Les banques espagnoles ont fait le grand ménage

le 06/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Après des années de déprime, les grands groupes retrouvent enfin le sourire. Mais doivent encore renouer avec la rentabilité sur leur marché intérieur.

Une baisse importante du provisionnement des banques espagnoles », de « fortes réductions en dépenses de personnel » et une « augmentation des commissions » : ces trois facteurs expliquent l’embellie connue par Santander, BBVA, Caixabank, Banco Popular et Banco Sabadell en 2013, selon Manuel Romera, directeur du secteur des finances à l’IE Business School. En cumulé, ces cinq groupes ont réalisé un résultat net de 7,67 milliards d’euros. Parmi eux, Banco Sabadell affiche la plus forte augmentation en triplant son bénéfice de 81,9 à 247, 8 millions d’euros (voir le tableau). Banco Popular sort du rouge.

Manuel Romera rappelle que le gouvernement les avait obligées à provisionner leurs actifs exposés au secteur de l’immobilier en 2012-2013. Au total, elles ont dû mettre de côté 249 milliards d’euros, souligne Enrique Perez-Hernández, professeur d’économie à l’Institut d’Etudes Boursières, soit « 25 % du produit intérieur brut espagnol ». Même si on reste loin des gains de 10 milliards d’euros obtenus en 2011 par ces cinq établissements, ce retour à la hausse des bénéfices marque un tournant important, estime Enrique Perez-Hernández, qui affirme que « le nettoyage du bilan des banques est presque terminé, du moins en ce qui concerne le secteur immobilier ».

Toutefois, deux défis restent à relever : réduire le taux de créances douteuses, toujours très élevé (13 %), et récupérer la rentabilité. Si les bénéfices ont augmenté, le produit net bancaire a reculé dans tous les établissements, un phénomène expliqué par des taux d’intérêt faibles et un volume d’affaires toujours réduit : « L’activité bancaire est liée à l’activité macroéconomique et il n’y a pas de débiteurs éligibles aux prêts bancaires. La situation des familles et des entreprises est encore très détériorée », souligne Enrique Perez-Hernández.

Il faut dire que le crédit s’est tari, non seulement à cause de leurs problèmes de solvabilité, mais aussi parce que les banques ont dû renforcer leurs fonds propres – en vertu des nouvelles règles de Bâle III – et augmenter leurs provisions. Désormais, même si les banques espagnoles devront continuer à provisionner, ce sera nettement moins que par le passé. En effet, Enrique Perez-Hernández estime que les créances douteuses pourraient atteindre les 15 % au premier semestre 2014 mais qu’une fois atteint ce plafond, leur taux commencera à retomber au deuxième trimestre 2014. « La situation économique va s’améliorer pour les particuliers et les entreprises, ce qui leur permettra de se mettre à jour vis-à-vis de leurs créanciers », affirme-t-il.

Nouvelles ambitions

Une vague d’optimisme s’empare du secteur financier espagnol. C’est ainsi que le président du BBVA, Francisco Gonzalez, s’est réjoui des perspectives pour 2014 qui, selon lui, devraient « s’améliorer de façon significative ». Cette posture se fonde sur une légère augmentation de la croissance espagnole au quatrième trimestre 2013, par rapport au deuxième trimestre, de 0,3 % du PIB. Presque tous les organismes internationaux prévoient en 2014 une croissance compris entre 0,7 % et 0,9 %.

Les deux géants bancaires BBVA et Banco Santander annoncent même la réouverture du robinet du crédit. Emilio Botin, le président de ce dernier, estime que « le crédit commencera à augmenter cette année » et prévoit que son groupe enregistrera en Espagne (qui ne représente que 7 % du bénéfice total du groupe) des bénéfices de 3 milliards d’euros en 2016. Pour la première fois depuis le début de la crise, il affiche son optimiste : « Il y a un changement clair de cycle économique, même si la prudence reste de mise : consolider la reprise ne veut pas dire revenir à l’époque d’avant la crise : les séquelles mettront du temps à disparaître ». Avis partagé par les experts, qui soulignent que les problèmes sociaux ne vont pas disparaître du jour au lendemain et que la baisse du chômage va se faire très lentement.

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