Dossier Asie

Les banques chinoises s’ouvrent de nouveaux horizons

le 07/07/2011 L'AGEFI Hebdo

A l’image d’ICBC ou de Bank of China, leur expansion internationale vise à accompagner les grandes entreprises chinoises à l'étranger.

Les banques chinoises tissent leur toile à l’international. A ce petit jeu, ICBC (Industrial and Commercial Bank of China) fait preuve d’une certaine frénésie depuis le début de l’année. Présente à Londres, Francfort, Moscou et au Luxembourg, la première banque mondiale par la capitalisation boursière s’est s’installée à Amsterdam, Bruxelles, Milan, Madrid et Paris. Son appétit ne se limite pas à l’Europe. Le 23 mai, alors qu’elle ouvrait deux succursales au Pakistan, ICBC a dévoilé avoir obtenu l’autorisation d’ouvrir une succursale à Bombay, devenant la première banque chinoise à s’implanter en Inde. En janvier, elle s’était aussi engagée à débourser 140 millions de dollars pour s’emparer de 80 % du capital de la filiale américaine de Bank of East Asia. « Depuis 2007, ICBC a investi 6 milliards de dollars pour des acquisitions, indique Jean-Marc Velasque, directeur associé au cabinet de conseil Velhon Partners, évoquant la reprise de 20 % de Standard Bank en Afrique. Depuis 2008, la banque a doublé sa présence à l’international, ses actifs à l’étranger passant de 2 % à 4 %. »

Diversifier ses risques

Désormais, l’établissement chinois veut passer à la vitesse supérieure, regardant le Brésil, l’Argentine, le Pérou et la Thaïlande. Avec une ambition : réaliser 10 % de ses bénéfices à l’étranger à horizon 2016, comme l’a annoncé son président Jiang Jianqing. Cette démarche prend toutefois du temps à porter ses fruits. Selon Barclays Capital, le retour sur investissement d’ICBC en Chine est d’environ 22 %, contre 14 % pour l’international. Mais ICBC compte ainsi combler son retard sur Bank of China, première banque chinoise à s’être aventurée à l’international avec une présence dans près de trente Etats, « notamment en ouvrant des filiales dans treize nouveaux pays depuis début 2010 », note Jean-Marc Velasque. D’autres établissements pourraient désormais leur emboîter le pas, à l’instar de China Development Bank qui, un temps, s’était mis sur les rangs pour la reprise de la banque allemande WestLB, avant de jeter l’éponge. « Depuis 2007, portées par leurs entrées en Bourse, les banques chinoises ont accéléré leur développement à l’étranger, souligne Jean-Marc Velasque. Elles se sont mieux sorties de la crise financière et ont aujourd’hui moins d’hésitation à se montrer. »

Une telle démarche vise en premier lieu à réduire leur dépendance à l’économie chinoise. Une nécessité à l’heure où, malgré un nettoyage drastique imposé par leur banque centrale, les doutes subsistent quant à l’étendue des créances douteuses dans leurs portefeuilles. « Les banques chinoises sont encore très concentrées sur leur marché domestique qui représente 95 % de leurs encours et leur activité, explique Hervé Demoy, associé chez PricewaterhouseCoopers (PwC). Cette expansion à l’international exprime donc leur volonté de diversifier leur base de clientèle et, surtout, leurs risques. »

Un pont avec la Chine

Pour autant, les banques chinoises n’entendent pas concurrencer les établissements locaux sur le marché des particuliers. « Elles ne sont pas dans une politique de développement tous azimuts, observe Hervé Demoy. Elles ont surtout la volonté d’accompagner les entreprises chinoises quand elles s’implantent dans un pays étranger en leur proposant soit du financement, soit du crédit documentaire. » En d’autres termes, elles se veulent un pont entre la Chine et le reste du monde. Pour cette raison, dans un premier temps, ces établissements se sont implantés en Afrique, voire en Amérique du Sud, suivant ainsi la route des matières premières empruntées par nombre de grandes entreprises chinoises. « Ce sont également des marchés où le secteur bancaire n’est pas encore consolidé et où les économies locales ont des marges de progression importantes, constate Hervé Demoy. A contrario, elles sont moins présentes en Europe car le marché est très consolidé, s’y développer coûte cher et elles sont également confrontées à des contraintes réglementaires plus fortes. » Visiblement, la donne est en train de changer. Les banques chinoises n’ont pas fini de faire parler d’elles.

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