Les banques françaises à l’aube de la rédemption

le 21/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Entre résultats annuels et annonces surprises, l’horizon doit se dégager.

La sortie de Natixis du capital de Banque Populaire Caisse d’Epargne (ici, le siège du groupe) doit être finalisée au troisième trimestre. Photo : Pascal Sittler/REA

Une page se tourne. Les récentes annonces des banques françaises le montre. De Crédit Agricole SA (CASA), qui clôt 2012 par des pertes historiques après des dépréciations massives, à BPCE qui a « simplifié » sa structure par le rachat des certificats coopératifs d’investissements que Natixis (banque de gros cotée) détient depuis sa création sur ses maisons mères (Banque Populaire et Caisse d’Epargne), en passant par Société Générale et BNP Paribas qui soutiennent qu’il faut regarder au-delà des éléments exceptionnels et des « effets comptables absurdes », selon les termes du PDG du groupe de La Défense Frédéric Oudéa, les comptes de 2012 doivent solder le passé récent. Pourtant, on ne lira pas avant 2014 le chapitre suivant. Les prochains plans à trois ans ne seront dévoilés qu’entre l’automne et mars 2014. Un an encore d’incertitudes, c’est long. Alors que le ratio de capitalisation boursière sur fonds propres du secteur bancaire était de 1,6 avant-crise, « la valeur boursière de Société Générale équivaut à la moitié de ses fonds propres, celle de BNP Paribas à environ 60 % (sur une base plus élevée) », rappelle Olivier Arroua, fondateur du cabinet de conseil Selenis. Leur potentiel théorique en Bourse équivaut donc à un doublement, voire un triplement. A condition de donner quelque visibilité à court et moyen terme.

« Certains groupes ont décidé de nettoyer leurs bilans 2012, souligne Olivier Arroua. Il faut en outre se souvenir que si l’impact en est négatif cette fois (-1,62 milliard d’euros), la réévaluation de sa dette propre a bénéficié à BNP Paribas en 2011 : +1,19 milliard en 2011. Le phénomène est comparable chez Société Générale, ce qui crée un différenciel de PNB (produit net bancaire) artificiel d’environ 2,5 milliards. » Le PNB 2012 est dégradé, mais les résultats aussi - y compris chez BNP Paribas, au quatrième trimestre. Le groupe dirigé par Jean-Laurent Bonnafé a passé 345 millions d’euros de provisions exceptionnelles sur un dossier spécifique en banque de financement et d’investissement (BFI) et enregistré 298 millions d’euros de dépréciation de survaleurs (goodwill) sur sa filiale italienne BNL. En 2010 et 2011, il avait dû procéder de même pour sa participation dans Axa.

Ecarts de survaleurs

Outre une provision de 300 millions d'euros pour litiges, qui ne serait pas uniquement liée à l’enquête en cours sur la manipulation du taux interbancaire Libor, les annuels de Société Générale sont pollués par le même genre d’ajustements. Ils apparaissent dans la gestion américaine TCW (200 millions), en Russie (250) et surtout chez Newedge (380), entreprise codétenue avec CASA. Et ce n’est rien par rapport aux 2.676 millions d'euros de dépréciations sur les écarts d'acquisition inscrits au bilan de cette dernière. De son côté, BPCE annonce 607 millions d’euros d’impact négatif sur son résultat net part du groupe (RNPG) dont, notamment, -407 millions de réévaluation de la dette propre, -280 millions de dépréciation de goodwills et -190 millions de dépréciation durable de la participation dans Banca Carige.

Les cessions d’actifs font aussi l’actualité - avec la perte de contrôle sur Klépierre (immobilier) et la vente de sa filiale égyptienne par BNP Paribas, comme celle de Geniki en Grèce, de TCW, ainsi que de NSGB en Egypte par Société Générale ou encore d’Emporiki, filiale grecque de CASA, ainsi que de Meilleurtaux et de la participation de BPCE dans Volksbank International AG. Si l’on y additionne les éléments portant sur les actifs gérés en extinction dans les BFI de tous les groupes, la visibilité sur l’avenir immédiat est aussi difficile que sur 2012.

Coût du risque

« Hors exceptionnels, le résultat sous jacent s’élève à 3,4 milliards d’euros », souligne Frédéric Oudéa (voir le graphique ci-contre). De son côté, « BNP Paribas a bien résisté, insiste Jean-Laurent Bonnafé. Nous avons toujours été bénéficiaires. » C’est juste. Fitch Ratings considère que BNP Paribas a « plus de marge de manœuvre » que ses concurrents pour « développer son activité ou saisir des opportunités de croissance ». Mais la performance de certains segments d’activités n’est pas suffisante pour lever tous les doutes. Standard & Poor’s l’a d’ailleurs dégradé de « AA- » à « A+ » fin octobre 2012 (lire l’entretien).

En 2012, le coût du risque est en hausse de 9,2 % hors provisions sur titres grecs (sinon,il recule de 42 %), à 58 points de base (pb) des encours de crédit de BNP Paribas. Il s’élève ainsi de 18 pb en Belgique à 116 pb en Italie. En comparaison, il passe de 67 à 75 pb chez Société Générale, avec une hausse plutôt notable en France sur le dernier trimestre, pour arriver à 50 pb sur l’année, contre 41 pb en 2011. Chez BPCE, le coût du risque est en hausse de 17,7 % par rapport à 2011, à 44 pb, et même de 22,5 % dans les métiers cœurs.

Détailler les activités opérationnelles permet de révéler le nouveau profil des groupes français, de fait moins volatils, même s’ils ne jouent pas tous dans la même cour (voir le tableau). Mais les métiers qui constituent désormais le « cœur » de ces banques universelles voient leurs revenus stagner ou progresser faiblement. BPCE l’admet aussi. Malgré de nombreuses « initiatives innovantes » et les synergies créées entre Natixis et les réseaux (20 % des revenus du premier viennent des seconds, soit 615 millions de plus qu’en 2009 au niveau du groupe), le PNB « Banque commerciale et Assurance » recule de 2,6 % et son RNPG de 20,8 %.

Economies et développement

Cette conjoncture dégradée pousse à de nouveaux tours de vis. Chez Société Générale, cela passe par une simplification des structures : le regroupement de ses activités en trois pôles (la banque de détail en France ; les réseaux et services financiers à l’international, dont les assurances ; et les activités de BFI et de banque privée, gestion d’actifs & services aux investisseurs), avec des fonctions centrales calibrées pour « accroître l’efficacité opérationnelle ». Société Générale évoque des synergies de coûts, mais aussi de revenus. Sa réorganisation offre surtout, relève Olivier Arroua, « une meilleure communication financière : elle rassemble des métiers qui sont contracycliques, ce qui permettra de lisser les résultats ».

Jean-Laurent Bonnafé, qui a mené l’intégration de BNL puis de Fortis dans une logique industrielle, débute aussi son « plan de développement 2014-2016 » par la « simplification de son fonctionnement » et « l’amélioration de son efficacité opérationnelle ». Le premier volet, « Simple & Efficient », qui entraîne 1,5 milliard de coûts de transformation dont 800 millions cette année, repose sur plus de 1.000 sources d’économies pour parvenir à 2 milliards par an à partir de 2015, dont près de la moitié dans les réseaux.

Les plans de développement, qui seront déclinés tout au long de l’année, sont présentés comme un « deuxième volet » qui s’ouvre en Asie. BNP Paribas veut y porter ses revenus à 3 milliards d’ici à 2016, soit un taux de croissance moyen annualisé de 12 %, avec au moins 8.000 collaborateurs locaux supplémentaires. Pour Société Générale, c’est de Russie, voire d’Europe de l’Est et d’Afrique, que devra venir la croissance. Pour Olivier Arroua, « les banques françaises sont sur le chemin de la rédemption, essentiellement grâce à l’aide de la Banque centrale européenne. La crise de la dette est passée ». Toutefois, le retour à un rendement des capitaux investis (RoE) de 13 %, objectif réitéré de Jean-Laurent Bonnafé, paraît inatteignable à court terme.

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