Entretien avec... Jean Coumaros, directeur associé senior et responsable mondial du secteur bancaire chez Capgemini Consulting

« Les banques présentes en Turquie ont une vision de long terme »

le 29/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Le ralentissement économique remet-il en cause le dynamisme des banques turques ?

Il va entraîner une baisse des revenus et de la rentabilité, mais pas nécessairement une révision des plans d’ouvertures d’agences. Ceux-ci ne reposent pas sur des hypothèses de croissance hors norme par rapport au potentiel du marché. D’une part, seuls 40 % des Turcs possèdent un compte en banque et 65 % ont moins de 35 ans. D’autre part, la clientèle est encore concentrée dans les segments urbains et aisés : 35 % des agences sont à Istanbul et sa région, et 30 % dans les quatre autres grandes villes du pays, avec un taux de bancarisation proche des pays occidentaux.

Une consolidation est-elle exclue ?

Tant qu’il y aura de la croissance, les mastodontes comme Ziraat et Isbank (deux des trois banques d’Etat, NDLR) n’auront pas besoin d’acheter des actifs pour croître. Les groupes étrangers veulent continuer à gagner des parts de marché mais Citi, BBVA et UniCredit doivent composer avec des actionnaires locaux fortement présents au capital de leur filiale turque. Le pays fait partie des marchés cœur de HSBC qui vise la 5e place (contre la 11e aujourd’hui, NDLR), mais la banque sino-britannique ne semble pas prête pour le moment à racheter DenizBank ou Finans Bank (filiales de Dexia et National Bank of Greece, NDLR).

Faute d’acheteurs, certains actifs pourraient-ils être cotés ?

La Turquie étant désormais en catégorie invesment grade (non spéculative, pour sa dette libellée en monnaie locale, NDLR), certaines banques ont, l’an dernier, émis des obligations sélectionnables par de grands investisseurs internationaux. Dans la même logique, des introductions en Bourse sont plausibles. Cinq des dix premières banques sont déjà cotées.

Des banques peuvent-elles quitter le pays ?

Ce n’est pas exclu, mais celles qui sont encore présentes ont une vision de long terme, loin de l’hyperspéculation des années 80 lorsque l’inflation atteignait des records. Le sauvetage du pays par le Fonds monétaire international en 2001 a entraîné un assainissement de l’économie et des banques. Leur nombre a diminué de 40 % et celles qui ont survécu sont soumises à des normes de solvabilité, de liquidité et de contrôle très strictes, ce qui réduit le risque de bulle.

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