Les banques familiales relèvent sans peine le défi du Comité de Bâle

le 26/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Gestion prudente et proximité étroite avec leur clientèle locale ont constitué des atouts majeurs au plus fort de la crise.

Martin Maurel, la Bami (Banque Michel Inchauspé) et la Banque Pouyanne : on ne compte plus que trois banques commerciales familiales en France. Et toutes ont affiché des performances solides en 2011. « Nous n’avons jamais voulu avoir de subprime, ni faire de crédits exotiques ou de prêts LBO (leveraged buy-out) », indique Bernard Maurel, président du conseil de surveillance de la holding de la Banque Martin Maurel. « Nous ne spéculons pas. Nous faisons notre métier de banquier tout simplement. Il est possible de faire tourner une banque avec douze agences et 70 salariés si l’on a une saine gestion de ses fonds propres », revendique de son côté Christian Pouyanne, président de la banque éponyme tournée vers les PME de l’Adour, détenue à 35 % par le Crédit du Nord (groupe Société Générale). « Depuis 2008, la crise a donné un nouveau statut aux banques familiales. Auparavant, les petits établissements étaient perçus comme fragiles, explique Jean-Paul Inchauspé, président de la Bami. Aujourd’hui, nous sommes mis sur un pied d’égalité avec les grands.  » Sa banque est contrôlée à 78 % par une holding détenue par la famille, le reste par Banque Palatine (BPCE).

De fait, ces petits réseaux sont soumis aux mêmes contraintes réglementaires que les autres. Ce qui ne leur pose pas de problème. Au fil des ans, elles se sont constitué de confortables matelas de fonds propres. Martin Maurel, aux racines marseillaises, et les deux banques régionales du Sud-Ouest, la Bami et la Banque Pouyanne (la plus petite des trois), affichent respectivement des ratios de solvabilité core tier one de 14,3 %, 15,9 %, et 14,6 % à fin 2011 (en Bâle II), lorsqu’un niveau de 9 % est attendu d’ici à juin 2012 dans le cadre de la réforme de Bâle III.

« Concurrence déloyale »

Sur le front de la liquidité, ce club restreint apparaît aussi suffisamment armé. Les banques familiales dénoncent toutefois la situation de « concurrence déloyale » que leur livrent leurs grandes rivales. « Les problèmes de liquidité ont conduit à une guerre des dépôts qui ne pourra pas éternellement durer », estime Bernard Maurel. « Certaines grandes banques rémunèrent les dépôts de manière très élevée jusqu’à 4 %, voire 5 % pour des taux d’emprunt auprès de la Banque centrale européenne (BCE) à 1 % », renchérit sa fille Lucie Maurel-Aubert. Cette ancienne avocate, membre du directoire, est appelée à prendre la succession à la tête de la banque. L’an dernier, le contexte de taux bas a pesé sur le bénéfice net de l’établissement. Il a reculé de 14,4 % à 15,1 millions tandis que les revenus ont légèrement fléchi (-1 %). Pour Patrice Henri, président du directoire, ce repli s’explique par « la gestion prudente » du milliard d’euros de trésorerie dont une part a été placée fin 2011 auprès de la BCE. Malgré tout, sur le plan commercial, l’activité reste au beau fixe. Les dépôts à vue de la clientèle ont ainsi bondi de 19 % pour des crédits en hausse de 15 % sur un an. Pour l’avenir, le groupe - qui a déjà intégré plusieurs sociétés de gestion - se dit « attentif à ce qui se passe sur le marché ».

Du côté de la Bami, qui compte 128 salariés et quinze agences, la croissance externe n’est en revanche pas à l’ordre du jour. « Notre stratégie est de grandir par croissance interne. Il est ainsi plus facile de préserver notre culture d’entreprise », indique Jean-Paul Inchauspé. Le groupe a dégagé l’an dernier 5,4 millions d’euros de bénéfice net, en hausse de 6 %. De quoi susciter la convoitise ? « Toute jolie femme est courtisée. Mais nous n’envisageons pas de vendreN Nous n’en avons ni le besoin, ni l’envie », explique l’arrière-petit-fils du fondateur Jean-Léon Inchauspé, qui n’exclut cependant pas d’ouvrir le capital à de nouveaux actionnaires qui resteraient minoritaires. La Bami a un portefeuille clients de 4.500 PME du pays basque et 8.000 particuliers, dont un quart en gestion patrimoniale. « Nous disons à nos clients : nous gérons notre PME comme vous gérez la vôtre », insiste le banquier. De quoi séduire la clientèle. « Nous avons été contactés par plusieurs clients parisiens après un passage récent dans une émission télé », confie de son côté Christian Pouyanne, dont l’établissement soufflera ses 110 bougies l’an prochain.

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