DOSSIER Afrique subsaharienne

Les banques françaises en perte de vitesse

le 12/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Elles sont peu présentes dans les pays anglophones, là où la croissance est la plus forte.

Une enseigne du groupe BNP Paribas présente dans une rue d’Abidjan (Côte d’Ivoire). Xinhua/ZUMA/REA

Si l’Afrique subsaharienne est une zone non dénuée de risques économiques et politiques, elle possède suffisamment d'atouts pour attirer les acteurs bancaires. « Le marché africain se révèle très dynamique, avec un taux de croissance du PIB estimé autour de 7 % au cours des prochaines années. Entre 2011 et 2020, les revenus et profits bancaires devraient être multipliés par 2,7 et 4,2, des progressions comparables, voire supérieures à des zones émergentes telles que l’Asie », prédit Bruno de Saint-Florent, associé chez Oliver Wyman, se basant sur une étude du cabinet de conseil et estimant que ces taux de croissance peuvent s’appliquer plus spécifiquement aux pays subsahariens. « Le taux de bancarisation des particuliers est encore très faible, variant entre 10 % et 20 % selon les pays, ce qui offre aux banques une marge de croissance très importante », ajoute Jean-Luc Parer, directeur de la banque de détail à l’international chez Société Générale (SG).

Essentiellement présentes en Afrique francophone, les banques françaises ne se tailleront pas la plus grosse part du gâteau. « La croissance est forte, en particulier dans les pays d’Afrique anglophone dont l’augmentation du PIB s’est élevée à 12 % par an entre 2000 et 2011, contre 5,5 % pour l’ensemble de l’Afrique. Elle n’est pas seulement liée au prix des matières premières, explique Bruno de Saint-Florent. Certaines banques françaises regardent l’opportunité de prendre des parts de marché dans les pays anglophones, mais d’autres acteurs internationaux y sont déjà solidement implantés et y développent une stratégie plus offensive, à l’image de Standard Chartered et Barclays dans la banque de détail et d’entreprises ou de JPMorgan et Deutsche Bank dans la banque de financement et d’investissement (BFI). Certaines banques locales, à l’image d’Ecobank, montent parallèlement en puissance. »

Crédit Agricole a fait le choix de se retirer de l’Afrique subsaharienne. Après avoir vendu la majeure partie de son réseau en 2009 à Attijariwafa, le groupe ne conserve qu’une part de 51 %, en cours de cession, dans une banque à Madagascar. Présent dans cinq pays francophones, BPCE avait annoncé dans le cadre de son plan stratégique, qui court jusque fin 2013, une enveloppe d’un milliard d’euros dédiée à des acquisitions à l’international, avec un intérêt marqué pour l’Afrique. Celle-ci a été « partiellement utilisée ». « La présence internationale du groupe est limitée mais cohérente, parce que concentrée sur un continent en pleine croissance, déclare Philippe Garsuault, directeur général de BPCE International et Outre-mer. Si nous avons regardé, puis écarté de nombreux dossiers, notamment en Afrique, présentant des risques, nous avons aujourd’hui une meilleure connaissance du terrain, ce qui facilitera notre expansion dans les années à venir. »

SG et BNPP plus offensives

Société Générale, qui a fêté les cinquante ans de trois de ses douze filiales subsahariennes (Sénégal, Côte d’Ivoire, Cameroun), a annoncé en juin une première implantation dans un pays anglophone, au Ghana, en vue de développer son offre de conservation de titres dans la région. Dans les pays francophones, la banque est solidement implantée, revendiquant, tout comme sa compatriote BNP Paribas (BNPP), des parts de marché variant entre 10 % et 22 % suivant les pays. « La banque commerciale constitue le socle de notre activité en Afrique subsaharienne et contribue à 95 % du produit net bancaire généré dans cette zone », indique Jean-Luc Parer. Sur la clientèle de particuliers, « nos services se déclinent essentiellement autour d’une offre de base, telle que l’accès au 'cash' et aux moyens de paiements, répondant aux principaux besoins de la population, poursuit-il. Toutefois, les classes moyennes se développant dans ces pays, les produits d’épargne, d’investissement et d’assurances se multiplient depuis trois à quatre ans ».

La plupart de ces développements passent par la banque mobile. « La téléphonie mobile a crû beaucoup plus vite que le fixe, constate Jean-Luc Parer. Nous avons développé un service de paiement mobile dans des pays tels que le Sénégal et le Cameroun. Nous nous positionnons également sur le paiement internet, dont le coût reste cependant encore élevé en Afrique. » Chez BNPP, « nous poursuivons le développement de nos activités bancaires via le téléphone mobile, que nous avons lancé dès 2008 avec Orange », fait savoir Philippe Tartelin, responsable Méditerranée et Afrique au sein de la division IRB (International Retail Banking). BNPP, qui s’est désengagé de la Mauritanie en 2010 et de Madagascar l’année suivante, dispose de sept filiales, en Afrique francophone, en banque de détail. « Nous nous concentrons actuellement sur l’optimisation de notre organisation, lancée il y a trois ans, en vue d’une meilleure efficacité opérationnelle. Nous avons créé des centres de services partagés régionaux, dans des domaines tels que la supervision des risques et la formation à Abidjan, la communication à Dakar, l'informatique à Casablanca, développe Jean-François Fichaux, responsable Afrique subsaharienne au sein de la division IRB chez BNPP.Ce type de plates-formes a aussi été mis en place pour notre offre de services, la gestion de trésorerie et les activités de change à Dakar, le 'cash management' à Abidjan. Notre objectif au cours des prochaines années est de poursuivre cette rationalisation, en regroupant notamment nos activités de back-office, tout en restant attentifs aux opportunités de développement. » BNPP a par ailleurs obtenu début 2012 l’autorisation d’ouvrir une succursale en Afrique du Sud, en vue de développer son offre de BFI sur l’un des deux marchés les plus développés en Afrique subsaharienne avec le Nigeria. L’équipe compte une trentaine de collaborateurs.

De nouvelles activités

Côté banque d’affaires, outre BNPP (lire page 27), un acteur tel que Lazard se veut offensif. « Parallèlement à notre activité historique en Afrique, le conseil aux gouvernements, nous souhaitions institutionnaliser nos activités à destination des entreprises (majoritairement le conseil en fusions-acquisitions - M&A -, mais également en levée de fonds, NDLR) et avons créé fin 2012 une structure dédiée au continent regroupant ces deux pôles, rappelle Matthieu Pigasse, directeur général de Lazard France. Composée de quinze collaborateurs à sa création, l'équipe, basée à Paris, en compte désormais une vingtaine (dont 60 % sont dédiés au conseil aux gouvernements). Nous allons poursuivre activement les recrutements. » Matthieu Pigasse est convaincu que « le marché des fusions-acquisitions en Afrique subsaharienne va dans les prochaines années connaître une forte croissance, les entreprises étrangères souhaitant bénéficier de la solide croissance affichée par les pays du continent et les entreprises locales s'appuyant sur des marchés domestiques de plus en plus importants. La concurrence s'est accrue, les banques américaines et européennes, mais aussi locales, cherchant à tirer parti de cette évolution ».

« Au-delà des fusions-acquisitions, qui vont s’intensifier, de nouvelles activités apparaissent. Nous sommes de plus en plus sollicités sur le conseil en financement et l’optimisation de stratégie financière », observe Olivier Pécoux, directeur général du groupe Rothschild. « Nous couvrons le continent depuis Paris et Londres mais également localement, avec une équipe d’une douzaine de collaborateurs basés en Afrique du Sud », indique Zineb Abbad El Andaloussi, gérante responsable des activités de Rothschild en Afrique. Ce marché demeure toutefois embryonnaire. « Sur les 80 milliards de dollars de revenus bancaires dégagés en Afrique en 2011, la banque d’affaire (M&A, origination actions et obligations) a représenté quelque 700  millions de dollars », souligne Bruno de Saint-Florent.

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