BANQUES - On ne bouge plus !

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Sur fond de réduction des effectifs et de réorganisation, elles révisent leurs projets de déménagement en région parisienne.

Le siège de Crédit Agricole à Montrouge. Photo: Pascal Sittler/REA

C’est un immense terrain vague qui s’étend sur 23.000m², au pied de la gare du RER A de Val de Fontenay (Val-de-Marne). L’endroit est désert et il n’y a aucun signe d’activité. C’est pourtant là que doit voir le jour le campus de Société Générale, prévu pour accueillir 5.500 personnes, en plus des 5.000 salariés de la banque travaillant déjà à Val de Fontenay. Mais les travaux de construction qui devaient commencer l’an dernier n’ont pas débuté. Et aucune date ne semble plus fixée. Les raisons ? « Nous lançons actuellement l’appel d’offres pour la construction. Mais notre budget est très serré, et il va peut-être falloir trouver quelques variantes à notre projet », explique Jean-Marc Castaignon, directeur de l’immobilier groupe de Société Générale. Surtout, à un moment où la banque, confrontée à une rentabilité en berne, se réorganise et supprime des postes, le principal problème est de savoir qui va occuper les bureaux de Val de Fontenay. Il y a un an encore, il était prévu que 5.500 salariés des activités de « back » et « middle-office » travaillant à La Défense emménagent dans ce campus, où le loyer est bien moins élevé. Cela n’est désormais plus le cas. « Une entité ou un métier complet de Société Générale pourrait s’y installer, ou un technopole basé sur l’innovation financière, indique Jean-Marc Castaignon. Le campus étant divisible, il pourrait aussi accueillir des filiales de notre banque. » Le campus pourrait même recevoir d’autres entreprises que Société Générale. La question ne serait pas tranchée.

Incertitudes pour Val de Fontenay

Toutes les pistes étant ouvertes, le site doit désormais être louable, voire vendable, à d’autres sociétés. Il ne s’agit désormais plus de construire des immeubles dédiés à Société Générale. Face à un tel manque de visibilité, le projet, conçu alors que le groupe était encore en phase de recrutements, a de facto évolué. « Nous devons être flexibles pour nous adapter à un environnement changeant », atteste Jean-Marc Castaignon. Or l’exercice est d’autant plus difficile que dans l’immobilier, les délais de construction s’échelonnent sur plusieurs années. Société Générale est loin d’être la seule banque confrontée à cette difficulté.

Egalement en phase de réorganisation et de réduction d’effectifs, d’autres établissements français sont obligés de revoir leurs projets de déménagement en région parisienne. Couplés à de vastes opérations immobilières, telles la construction de campus ou la rénovation d’un quartier, ces projets ont été élaborés il y a quelques années, en périodes de recrutements soutenus. Leur objectif était de réaliser des économies, notamment de loyer, en quittant le centre de Paris ou La Défense, et de rassembler les équipes (lire l'entretien). Mais les banques sont aujourd’hui confrontées à des incertitudes sur l’évolution même de certains de leurs métiers, donc de leurs effectifs. D’ailleurs, selon le cabinet de conseil Keops-Colliers International, les grandes surfaces louées ou acquises par le secteur Banques/Assurances se sont effondrées de 70 % en 2012 par rapport à 2011 (voir le graphique). L’impact sur le marché est visible, car les services financiers concentrent en moyenne 15 % à 20 % du segment des transactions de plus de 5.000 m2 chaque année, contre 5 % en 2012. Dès lors, qui installer alors dans les immeubles de bureaux en construction, ou en voie de l’être ? Telle est la question que se posent désormais leurs directions.

C’est notamment le cas chez BNP Paribas. L’établissement avait projeté de rassembler l’ensemble de sa banque de financement et d’investissement (BFI) sur le boulevard MacDonald, dans le nord-est parisien (lire l'encadré). Mais les nouveaux immeubles n’accueilleront finalement pas toute la BFI. Aussi, pour ne pas rester vide, l’un des bâtiments pourrait être occupé par d’autres salariés de la banque, ou être loué à une autre entreprise « Dans un contexte de crise, il est difficile de continuer d’augmenter la superficie des bureaux, constate Joël Debeausse, délégué syndical national adjoint SNB chez BNP Paribas. Dans les années à venir, sur fond de baisse des effectifs, les projets immobiliers des banques vont être revus, réorientés, voir abandonnées. C’est comme dans une famille, quand les enfants s’en vont et que la maison devient trop grande. »

Changement de cap pour CA CIB

Dans cet environnement incertain, Crédit Agricole semble également revoir ses projets. Le déménagement à Montrouge (92) du siège de Crédit Agricole SA (CASA) autrefois situé à Montparnasse à Paris, s’est certes achevé, comme attendu, en 2011. En janvier 2013, la filiale Crédit Agricole Leasing & Factoring s’est également installée, comme prévu, à Montrouge sur le campus construit sous la houlette de Crédit Agricole Immobilier. Au total, 3.300 personnes travaillent aujourd’hui sur ce site baptisé Evergreen, dans des immeubles modernes de quelques étages, organisés en « open space ». « L’objectif d’Evergreen est de rassembler une grande partie de nos équipes sur un même site pour mieux les faire collaborer, et de réaliser des économies, explique Agnès Coulombe, directrice du projet Evergreen chez CASA. Le prix du mètre carré à Montrouge s’élève à 350 euros, contre 500 euros à Montparnasse et à La Défense. »

Cependant, initialement annoncé pour 2013, le déménagement à Montrouge de la BFI, CA CIB, basée à La Défense, a été retardé. « Le déménagement de CA CIB est prévu pour 2016 », indique Agnès Coulombe. Les raisons ? La construction, sur le campus de Montrouge, de la tour Eole destinée à accueillir les salariés de CA CIB a pris du retard. Elle ne sera livrée que fin 2015. En attendant, le siège de la banque d’investissement situé 9 avenue Paul Doumer aurait été vendu « occupé » pour 188 millions d’euros à un fonds d’investissement en 2012, pour une durée de quatre ans (L’Agefi Hebdo du 17 janvier).

Or depuis l’annonce du déménagement, la banque d’investissement du Crédit Agricole, autrefois en pleine expansion, a été frappée par les plans de restructuration. Ses effectifs se sont réduits, tombant à environ 4.500 personnes à La Défense. Et cette baisse devrait se poursuivre, sous l’effet du plan de départs volontaires et du déménagement. Sa filiale, le courtier Cheuvreux, également basée à La Défense, vient par ailleurs d’être cédée à Kepler Capital Market.

Face à cette situation, le projet de construire à Montrouge un autre bâtiment, Silvae, en plus de la tour Eole pour recevoir tous les collaborateurs de la banque d’investissement, comme le prévoyait le plan initial, ne paraît plus à l’ordre du jour. « Le projet Silvae n’a pas démarré et semble en somnolence », note un syndicaliste. Une autre option, moins coûteuse, semble décidée. Il s’agit de la construction d’un nouvel immeuble, Alsace, sur le site de Saint-Quentin-en-Yvelines (78), où travaillent déjà des employés de CA CIB et où le terrain coûte 180 euros au m². Cette construction validée en 2012 et qui a déjà démarré s’inscrit dans la rénovation du campus de Saint-Quentin, baptisé Everwood. « Grâce cet immeuble et à la rénovation, le site de Saint-Quentin pourra accueillir 1.800 postes de travail supplémentaires à partir de 2016 », souligne Agnès Coulombe. CA CIB, serait ainsi scindé entre Montrouge et Saint-Quentin-en-Yvelines. La priorité ne serait plus de réunir la plus grande partie de la banque d’investissement sur un même site. « La décision sur qui ira où sera prise au plus tard en 2015 », ajoute Agnès Coulombe. Les déménagements sont donc loin d’être terminés…

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