Les banques italiennes anticipent déjà Bâle III

le 21/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Sous la pression politique et des nouvelles règles prudentielles, quatre augmentations de capital d’un total de 10,5 milliards ont déjà été annoncées.

Le système bancaire italien est en ébullition. Depuis quelques semaines, les annonces de recapitalisation se multiplient à tout va. En janvier, la quatrième banque du pays, Banco Popolare, avait ouvert le bal en catimini, lançant une augmentation de capital de près de 2 milliards d’euros. Mais c’est UBI Banca qui a mis le feu aux poudres le 29 mars en annonçant qu’elle pourrait lever 1 milliard d’euros. Si cette annonce a pris tout le monde de court, le marché n’était pourtant pas au bout de ses surprises. Le 6 avril, c’est au tour d’Intesa Sanpaolo, dans un accès inattendu de zèle, de dégainer en dévoilant une augmentation de capital de 5 milliards d’euros. « On ne comprend pas pourquoi Intesa Sanpaolo demande tout cet argent au marché, alors que son plan industriel ne révèle aucune stratégie offensive, souligne un analyste milanais. La banque semble se contenter d’une position très défensive. » Cinq jours après, Banca Monte dei Paschi di Sienna (BMPS) lui emboîte le pas, indiquant vouloir lever 2,47 milliards d’euros sur le marché.

Exhortations politiques

Assez traditionnel et orienté vers son marché domestique, le système bancaire transalpin a pourtant bien résisté à la crise financière. Aucune banque n’a dû être recapitalisée d’urgence par l’Etat. Mais l’imminence des tests de résistance et la nouvelle réglementation Bâle III, qui se profile à l’horizon 2013, ont changé la donne et expliquent aujourd’hui cette salve de recapitalisation, provoquant ainsi un véritable effet boule de neige. Et pour cause. Le niveau de fonds propres des banques italiennes demeure plus bas que celui de leurs concurrentes européennes. En décembre, la Banque d’Italie avait déjà tiré la sonnette d’alarme, évaluant à 40 milliards d’euros le besoin en capitaux des banques italiennes si Bâle III était entré en vigueur en juin 2010 et non à partir de 2013. Aujourd’hui, les analystes estiment que l’ensemble du système bancaire italien aurait toujours besoin de lever entre 15 et 20 milliards d’euros.

Surtout, depuis quelques semaines, la pression s’est accentuée très sensiblement, Mario Draghi, le gouverneur de la Banque d’Italie, ainsi que le ministre de l’Economie Giulio Tremonti multipliant les appels afin que ces dernières renforcent leurs fonds propres. « Il est évident que tout s’est accéléré depuis les exhortations de Mario Draghi au congrès Forex qui a réuni fin février analystes et opérateurs financiers à Vérone, commente un analyste basé à Londres. Les tests de résistance sortant en juin, il y a une pression accrue de la part des régulateurs, et les banques qui n’ont pas encore été recapitalisées devront s’y mettre à moyen terme. » D’autant que, comme le prédit cet analyste, « juste après les tests de résistance qui seront publiés en juin, le ratio Core Tier one à 10 % deviendra le nouveau niveau standard ».

Considérée comme étant en bonne santé financière, Intesa Sanpaolo, première banque de détail de la péninsule et deuxième groupe bancaire du pays derrière UniCredit, n’avait jamais ainsi fait appel au marché durant la crise. « Cette décision a mûri ces trois, quatre dernières semaines », a précisé Giovanni Bazoli, son président du conseil de surveillance, confirmant à demi-mot les pressions subie par l’établissement de la part des autorités de contrôle et du marché. A contrario, certains se défendent clairement d’avoir cédé à la pression politique. « Cette opération ne nous a pas été demandée par la Banque d’Italie. Elle n’a pas été décidée en vue des tests de résistance, pas plus qu’elle n’est destinée à financer des fusions ou des acquisitions, s’est justifié Victor Massiah, directeur général d’UBI Banca, devant les analystes. C’est une démonstration de force et non de faiblesse. Nous préférons jouer en attaque plutôt qu’en défense. »

De fait, pour certains établissements, l’objectif poursuivi est d’abord de rembourser les Tremonti bonds, ces obligations hybrides souscrites par l’Etat italien qui ont permis aux établissements bancaires locaux de renforcer leurs fonds propres tout en les incitant à octroyer davantage de prêts aux PME. C’est clairement le but de BMPS qui doit rembourser 1,9 milliard d’euros. D’autres banques ont d’ailleurs fait appel à ces Tremonti bonds, telles Banca Popolare pour un montant de 1,45 milliard d’euros, Banca Popolare di Milano (500 millions) et le Credito Valtellinese (200 millions). Mais l’essentiel est ailleurs. « Au-delà des banques qui recapitalisent pour rembourser les aides de l’Etat, ces levées de fonds vont permettre au système bancaire italien de mieux se préparer en vue des futures exigences réglementaires, reconnaît Renato Panichi, directeur Institutions financières de Standard & Poor’s en Italie. C’est plutôt positif, d’autant que le capital n’a jamais été son point de force par le passé. » En clair, l’idée est donc bien d’anticiper les futures exigences de Bâle III. De fait, à l’issue de son augmentation de capital, UBI Banca affichera un ratio Core Tier one de 8,01 %, contre 6,95 % à fin 2010. « Nous avons une vision polarisée du marché italien : d’un côté, nous aurons un groupe de banques solides et bien capitalisées, avec de bonnes possibilités de récoltes et l’opportunité de se développer par croissance interne en suivant le cours de l’économie réelle, a expliqué le patron d’UBI Banca. De l’autre, nous aurons des instituts bancaires moins solides avec de plus grandes difficultés à se financer et à suivre la reprise. Nous, nous voulons être dans le premier groupe. » Toutes les augmentations de capital dévoilées ces dernières semaines doivent clairement permettre aux groupes transalpins d’afficher des niveaux de fonds propres plus conformes aux standards européens. De fait, BMPS prévoit de faire passer son ratio Core Tier 1 de 8,1 % en 2010 à 9,3 % en 2015.

UniCredit à l’écart

Quant à Intesa Sanpaolo, avec un Core Tier one actuel de 7,9 %, il affiche déjà un coefficient en termes de fonds propres largement en ligne avec les exigences actuelles. Il est même supérieur au minimum requis par les futures normes de Bâle III de 7 % au 1er janvier 2013 et va désormais grimper à 10 %. Ce niveau de ratio le placera au premier rang en Italie du point de vue réglementaire et devrait lui permettre aussi d’entrer sans problème dans la liste des établissements « systémiques », sur laquelle est en train de plancher le Conseil de stabilité financière (FSB). De part sa taille, UniCredit devrait également faire partie de cette liste de banques qui seront soumises à des exigences en capital renforcées.

La manœuvre d’Intesa Sanpaolo a fait monter les enchères, notamment sur UniCredit. Avec un ratio Core Tier one à 8,6 %, le premier groupe bancaire italien, qui jouissait jusqu’à l’annonce de sa concurrente d’un coefficient plus fort, pourrait ne plus être considéré comme un champion… Il semble par ailleurs vouloir renoncer pour l’instant à céder sa filiale de gestion d’actifs Pioneer, opération qui devait l’aider à renforcer ses fonds propres. Même si UniCredit n’a pas l’intention pour le moment de suivre Intesa sur la voie de la recapitalisation, comme l’a répété récemment son patron Federico Ghizzoni, le marché s’attend à ce que la banque lève 6 milliards d’euros. Selon certains analystes, l’annonce pourrait même se faire dès septembre lors de la présentation de son plan industriel. Mais la liste ne s’arrête pas là. Il y a quelques jours, suite à une inspection, le gouverneur de la banque centrale a adressé une lettre quasiment comminatoire à Banca Popolare di Milano, la sommant de lancer une augmentation de capital d’ici à juin. Cette dernière, qui venait d’y renoncer, doit prendre rapidement une décision. Selon les estimations, elle pourrait lever entre 500 et 600 millions d’euros. Le secteur bancaire italien n’est donc peut-être pas au bout de ses surprises.

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