Des banques en quête de croissance

le 16/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Voilà déjà près de deux ans que les banques françaises, sous la férule des marchés financiers et la pression de régulateurs aux abois, ont engagé une restructuration précipitée, sans précédent depuis la guerre. Les résultats trimestriels qu’elles viennent de publier, plutôt meilleurs qu’attendus, confirment les progrès accomplis et la crédibilité de leur démarche, qu’il s’agisse de leur solvabilité ou de leur liquidité. Le périmètre de chacune d’elles a été revu en profondeur, en termes de métiers comme de dimension géographique, fût-ce au prix de coûteux renoncements. Leur capacité bénéficiaire a heureusement surpris le marché, ainsi que leur capacité réaffirmée d’atteindre, dans les délais, les objectifs réglementaires de Bâle III. Leur capacité à se remettre en question, que démontrent encore les plans de réduction forcenée des coûts qui demeurent leur horizon commun, impressionne. Le marché leur a donné acte du chemin parcouru par un coup de chapeau en Bourse.

Cela n’empêche pas que leurs cours demeurent sous-évalués, même par rapport à nombre de leurs rivales européennes. Une performance décevante qui tient notamment au fait que la bataille des coûts ne garantit ni une rentabilité correcte ni un modèle économique convaincant. Pour ce qui touche à la rentabilité, aucune d’entre elles ne couvre aujourd’hui son coût du capital. Dans le cas de Société Générale par exemple, c’est à marche forcée et à horizon de trois ans que la banque compte s’assurer un retour sur capitaux propres de 10 % qui lui aurait naguère paru piteux. Quant au modèle économique, il souffre d’un manque évident de relais de croissance. Si le recul des activités de banque de gros se fait en bon ordre, il accroît de facto le poids de la banque de détail. Or pour cause de taux bas, de faible demande de crédits, de hausse du coût du risque et de course aux ratios, les chiffres des réseaux témoignent d’un ralentissement sérieux sans que la gestion d’actifs, les financements spécialisés ou l’international puissent compenser. Le signal se lit clairement dans les chiffres d’activité de Société Générale mais aussi dans ceux de BNP Paribas dont les encours de crédit ont baissé depuis un an, fait sans précédent.

Il faut espérer que ces signaux préoccupants n’échappent pas aux pouvoirs publics qui se flattent volontiers de la résilience du modèle bancaire national. A l’heure où d’importantes réformes restent en chantier, à commencer par la taxe sur les transactions financières que Paris croit de bon ton de pousser avec insistance, c’est bien d’un ferme soutien dont les champions français ont besoin. Sur un continent durablement privé de croissance, leur solidité reposera longtemps sur un effort puissant de productivité. Il est en France bien engagé. Les décideurs politiques doivent absolument se garder de l’entraver en quoi que ce soit. 

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