté dans la capitale depuis 2006, Bordier & Cie France a dû abandonner son objectif de un milliard d’euros d’actifs sous gestion en 2014. Quant à la succursale parisienne de la Banque Cantonale de Genève, ouverte en 2010, elle ne compte que six collaborateurs. Que se passe-t-il ?

Persuadés d’être les meilleurs, les Suisses se sont rapidement heurtés à une vive concurrence. « Le marché français de la gestion privée est très compétitif car il est marqué par le poids des banques françaises, souligne Gilbert Habermann. Elles proposent désormais toute la palette de la gestion d’actifs et disposent de larges équipes, notamment en ingénierie patrimoniale et fiscale. » Les équipes des banques suisses sont, elles, beaucoup plus réduites.

Autre obstacle : depuis la crise financière, les clients sont devenus plus exigeants et réticents face aux actions et obligations qui sont au cœur de l’offre des banques helvétiques. « L’aversion au risque des clients a considérablement augmenté. Ils n’hésitent plus à délaisser les valeurs mobilières, pour investir dans l’immobilier et l’or. Les dernières mesures fiscales, notamment sur la taxation des plus-values, risquent de les inciter à aller encore plus en ce sens », estime Raphaël Spahr, directeur général de Mirabaud France. Face à la hausse de la fiscalité sur les hauts revenus, certains clients n’hésitent pas non plus à s’expatrier fiscalement.

Au bout du compte, 2012 a été, selon M. Spahr, une année difficile en termes de collecte en France, et 2013 s’annonce sous les mêmes auspices. Les actifs sous gestion privée de Mirabaud France ont certes augmenté de 8 % l’an dernier. Mais les trois quarts de cette hausse s’expliquent par la performance des marchés, et seulement le quart par la collecte.

Dans cet environnement, les banques suisses de taille moyenne, ont choisi de se développer avec prudence, en jouant la carte du très haut de gamme. Chez Pictet, pour ouvrir un compte, il faut déposer un minimum de 1,6 million d’euros d’actifs. « Nos clients détiennent en moyenne entre 3 et 20 millions d’euros chez nous », souligne Dominique Benoit, directeur banque privée de Pictet France.

Cap sur la gestion institutionnelle

Les unes et les autres hésitent, par ailleurs, à adopter le statut bancaire, au vu de son coût. Seule Pictet a choisi d’être une banque, dès le départ. Pourtant, jusqu’à présent entreprise d’investissement, Lombard Odier & Cie se prépare à le devenir également (lire l'encadré). « Pour réussir en France, en gestion privée, il est désormais indispensable de proposer aux clients des crédits, des moyens de paiement, et une ingénierie patrimoniale et fiscale », estime un spécialiste.

Face à un marché difficile, la diversification est de mise. Au-delà de la banque privée, Pictet, Lombard Odier et Mirabaud ont mis le cap sur la gestion pour le compte d’institutionnels. Les encours de Pictet France s’y élèvent à 2,8 milliards d’euros à fin 2012. Cela représente les deux tiers de son activité, alors qu’au niveau mondial, les deux métiers sont à parité. Chez Mirabaud France, l’encours de l’asset management a augmenté de 25 % l’an dernier, à 400 millions d’euros fin 2012. « Nous souhaitons développer la gestion institutionnelle qui bénéficie de perspectives de croissance plus fortes que la gestion privée », déclare Raphaël Spahr, son directeur. « Dans la gestion institutionnelle, les marges sont moins élevées que dans la banque privée, mais les volumes sont plus importants et les services annexes moins nombreux, d’où une meilleure rentabilité », juge Dominique Leprevots, président du directoire d’UBI, filiale du groupe suisse Union bancaire privée, qui a choisi de n’être présent que dans ce métier en France. Aussi, les banquiers suisses accélèrent-ils leur développement vers la clientèle institutionnelle.

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