Banques françaises, un temps de répit

le 29/08/2013 L'AGEFI Hebdo

Les résultats semestriels ont rassuré. Sans pourtant dévoiler de perspectives.

Siège de Société Générale à la Défense. Les analystes notent un management plus optimiste concernant la performance opérationnelle et la solvabilité. Balint Porneczi/Bloomberg

Aucun tsunami n’a frappé les banques françaises cet été. Si l’on tremblait encore pour leurs performance, solvabilité ou liquidité, leurs bénéfices s’avèrent plutôt meilleurs qu’attendu. D’ailleurs, seul le résultat net part de groupe de BNP Paribas apparaît en recul par rapport au deuxième trimestre 2012 (lire le tableau) « mais du fait d’un effet de base lié à la cession de Klépierre l’an dernier, rappelle Kenza Bellakhdar, manager du département services financiers de KPMG en France. La performance des métiers est solide, avec en moyenne dans tous les groupes environ deux tiers des revenus semestriels provenant des activités de financement de banque de détail. » Les analystes actions de Natixis se félicitent ainsi, sur l’exemple de Société Générale, d’un management « plus optimiste tant au niveau de l’amélioration de la performance opérationnelle, notamment dans la banque de détail en France, que de la solvabilité ».

« L’activité des banques françaises, qui ont procédé à des cessions d’actifs plus tôt que d’autres banques européennes, est stabilisée par rapport à il y a deux ou trois ans, relève Kenza Bellakhdar. Elles peuvent communiquer sur leurs ratios de solvabilité et de liquidité de façon transparente, même si ce n’est pas une obligation en tant que telle. » Cela explique sans doute un intérêt nouveau pour le ratio de levier - qui mesure le rapport entre niveau de fonds propres et total de bilan. BNP Paribas l’estime à 3,4 % « sur la base du seul CET1 » (common equity tier one) au 30 juin, alors que Bâle 3 a fixé un plancher de 3 % sur l’ensemble du Tier 1 à compter du 1er janvier 2018. Société Générale annonce que son ratio passera les 3 % « à fin de 2013 » par la « contribution des résultats » et le « contrôle du bilan ». Celui de BPCE est « d'ores et déjà supérieur à 3 % ». Quant au ratio du groupe Crédit Agricole, il atteint 3,5 % mesuré sur le Tier 1.

Pour Jean Sassus d’Oddo Securities, « le niveau atteint est plutôt satisfaisant compte tenu de la taille du bilan du groupe », sachant que la Banque verte ne donne aucun élément Bâle III sur le périmètre de Crédit Agricole SA (CASA). « L’extension du mécanisme de transfert de risque vers les Caisses régionales est toujours d’actualité et sera mis en œuvre au second semestre », rappelle l’analyste d’Oddo. Jean-Paul Chifflet, directeur général de CASA, explique que seule une approche de groupe (CASA + Caisses régionales) est pertinente, pointant au passage « la rusticité » du prochain ratio de levier qui ne prend pas en compte les emplois pondérés pour lesquels il reconnaît l’intérêt d’un débat sur le calcul (lire l’entretien).

Efficacité opérationnelle

Finalement, chaque groupe se garde de grandes annonces, les commentaires portant davantage sur la maîtrise du coût du risque et la réduction des charges. Concernant la première, si elle est effective en France, elle est plus difficile sur d’autres marchés, notamment l’Italie. KPMG relève toutefois des situations contrastées selon les établissements. « La hausse du coût du risque observée chez BNP Paribas reflète d’une part la détérioration du climat économique qui touche l’activité de la banque de détail, mais également l’impact d’un dossier spécifique dans la banque de financement et d’investissement. De même le groupe Société Générale été pénalisé par une dotation complémentaire aux provisions pour litiges affectée au pôle ‘hors métiers’ à hauteur de 200 millions d’euros, explique la société d’expertise comptable. Chez BPCE et CASA, le recul du coût du risque s’explique par un effet de base. Si le renforcement du taux de couverture des douteux de la filiale italienne Agos avait conduit CASA à comptabiliser des dotations importantes sur Agos Ducato en 2012, l’impact d’un dossier spécifique de financement d’une activité de location financière s’était traduit par une dotation significative dans les métiers de banque de détail de BPCE au 30 juin 2012. »

Concernant la réduction des charges, BPCE est parvenu à 996 millions d’euros de synergies six mois avant l’échéance de son premier plan stratégique, tandis que CASA est en ligne avec son objectif de 320 millions d’économies cumulées à fin 2013. Chez BNP Paribas, l’efficacité opérationnelle (229 millions de coûts pour 330 millions d’économies récurrentes dégagées sur le semestre) est partie intégrante du « plan de transformation ». La première étape passée, « dans les deux prochaines années, nous donnerons la priorité aux synergies de revenus et à l’amélioration de l’efficacité opérationnelle, explique Frédéric Oudéa, PDG de Société Générale. S’appuyant sur un bilan très solide et l’engagement de ses équipes, le groupe est confiant dans sa capacité à dégager un ROE (retour sur capital investi, NDLR) de 10 % à partir de fin 2015. » Pour chacun des établissements, il faut attendre l’automne, voire le début 2014, pour savoir à quoi ressemblera la banque de demain et où les groupes français iront trouver des relais de croissance afin de se rapprocher de leur rentabilité d’avant-crise.

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