Les banques misent sur le Saas pour leur offre de prélèvement Sepa

le 17/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Parce que leurs clients émetteurs n’ont pas les moyens de gérer les mandats Sepa, les banques proposent des offres spécifiques.

Beaucoup de gens, y compris au sein des banques, sont tombés de haut quant à l’ampleur du travail à fournir à la suite du changement de centre de gravité de la gestion des mandats dans le cadre du Sepa (Single Euro Payments Area, NDLR) », déclare Gaston Rechenmann, directeur général délégué de Tessi Sakarah, éditeur de logiciels spécialisés dans la transmission et le traitement des flux de données interbancaires. En février 2014, ce sont en effet les créanciers, et non plus leurs banques, qui devront assumer la responsabilité de la gestion des mandats, un document signé et transmis par le débiteur à son créancier, autorisant le prélèvement. « De nombreux métiers sont affectés, les départements juridiques, les départements commerciaux pour le suivi de la relation client, la DSI… », énumère Gaston Rechenmann. Concernant l’informatique, la gestion des mandats implique de les dématérialiser, les stocker sous format numérique, enregistrer toutes les modifications au cours de leur existence, d’informer le débiteur sur le prélèvement à venir. Surtout de modifier leurs systèmes pour traiter des flux XML, le format d’échange numérique défini par le Sepa. Un format complètement différent des fichiers à plat encore utilisés et régis par la norme CFONB… Cela représente des modifications significatives du système d’information. « Pour une PME, ces ajustements pourraient atteindre 200.000 euros, selon le Club des experts Sepa », prévient Alfonso Torres, qui travaille pour la maîtrise d’ouvrage au sein du département paiements domestiques de l’éditeur de progiciels bancaires SAB.

En ces temps d’investissements limités par des marges écornées par la crise, les entreprises ne sont pas prêtes, loin s’en faut. D’autant plus que le ROI (retour sur investissement) n’existe pas pour ce genre de projets, cette migration Sepa ne représentant qu’un coût, à l’exception des grands émetteurs de mandats ayant une problématique d’envergure européenne, pour qui l’optimisation de leur cash-flow au niveau global représente une opportunité. Certains consultants spécialisés pointent également un autre avantage pour les grands émetteurs, comme EDF ou les opérateurs de téléphonie par exemple : garder la main sur l’intégralité de leur filière

cash managementet mettre plus facilement en concurrence leurs banques en fonction de la qualité du traitement de ces flux de prélèvements Sepa.

Gestion de mandats

Si les grands émetteurs sont équipés avec une solution logicielle ad hoc, la plupart des entreprises concernées n’ont pas forcément les moyens ni la volonté de mettre leur système d’information à niveau pour février 2014. Les banques, de leur côté, n’ont pas eu le choix et ont fourni un gros effort pour adapter leur informatique. Elles doivent en tout état de cause assurer la continuité des paiements Sepa car si l’un de leurs clients se retrouvait dans l’impossibilité d’émettre des flux relatifs à un prélèvement Sepa, elles seraient sous la menace de pénalités à payer. Mais proposer une offre de gestion des mandats à leurs clients implique des investissements alors que moins de 1 % des prélèvements s’effectuent en mode Sepa à ce jour.

« Le mode Saas ('Software as a Service', solution applicative accessible via internet, NDLR) leur apparaît donc comme idéal dans ce contexte incertain : pas d’investissement nécessaire et peu d’interaction avec leur système d’information », note Nicolas Métivier, directeur général de Clear2pay France, éditeur spécialisé dans le traitement des paiements. Crédit Agricole et CSC viennent d’annoncer un partenariat sur une offre « MandateWAY », qui sera notamment accessible sur ce mode. Autre exemple, l’offre de Société Générale, Sepa Solutions, s’appuie, en marque blanche, sur la solution Saas d’Atos. « Nous avons retenu le mode Saas pour deux raisons, souligne Marinette Defaux-Gondouin, chef de produit Prélèvements chez Société Générale. La première concerne la sécurité, le mode Saas nous évite des connexions directes à notre système d’information. La seconde raison est la responsabilisation du créancier quant à la gestion de ses prélèvements puisque dans cette configuration, le créancier reste le garant de l’envoi de ses remises d’opérations et de la confirmation de leur traitement. » Et à la DSI de la banque à l’enseigne rouge et noir, on confirme : « Aucune évolution majeure n'a été nécessaire dans notre système d'information pour la mise en place de l'offre Sepa Solutions gestion de mandats. En effet, les remises de SDD (Sepa Direct Debit) entrent dans le système d'information Société Générale comme si elles venaient directement du client. Mais des évolutions à la marge ont été réalisées comme pour la facturation du service. »

Le mode Saas privilégié

Deux options de Sepa Solutions sont encore en développement : l’éditique (gestion des envois au débiteur, des mandats mis en place, flux retour du débiteur vers le créancier, dématérialisation des mandats…) et la signature électronique qui sera disponible sous deux versions (envoi d’un certificat à usage unique par SMS et identification par le premier paiement par carte bancaire). De leur côté, les éditeurs de solutions spécialisées enregistrent une forte demande pour leurs modules dédiés à la migration Sepa et à la gestion des mandats. Ainsi, chez Sopra, dix projets sont en cours de déploiement dans des banques françaises, contre deux en 2012. Chez Tessi Sakarah, dont l’offre comporte également un module dédié, Gaston Rechenmann constate un recours prépondérant au Saas, car plus simple et plus rapide à déployer ; mais il prévoit une migration vers un modèle intégré une fois que les volumes auront décollé. « Nous réfléchissons à un module de gestion des mandats pour le compte des créanciers permettant la saisie et l’intégration des mandats avec la gestion réglementaire associée comme, par exemple, informer le débiteur de l’émission d’un mandat. Mais pour l’instant, au sein de notre club utilisateurs, il n’y a pas encore de demande formalisée », constate Alfonso Torres. Suite à des contacts avec des clients et des prospects, une option semble se dessiner pour SAB, avec le développement d’un module spécifique qui permettrait aux clients des banques de conserver leurs formats de fichiers et de protocoles existants, charge à la banque et à l’éditeur d’enrichir les opérations pour les mettre à la norme Sepa. Et le tout certainement en mode Saas.

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