Les banques britanniques se restructurent à marche forcée

le 06/03/2014 L'AGEFI Hebdo

L’incertitude réglementaire continue de faire peser un sérieux risque sur les objectifs de rentabilité des banques britanniques.

Près de sept ans après le début de la crise financière, les banques britanniques continuent à restructurer leurs opérations afin d’optimiser les bilans et améliorer leur rentabilité. Les bases de coûts restent encore élevées et, si HSBC se rapproche de son objectif de coefficient d’exploitation de 48 % à 52 % avec 59,6 %, Barclays et RBS, avec respectivement 71 % et 73 %, ont encore un long chemin à parcourir. Les vagues de suppressions d’emplois vont se poursuivre – entre 10.000 et 12.000 attendues chez Barclays cette année – tout comme les cessions d’actifs.

Levées de fonds plus que nécessaires

RBS, qui a lancé un plan de restructuration de 5 milliards de livres (6,07 milliards d’euros) sur quatre ans à la suite d'une perte de 8,2 milliards en 2013, a annoncé la finalisation de la cession de sa participation dans l’assureur Direct Line et poursuit son intention d’introduire en Bourse sa filiale américaine Citizen dans le courant de l’année. Destinées à renforcer les niveaux de capitaux, ces levées de fonds sont d’autant plus nécessaires que les banques britanniques n’ont pu compter en 2013 sur la génération de revenus supplémentaires. A l’exception de LBG avec une modeste hausse de 2 % de ses revenus sous-jacents, toutes ont enregistré un repli de leurs revenus. Si le secteur s’achemine vers une normalisation des créances douteuses – à l’exception majeure de RBS –, il continue de se heurter à une spirale de dépenses significatives, héritage des erreurs du passé. « Les problèmes de compensation et de provisions pour litiges ont continué et leur impact a été plus important que ce que l’on pouvait anticiper », estime Ian Gordon, analyste chez Investec.

Bonus...épargnés

Les seules dépenses épargnées par les coupes auront été les bonus. L’enveloppe a baissé de 15 % chez RBS et progressé de 10 % chez Barclays et de 8 % chez LBG. HSBC a préféré développer un nouveau dispositif de rémunération destiné à contourner la règle européenne sur le plafonnement des bonus. Dans l’intervalle, les objectifs financiers restent difficiles à atteindre : Stuart Gulliver, directeur général de HSBC, explique qu’en dépit des efforts accomplis – une réduction des effectifs de 41.000 personnes depuis 2011 –, la banque avait raté ses objectifs de rentabilité l’an dernier.

Les objectifs de capitaux réglementaires bien difficiles à atteindre

Il n'est donc pas surprenant que les banques éprouvent des difficultés à atteindre les objectifs de capitaux réglementaires. Si Barclays est parvenu à améliorer son ratio de levier à 3 % – pour un objectif de 3,5 % à fin 2015 –, son ratio de capital core tier 1 sous Bâle 3 a reculé en fin d’année de 30 points de base à 9,3 %, comparé au trimestre précédent. « La perception d’une poursuite des incertitudes sur le front réglementaire pose une contrainte sur les versements de dividendes et affecte négativement les attentes du marché sur l’échelle et le rythme d’amélioration des retours sur fonds propres », estime Ian Gordon.

HSBC, dont les profits ont progressé à hauteur de 15 % l’an dernier, a annoncé un dividende final de 0,19 dollar pour 2013, soit bien moins que le 0,21 dollar attendu par les investisseurs. La banque a averti que l’augmentation des exigences en capitaux pourrait à terme affecter sa capacité à atteindre même la fourchette la plus basse de son objectif de retour sur fonds propres (RoE) qui se situe entre 12 % à 15 % entre 2014 et 2016, comparé à 9,2 % aujourd’hui.

Durcissement ?

L’avenir n’est pas sans risques. En raison de la taille de sa banque d’investissement aux Etats-Unis, Barclays pourrait souffrir de la réglementation adoptée mi-février par la Réserve fédérale américaine et contraignant les très grandes banques étrangères implantées aux Etats-Unis à se soumettre à des normes financières plus strictes à compter du 1erjuillet 2016. Un durcissement de la réglementation en matière d’actifs pondérés en fonction du risque (risk-weighted assets) pourrait aussi avoir de larges répercussions sur le secteur bancaire britannique.

HSBC a averti que des critères plus durs en cas de défaut et d’exposition au moment de celui-ci (deux des indicateurs de risques Bâle 3) sur des portefeuilles de prêts aux grandes entreprises dans certains pays pourraient amputer son ratio core tier 1 sous CRD 4 de 25 à 35 points de base au premier trimestre. « Le risque le plus important pour les banques britanniques serait un changement significatif du levier autorisé sur les prêts résidentiels », explique Jason Napier, analyste chez Deutsche Bank. « Nous pensons que le Financial Policy Committee [FPC, l’organisme en charge de la stabilité financière, NDLR] durcira ses exigences en matière d’actifs pondérés des risques au cours des douze prochains mois. Si ces changements sont trop agressifs, le rendement du capital, chez des acteurs comme Lloyds par exemple, pourrait être décevant. » Pour les banques britanniques, la sortie de la crise n'est pas pour tout de suite

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