L'invité de L'Agefi

Les banques françaises doivent trouver un nouveau souffle

le 07/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Leurs bons résultats ces deux dernières années masquent une rentabilité en berne et un effondrement du rendement de leurs fonds propres.

Par Guillaume Almeras, directeur Banque, Compass Management Consulting

On ne lit pas assez dans le détail les rapports annuels des banques ! Ils représentent pourtant une littérature qui en vaut bien d’autres. Avis ainsi aux amateurs d’intrigues. Ils pourront s’attacher à déterminer comment les banques, depuis deux ans, peuvent afficher des résultats aussi florissants dans un contexte économique aussi morose. Ne leur livrons que deux indices : cela a beaucoup à voir avec la baisse des taux et, pour le découvrir, il convient de pousser la lecture jusqu’aux annexes. Les amateurs de grands mystères, eux, pourront s’intéresser à la clientèle. Dès 2000, les Français étaient bancarisés à plus de 95 %. Or, en dix ans, les cinq premières banques françaises ont chacune bancarisé près de un million de personnes ! Aujourd’hui, les clients de ces seuls cinq groupes dépassent cent millions. Pourtant, toutes les banques en France n’ont d’autre objectif principal que de conquérir de nouveaux clients ! Les amateurs de curiosités noteront que les principales banques françaises emploient une majorité… de cadres. Enfin, tous ceux que l’économie financière intéresse réviseront nombre d’idées trop facilement reçues. Car, non, les banques n’ont pas réduit drastiquement leurs encours avec la crise. Pas plus qu’elles ne prennent des risques inconsidérés : pour ce qui concerne les entreprises, il est rare que leurs encours sur un même secteur dépassent 3 % ; quant aux particuliers, la moitié des ménages en France ne dispose pas de crédit. Non, enfin, les banques françaises ne tirent pas l’essentiel de leurs revenus de commissions.

La banque demeure un métier fragile, très dépendant de variables exogènes, du niveau des taux pour le produit net bancaire et de la situation économique pour les profits. Or, de ce point de vue, les banques françaises ne se portent pas si bien qu’elles paraissent. Leur rentabilité, en effet, est en berne. Sur dix ans, le RoE (return on equity) de plusieurs d'entre elles s’est effondré. Dans le meilleur des cas, il a baissé de 60 % ! Certes, cela s’est vu aussi ailleurs mais il est plus grave de constater qu’au cours de la décennie, les banques françaises se sont laissé distancer sur leur coefficient d’exploitation : en 2001, celui de BNP Paribas atteignait 62,7 %. Il était de 60,4 % en 2010 et celui de HSBC de 55,2 %. Société Générale est à 62,6 % ; Santander à 43,3 % !

Sur un marché domestique saturé, c’est aller trop vite que de parler d’industrialisation. Face à des clientèles de masse gigantesques, les banques françaises visent un « client moyen ». Dans ces conditions, les économies d’échelle sont restreintes. La moindre action demande des moyens conséquents, alors même que beaucoup de clients ne sont pas rentables. C’est aller trop vite que de compter sur le développement international : les banques françaises sont peu présentes chez les grands émergents. Et quant au modèle de banque universelle, aura-t-il encore longtemps un sens ? BNP Paribas a désormais gagné un marché domestique européen, tout en portant sa BFI à un niveau mondial. Le « cas » BNP Paribas n’est plus assimilable à celui de ses concurrents français. De son côté, avec Amundi, dont le coefficient d’exploitation visé déroge aux standards de la gestion d’actifs, Crédit Agricole SA s’engage vers une véritable industrialisation qui pourrait faire école - tout d’abord dans le domaine de la conservation. Le Crédit Mutuel, quant à lui, paraît celui qui a le mieux valorisé sa clientèle avec l’assurance, les produits non financiers. Les banques françaises affichent une singularité plus forte qu’auparavant, tandis que de nouvelles offres apparaissent : avec la dématérialisation, la notion même de compte bancaire va changer, les réseaux sociaux invitent à repenser le conseil, les banques revoient leur architecture informatique en privilégiant l’accessibilité numérique - elles vont devenir des médias. Si l’on ajoute Bâle III, dont le principal effet pourrait bien être de conduire à davantage segmenter l’approche des clientèles, la décennie qui vient de commencer devrait être passionnante. Et les rapports annuels également ! Gageons que nous y verrons bientôt apparaître des éléments détaillés sur la rentabilité des comptes, sur les coûts de traitement, des benchmarks systématiques. Les amateurs de mystères y trouveront toujours leur compte : ils se demanderont comment en 2011 les banques françaises pouvaient encore juger assez peu utile de disposer de tels indicateurs…

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