BANQUES Crise de confiance

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Marchés, actionnaires, clients : tous doivent être convaincus pour l’avenir.

Illustration de la méfiance envers les banques dans une rue de Madrid le 16 juin.

Rattrapées par la crise de la dette souveraine, les banques européennes sont prises dans un cercle vicieux. Parmi elles, la plupart des systémiques ont été dégradées par Moody’s à « A2 » le 21 juin. La semaine précédente, l’agence avait par ailleurs abaissé de trois crans la note de l’Espagne, à « Baa3 », estimant que l’aide de 100 milliards d’euros qui lui avait été proposée pour recapitaliser son secteur bancaire allait augmenter le poids de sa dette. Or les banques espagnoles auraient effectivement besoin de 51 à 62 milliards d'euros de capitaux supplémentaires pour faire face à une nouvelle dégradation de l'économie, selon les audits des cabinets Roland Berger et Olivier Wyman.

Une dose de fédéralisme ?

Le dossier espagnol, au cœur de l'aggravation de la crise, en ouvre d’autres : Chypre et surtout l'Italie parmi les Etats de la zone euro, mais aussi, dans le cas d’une telle contagion, celui de la solidité de la plupart des banques européennes. Pourtant, le sommet du G20 des 18 et 19 juin s’était tenu après que les élections législatives grecques eurent repoussé le risque d’une sortie d’Athènes de la zone euro. « Nous continuerons à soutenir la Grèce en tant que membre de la famille de l'Union européenne et de la zone euro, ont déclaré dans un communiqué commun le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy et celui de la Commission José Manuel Barroso. Nous nous tenons prêts à poursuivre notre assistance. »

Si le scénario de « rupture » est écarté, la page n’est donc pas tournée. Le coût des emprunts à 10 ans de l’Italie s’est tendu à 6,08 %, tandis que celui de l’Espagne se traitait à plus de 7 % dans la semaine du 18 juin. Or « les banques européennes sont adossées à leur propre Etat, rappelle Malcolm McLarty, associé KPMG, services financiers. Aujourd’hui, il existe un doute sur la clé de voûte de certains systèmes bancaires nationaux, à savoir sur la solidité de certains Etats, et leur capacité à soutenir leurs banques en cas de défaillance de ces dernières. Faut-il introduire en Europe une dose de fédéralisme afin d’aller vers une Union bancaire européenne pour les principales banques ? (L’Agefi Hebdo du 21 juin, NDLR) Des réflexions et des propositions politiques se dessinent en ce sens ».

Georges Pauget, président d’Economie Finance et Stratégies, relève dans Banque : le grand saut ? que l’« intégration » européenne « a des allures idéales ». Frédéric Oudéa, président de la Fédération bancaire française, estime pour sa part qu’« il faut donner des perspectives économiques et politiques à moyen terme : une Europe plus intégrée, plus cohérente, intégrant au moins pour partie une mutualisation de la dette, dit-il. L'Union bancaire peut faire partie de cette stratégie globale ». De fait, créer un superviseur unique des grandes banques, un fonds de liquidation et un fonds de garantie des dépôts commun pourrait être la première étape d’une certaine centralisation du processus de prise de décision dans la zone euro, estiment des diplomates européens. En attendant, l’« enlisement » qui a caractérisé 2011 pourrait perdurer, juge Georges Pauget : « Ce scénario suppose la poursuite des difficultés des gouvernements européens à trouver les réponses jugées pertinentes par les marchés. Cela ne conduit pas pour autant à une situation de rupture car, à chaque phase, la banque centrale injecte de la liquidité. Mais l’incertitude ambiante conduit les acteurs économiques à une position d’attentisme. » La donne n’a pas changé alors que débute le Conseil européen (28-29 juin). Les banques restent pénalisées. Le risque lié aux dettes souveraines grecque, espagnole, irlandaise, portugaise et italienne est « la problématique la plus cruciale à gérer pour les banques à court et moyen terme, constate KPMG dans la sixième édition de son étude Défi pour la transparence, titrée cette année Les banques dans la tourmente européennes (lire l’entretien). Or cette préoccupation s’ajoute aux actifs risqués résultant de la crise financière, gérés en extinction, mais aussi à de nouvelles taxes, aux évolutions réglementaires du Comité de Bâle et à des changements comptables, qui obligent les banques à revoir leurs business models.

Chacune essaie de convaincre les investisseurs qu’elle évolue dans la bonne direction, mais le cheminement est long et semé d’embûches. Alors que la plupart des banques de l’échantillon de KPMG ont souffert de l’environnement et connu des éléments qualifiés d’« exceptionnels », quatre seulement ont amélioré leurs résultats entre 2010 et 2011 (voir le tableau page 9). A l’atteinte d’objectifs partagés par la plupart des banques s’est ajouté, pour HSBC et Standard Chartered, un positionnement bénéfique sur certains marchés émergents. Le recentrage des banques sur les cœurs de métier, qui s’opère depuis 2010, devrait continuer cette année, estime KPMG, avec la cession d’activités. La réduction des risques pondérés a aussi été citée dans les rapports annuels 2011 par les présidents de neuf banques : HSBC, RBS, Lloyds Banking Group (LBG), Commerzbank, ING, Nordea, Société Générale, Deutsche Bank, Barclays. L’objectif est d’optimiser la structure des bilans et la gestion du capital en renforçant aussi les réserves de liquidité. L’optimisation des coûts de structure est enfin un objectif commun à toutes les banques de l’échantillon, relève KPMG. Force est pourtant de constater qu’en 2011, les coefficients d’exploitation sont plutôt à la hausse (lire ci-contre).

Les messages des présidents et directeurs généraux de banques dans les derniers rapports annuels révèlent un autre grand axe : la volonté de développer des relations de qualité avec les clients qui sont de plus en plus placés « au cœur de leurs stratégies ». Les dirigeants de Deutsche Bank, LBG, ING, BBVA, RBS, UBS et Nordea reconnaissent que la performance de leurs activités dépend fortement de la confiance qu’ils leur inspirent. Car toutes les banques expriment leur engagement à participer activement au financement de l’économie. Néanmoins, le volume des encours de crédits n’a pas vraiment progressé en 2011. Et la tendance ne semble pas près de s’inverser.

Citoyens, clients et actionnaires

C’est en fait le rôle de la banque dans la société qui est remis en cause. Certains discours passent d’autant moins bien auprès des citoyens, clients ou actionnaires individuels que les rémunérations et dividendes sont de plus en plus ouvertement critiqués, ainsi que les assemblées générales du printemps l’ont montré. Si la part différée de la rémunération des banquiers augmente, conformément à la troisième directive CRD (Capital Requirements Directive, CRD3), « l’hétérogénéité des informations fournies par les différentes banques rend la comparaison difficile, relève l’étude Défi pour la transparence. Cela est surtout vrai pour les plans de rémunération à long terme, mais également pour les bonus différés et, de manière générale, leur relation avec la rentabilité attribuée aux actionnaires ». De fait, alors que le rendement des fonds propres a diminué de manière significative (voir le tableau page 10), quatre banques (BNP Paribas, Nordea, BBVA et Santander) ont aussi réduit leur dividende pour faire face aux exigences réglementaires de Bâle 2.5 en matière de fonds propres, tandis que Société Générale a annoncé ne pas en verser au titre de 2011. La méthode est valable pour gagner en solvabilité. En trois ans, KPMG constate une hausse globale des fonds propres de 54 %, soit plus de 200 milliards d’euros, dont 89 milliards de mises en réserve. Et ce mouvement rendu nécessaire par la réglementation n’est pas terminé.

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