Les banques résistent à la pression sur les paiements

le 31/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Malgré les associations de consommateurs et les engagements de place, les banques de détail refusent de revoir leurs modèles de revenus.

Hors Dom-Tom, les tarifs bancaires sont plutôt stables en moyenne. C’est ce que constatent la CLCV (Confédération Logement et Cadre de Vie) et Mieux Vivre Votre Argent dans leur onzième étude annuelle qui repose sur des profils de consommation (petit, moyen et gros consommateurs). Néanmoins, autour de 60 % des banques ont tout de même augmenté leurs tarifs en 2012 et les écarts de prix pour un même profil de consommation restent très importants, y compris au sein d’une même enseigne, ce qui suscite des questions de la part des associations de consommateurs sur la justification économique de ces frais. Reste que le palmarès 2012 donne les meilleures places (banques les moins chères) à LCL, au Crédit Coopératif qui vient d’être intégré à l’enquête, à La Banque Postale et à BNP Paribas, et offre le bonnet d’âne (banques les plus chères) à Barclays, au CIC et au Crédit du Nord. L’UFC Que choisir, pour sa part, n’a pas réédité d’enquête sur les tarifs, estimant qu’ils variaient peu, mais a ouvert gratuitement son comparateur de frais bancaires en ligne à tous jusqu’à fin janvier.

Le vrai débat concerne les incidents de paiement. L’enquête CLCV-Mieux Vivre a calculé que les commissions d’intervention en cas d’incident de paiement s’établissaient en moyenne à 8,53 euros, allant de 0 à 16,50 euros pour BNP Paribas Martinique. Le sujet sera traité lors de l’examen de la loi bancaire qui, pour l’heure, propose simplement de plafonner ces commissions uniquement pour les clients fragiles, à savoir, selon Reine-Claude Mader, présidente de la CLCV, ceux bénéficiant de l’offre GPA, gamme de moyens de paiement alternatifs au chèque. Pour cette association comme pour l’UFC Que Choisir, ce plafonnement devrait être appliqué à tous les clients, comme sur les incidents liés aux rejets de chèques ou de prélèvements.

En outre, les cartes bancaires ont fait l’objet d’une comparaison spécifique au sein de l’étude CLCV-Mieux Vivre. Résultat : le prix moyen d’une carte à autorisation systématique s’établit à 26,30 euros, soit +2,44 %, celui d’une carte internationale à débit immédiat à 36,36 euros, en hausse de 0,84 %, et enfin celui d’une carte à débit différé à 43,98 euros, en baisse de 0,47 %.

L’intérêt du client

Les disparités restent très importantes d’une banque à l’autre, d’autant plus que certaines d’entre elles, les banques en ligne, l’offrent à leurs clients sous condition. La CLCV se demande d’ailleurs si les services supplémentaires inclus dans les cartes haut de gamme valent réellement le tarif à payer en plus. Reine-Claude Mader espère bien que la concurrence entre banques, y compris celles de la grande distribution, permettra de maintenir, voire d’abaisser le prix des cartes à moyen terme, tandis que Jean-François Filliatre, directeur de la rédaction de Mieux Vivre, craint plutôt que les établissements cherchent à augmenter les tarifs de ces produits très consommés pour endiguer leur baisse de rentabilité.

Les banques, quant à elles, examinent avec attention les différents comparatifs existants et s’en servent même pour faire évoluer leurs grilles, ce qui démontre le rôle de lobbyistes des associations de consommateurs. Mais leur véritable combat se livre plutôt au niveau institutionnel contre la Commission européenne qui a remis en cause l’existence même des commissions multilatérales d’interchange (CMI), fondement du modèle économique des moyens de paiement, et en particulier de la carte bancaire, moyen de paiement préféré des Français. La Fédération bancaire française a ainsi développé ses arguments pour défendre les CMI, qui ont déjà été réduites de plus de 30 % l’an dernier à la suite d’une décision de l’Autorité de la concurrence : pérennité des infrastructures, adaptation aux évolutions technologiques, développement et sécurisation de nouveaux moyens de paiement, lutte contre la fraude… Et surtout, la nécessité de répercuter ces coûts sur les consommateurs ou sur les commerçants si les CMI venaient à disparaître. Menace à peine voilée à laquelle ne croient ni la CLCV ni l’UFC Que choisir. Pourtant, estime Florent Jacquet, partner chez Simon Kucher & Partners, « si le financement de ce système interbancaire disparaît, il y a un risque de fragmentation des modes et des zones de paiement, ce qui introduirait de la complexité et des coûts pour les commerçants et les clients ». Les expériences australienne et espagnole n’ont d’ailleurs pas tellement bénéficié aux consommateurs. Mieux vaudrait ne pas perdre de vue leur intérêt. Une transparence renforcée de la part des banques pourrait tout de même améliorer leur compréhension du sujet.

A lire aussi