Banques françaises, de nouveaux plans en 2013

le 10/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Leurs bilans dégonflés, les groupes doivent se fixer des objectifs d’avenir.

L’horizon 2015 des plans stratégiques présentés entre 2008 (Crédit Mutuel Arkéa) et 2010 (Société Générale) a été brouillé par la série de crises qui a suivi. Contraintes d'élaguer leurs coûts, activités et bilans, toutes les banques françaises doivent maintenant se fixer de nouveaux caps. Les investisseurs attendent qu’elles annoncent cette année leurs objectifs à moyen terme.

Pour le directeur général de BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé, il s’agit de faire évoluer chacun des métiers du groupe, y compris ses réseaux domestiques. A cet égard, le plan de BNP Paribas-Fortis, présenté le 20 décembre, constitue la première pierre de l’édifice. Afin de gagner en rentabilité, la filiale belge développera son approche multicanal avec une spécialisation des agences par clientèles et… une politique d’économies renforcée. Ce qui ne rassure guère les représentants des personnels français. Les ambitions sont plus marquées envers les entreprises, BNP Paribas Fortis étant le centre de compétences mondial pour le financement export, la gestion de trésorerie et l’affacturage, pilotant également les centres d’affaires européens. Pour les grands corporates, les liens entre métiers de flux et banque de financement et d'investissement (BFI) devraient se renforcer - en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. Sur ce continent, la croissance devrait être organique, notamment au Japon pour la BFI. En Chine, le groupe pourrait s’appuyer sur son partenaire, la Nanjing Bank dont il détient désormais 14,7 % du capital. Jean-Laurent Bonnafé a aussi indiqué vouloir se développer aux Etats-Unis où le groupe dispose d’une BFI ainsi que d’une banque de détail, Bank of the West, qu’il intègre petit à petit.

Ainsi, « certains éléments stratégiques seront annoncés plutôt en début d'année, peut-être avec les résultats annuels (14 février, NDLR), notamment concernant l'Asie et l'Amérique, indique un porte-parole. Mais pour le plan de groupe, ce sera fin 2013, une fois que tous les éléments de réforme seront connus et évalués. » Tandis que les critères de liquidité court terme de Bâle III sont assouplis et leur mise en œuvre étendue de 2015 à 2019, Frédéric Oudéa, PDG de Société Générale, a les mêmes attentes : pouvoir bâtir un scénario économique, connaître le cadre réglementaire et évaluer les implications des projets de contingentement des activités bancaires. Après l’annonce de son « Ambition SG 2015 », il a dû « accélérer » la « transformation » du groupe, en septembre 2011, alors que ses objectifs initiaux n’étaient plus tenables (voir le tableau). Il doit maintenant prouver que ses « piliers » - la banque de détail en France et à l’international ainsi que la BFI - apporteront une rentabilité pérenne. Pour certains analystes, Société Générale ne pourra pas différer au-delà du second semestre la publication d’un plan stratégique.

Performance et gouvernance

Crédit Agricole SA (CASA) s’inscrit dans la même configuration. Dans les deux cas, aucune échéance n’est officielle. Il serait toutefois logique que CASA, qui a pris en mars 2011 un « Engagement 2014 », initie une réflexion sur les deux à trois ans à venir, une fois soldée l’année 2012. Sa prochaine feuille de route permettrait une déclinaison chiffrée du projet à long terme du groupe dans ses « domaines d’excellence » qui constituent ses relais de croissance. Reste à savoir si la direction actuelle estimant avoir rempli sa mission passera le relais d’ici à la présentation de ce plan, envisageable entre l’assemblée générale (AG) du 23 mai et les semestriels du 6 août, ou si elle le mettra en œuvre elle-même. De fait, Jean-Paul Chifflet peut rester directeur général de CASA jusqu’à l’AG qui suit ses 65 ans, en 2015.

François Pérol a, lui, réussi à se faire proroger comme président du directoire de BPCE afin d’élaborer et de mettre en œuvre une nouvelle stratégie, avec un comité de direction générale renouvelé. Il devrait ainsi présenter à l’été ses objectifs pour 2017, sachant que son mandat court jusqu’à l’AG approuvant les comptes de 2016. Synergies de groupe, assainissement de la banque de gros Natixis, recentrage de Crédit Foncier, etc., devront être suivis de mesures pour améliorer la rentabilité des réseaux, voire de décisions concernant des filiales non stratégiques (Coface et Nexity).

Pour l’heure, seul Crédit Mutuel, ou plus précisément son pôle CM 11-CIC à Strasbourg, aurait son plan pour 2016, selon Les Echos. Son objectif, pour pallier la décélération des réseaux notamment, serait d’allier produits bancaires et non financiers. Il s’agirait par exemple de combiner crédit automobile, assurance et services de maintenance ; ou assurance et télésurveillance via le téléphone portable, le groupe étant déjà opérateur virtuel dans ce domaine. Ni Michel Lucas, 74 ans en mai prochain, qui tient depuis plus de 40 ans les rênes d’un attelage toujours plus puissant, avec le titre de président depuis 2010, ni ses collaborateurs n’ont toutefois souhaité « s’exprimer » sur « les sujets relatifs à la stratégie », a répondu un porte-parole de Strasbourg à L’Agefi Hebdo.

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