DOSSIER Financement des PME

Les banques restent incontournables

le 27/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Le crédit bancaire reste un sujet de préoccupation, même si les établissements financiers sont davantage à l'écoute.

Pour les petites entreprises, le financement représente une préoccupation majeure. Certes, les sociétés de moins de 250 salariés sont confrontées avant tout au ralentissement économique qui pèse sur leur activité, particulièrement depuis 2012. Mais les restrictions des financements bancaires sont un sujet pour 25 % des dirigeants de PME françaises, selon le dernier baromètre Atradius sur les paiements, contre seulement 17,9 % pour les entreprises d’Europe occidentale. La situation des PME est d'autant plus compliquée qu'elles ont déjà affronté une conjoncture très difficile en 2012 et puisé dans leurs fonds propres, si bien qu’elles se retrouvent très fragilisées et mal armées pour obtenir facilement du crédit. Or ces entreprises sont financées essentiellement par du crédit bancaire. « Plusieurs entreprises suivies par notre cabinet sont confrontées à des banques frileuses vis-à-vis de leurs demandes de crédit d’investissement et à des durées de prêts réduites ; les seuils de délégation au niveau régional ont été revus à la baisse », corrobore Jean-Louis Mullenbach, associé du cabinet d’expertise-comptable Bellot Mullenbach et Associés.

Pourtant, les banques de l’Hexagone se défendent de toute restriction de leur offre, Société Générale pointant par exemple des taux d’acceptation très stables depuis sept à huit ans, de même que BPCE, spécialiste des PME, où le taux d’obtention de nouveaux crédits est constant, entre 87 % et 88 % depuis un an. Statistiquement, l’octroi de crédits aux petites entreprises continue de progresser malgré la baisse de l’activité (voir le graphique) et les banques mettent en avant une moindre demande, notamment en crédit d’investissement. « Elle est passée de 21 % au deuxième trimestre 2012 à 18 % au premier trimestre 2013, ce qui représente une baisse de 15 % en valeur relative, indique Franck Oniga, directeur marchés des professionnels, entreprises et institutionnels de BPCE Ile-de-France. Notre production de nouveaux crédits d’équipement s’inscrit dans cette tendance, en baisse de 18 % au premier trimestre. » Compte tenu du ralentissement de l’activité économique, la demande en crédit d’investissement est faible tandis que celle en crédit de trésorerie pâtit du manque de visibilité sur la demande. Les croissances des encours de crédit limitées à 1 % semblent donc logiques.

Toutefois, la CGPME fait état, notamment pour les plus petites entreprises et les besoins de moins de 25.000 euros, de difficultés et de conditions durcies. Il est possible que l’autocensure des chefs de petites entreprises dans leurs demandes de crédit explique le décalage persistant entre le sentiment d’une offre de crédit restrictive et les statistiques attestant une progression des encours : l’autorestriction dans les investissements et les demandes de financement bancaire concerne 37 % des dirigeants de PME interrogés par le dernier baromètre CGPME-KPMG.

bpifrance en première ligne

De même, le succès du dispositif CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, lire page 28) conforte la thèse de réels besoins de trésorerie : le préfinancement du CICE a reçu un bon accueil précisément parce qu’il apporte du cash. Lex-Oséo a déjà financé ou décidé de financer 4.000 dossiers pour un montant de 670 millions d'euros. L’accord de place avec les banques porte sur un volume de préfinancement de 2 milliards d’euros.

Cette mesure d’urgence s’inscrit dans un vaste plan de mobilisation en faveur des PME, où l’Etat se veut force d’entraînement. La banque publique d'investissement, bpifrance, est en première ligne, notamment sa branche crédit, l’ex-Oséo. « Un nouveau fonds de garantie permet d'accompagner, jusqu'à 1,5 million d'euros (plafonds de risques maximum bpifrance sur une entreprise ou groupe d'entreprises), une banque qui décide de consolider un crédit court terme en moyen terme, indique Souleymane Ndiaye, délégué régional à la direction régionale Paris de l’établissement. 2.000 dossiers ont déjà été financés ou sont sur le point de l'être pour un total de 120 millions d'euros de risques pris. » 

Par ailleurs, la nouvelle banque publique d'investissement concentre de fortes attentes. « Nous travaillons beaucoup avec Oséo qui constitue un partenaire important pour nous permettre de lever de la dette auprès des banques, raconte Gilles Attaf, président-directeur général de Smuggler, une entreprise de fabrication de costumes installée à Limoges (10 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 150 salariés). Grâce à cet organisme, nous avons pu financer notre croissance et notamment des projets innovants comme la mise au point, pour les costumes que nous fabriquons, de tissus innovants évitant les ondes magnétiques des téléphones portables. Nous espérons que la nouvelle structure bpifrance n’aura pas seulement un rôle de 'pompier' mais aussi celui d’un partenaire de développement. »

En outre, la médiation du crédit a été relancée début 2013 et elle a également remis sur l’ouvrage les travaux de l’Observatoire du financement des entreprises. L'instance de médiation traite à 95 % des cas d’entreprises de moins de 50 salariés, les dossiers les plus difficiles. « Les banques ont pris conscience de l’importance de ne pas négliger cette clientèle de TPE/PME et elles ont mis en place depuis 2008 des outils de dialogue, note Jeanne-Marie Prost, médiatrice du crédit. C'est un engagement positif à nos yeux et la médiation du crédit a joué un rôle important dans cette prise de conscience. » Ainsi, quand elle refuse un crédit à une entreprise, Société Générale mentionne dans son courrier de réponse la possibilité de faire appel de sa décision auprès du médiateur de crédit. Des avancées saluées côté entreprises. « Nous constatons une inflexion positive dans le discours des banques sur la prise en compte des attentes des PME », relève Bernard Cohen-Hadad, président de la Commission financement de la CGPME.

Les grandes banques ont à cœur d’afficher leur soutien. Le groupe Banque Populaire s’est engagé à soutenir les investissements des PME avec 7 milliards de nouveaux crédits en 2013. « Il s’agit d’un message de confiance adressé aux PME du pays, dont 42 % sont nos clientes », explique Franck Oniga. BNP Paribas a, de son côté, mis à leur disposition une enveloppe de crédits nouveaux de 5 milliards d’euros minimum et fait croître de 2,1 % ses crédits aux TPE et PME au premier trimestre 2013.

Les modalités des crédits sont aussi en ligne de mire : Société Générale ne se contente pas d’intensifier sa présence auprès des petites entreprises et d’augmenter ses crédits de trésorerie. « Nous déployons un grand projet organisationnel, qui aura entre autres pour effet de raccourcir nos circuits de décision sur les crédits aux petites entreprises, et ce de façon très significative », confie Anne Bucheli, directrice du marché de la clientèle entreprises de Société Générale. Les exigences des banques en matière de garanties des crédits et les lourdeurs dans la constitution de dossiers sont surveillées de près. « Présenter un dossier de crédit à une banque représente une démarche lourde, d’où l’idée des experts-comptables d’unifier les dossiers et les demandes d’informations, un projet est en cours à cet égard, en liaison avec bpifrance », annonce Jean-Louis Mullenbach.

Recours à la dette bancaire

En parallèle aux chantiers sur le crédit bancaire, les réflexions des acteurs et des pouvoirs publics portent sur le contexte global du financement. D’après l’étude « Funding the future » sur le financement des entrepreneurs réalisée par le G20 YES - l’organisation représentant ces acteurs auprès du G20 - et Ernst & Young, il ressort que le financement des entreprises petites et moyennes (moins de 500 millions d’euros de chiffre d’affaires) s’effectue à 91 % par dette bancaire en France contre 76 % en Allemagne, 51 % au Royaume-Uni et 20 % aux Etats-Unis. « Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que la croissance en France soit faible et les investissements des PME mal assurés, et que celles-ci aient du mal à grandir, innover, exporter et créer des emplois, indique Grégoire Sentilhes, président du G20 YES en France. C’est donc le système que nous devons faire évoluer. »

Le nouvel accord avec les assureurs-crédit, dans un contexte de dégradation des délais de paiement, fait partie de la panoplie des actions, ainsi que tous les refinancements des crédits des banques via des mécanismes de titrisation. Surtout, le financement des fonds propres représente une priorité. Et comme l’ouverture du capital peut être problématique pour une entreprise familiale, les discussions parlementaires prévues à l’automne sur le PEA- PME et son ouverture aux obligations de PME sont très attendues.

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