Les banques françaises écartelées par la réforme

le 30/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Les exigences réglementaires contraignent des établissements en quête de croissance.

Les banques françaises subissent une forte pression sur leurs revenus. Photo: PHB

Le corpus des règles qui régiront les banques dans les années à venir est loin d’être finalisé (lire l’entretien page 20). Celles édictées par le Comité de Bâle à la suite de la crise financière ne sont toujours pas figées, même si leur traduction européenne - la directive CRD4 et le règlement CRR - a été adoptée par le Parlement de l’Union le 16 avril. Dans l’agenda chargé des évolutions réglementaires (taxe sur les transactions financières, « Fatca » européen contre l’évasion fiscale, filialisation des activités, etc.), entre le Conseil européen et la deuxième lecture du projet de loi bancaire s’est notamment glissée la publication par l’Autorité bancaire européenne (ABE) de sa définition des « preneurs de risques » pour encadrer les bonus.

Dans ce contexte, les banques françaises sont à la peine. En matière de liquidité, l’agence Moody’s estime que leurs profils de refinancement et de liquidité s’améliorent, mais restent plus faibles que ceux d’autres grands groupes étrangers. Par ailleurs, la solvabilité demeure un sujet majeur pour elles. KPMG relève dans son étude sur la « Performance des grands groupes bancaires français au 31 mars 2013 » que le ratio de core tier one moyen, qui s'élevait à 10,6 % au 31 décembre 2012 dans le référentiel Bâle 2.5 de l'ABE, est désormais de 10,2 %. Ce repli de 0,4 point traduit, pour ces experts du chiffre, « outre le recul observé des résultats, l’effet des changements réglementaires sur les participations d’assurance en anticipation de la directive CRD4 (pondération au niveau du dénominateur des titres détenus sur des sociétés d’assurances, auparavant déduits des fonds propres globaux) et l’évolution de la règle comptable sur les avantages au personnel (intégration en fonds propres des engagements postérieurs à l'emploi à la suite de l'entrée en application de la norme lAS 19) ». Mais les établissements se veulent rassurants, BNP Paribas publiant fin mars une estimation de son ratio de core tier one Bâle 3/CRD 4 à 10 % ; BPCE à 9,3 % et Société Générale à 8,7 %. Et ce dernier confirme son objectif d’un ratio proche de 9,5 % fin 2013, notamment grâce à la poursuite de ses mesures de « deleveraging » et à la génération de résultat.

La perspective est tangible, mais le tableau reste sombre. Fabrice Odent, associé responsable du département Services financiers de KPMG, le brosse à grands traits : « Dans un climat économique peu porteur, les établissements français subissent une forte pression sur leur PNB (produit net bancaire, NDLR), même dans la banque de détail, souligne-t-il. Ils mènent des plans d’adaptation, à la fois de maîtrise des coûts et de renforcement de leur dispositif de contrôle des risques, dans un contexte d’exigences réglementaires croissantes et d’augmentation des risques de défaut de leurs clients. »

Pression sur les coûts

Les résultats trimestriels sont en repli de 27 % par rapport au 31 mars 2012 (voir le graphique). Et les éléments exceptionnels, qui semblent devenus la règle (lire l’encadré), n’expliquent pas tout. Ils peuvent même avoir des effets financiers positifs, comme la vente de sa filiale égyptienne par Société Générale (417 millions d’euros) ou celle d’un bloc de titres Bankinter (32 millions) par CASA. Ces cessions révèlent aussi la profonde adaptation des banques au nouvel environnement.

Dans les réseaux à l’étranger, les revenus continuent de croître sur le pourtour méditerranéen et en Afrique subsaharienne, mais sont en repli dans les pays d’Europe centrale et orientale - sauf en Russie, note KPMG. Or si Société Générale « réaffirme son engagement en Russie, qui est un de ses principaux marchés et dont le potentiel de croissance est élevé », l’inculpation pour corruption du directeur général de sa filiale locale Rosbank pointe un risque d’expansion et d’intégration. En même temps, la banque de détail domestique constitue un fonds de commerce solide sur lequel s’appuie le modèle français, mais les encours de crédit n’y progressent plus guère, tandis que la collecte de dépôts est surtout portée par l’épargne réglementée qui n’entre que partiellement dans les bilans. Quant aux métiers de l’épargne, ils enregistrent une baisse de 5,6 % de leurs revenus sur un an, finalement « limitée » pour KPMG au regard « de la persistance des taux faibles et d’une activité réduite sur les activités de courtage ». CASA s’est désengagé de ces dernières en finalisant, le 6 mai, la cession de Cheuvreux à Kepler, même si sa banque de financement et d’investissement (BFI) dispose d’une participation de 15 % dans le nouvel ensemble. La BFI est à l’évidence le pôle de métiers le plus restructuré depuis la crise. Mais si ses revenus ont en moyenne reculé de près de 9 % sur un an, c’est en bonne partie, rappelle KPMG, parce que le premier trimestre 2012 avait été « particulièrement favorable dans le contexte de la mise en place des LTRO » (refinancement par la Banque centrale européenne).

Quoi qu’il en soit, faute de croissance et face à un coût du risque plus élevé qu’il y a un an, ce sont les programmes d’efficacité opérationnelle lancés par tous les groupes, dont « Simple & Efficient » annoncé par BNP Paribas en décembre 2012, qui permettent une amélioration des coefficients d’exploitation (voir le graphique), sauf pour Crédit Agricole où le programme de réduction de coûts engagé depuis plusieurs trimestres ne compense pas la forte baisse du PNB.

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