Banques britanniques - Le grand ménage continue

le 14/03/2013 L'AGEFI Hebdo

En convalescence, les établissements britanniques doivent désormais trouver des moyens pour rester compétitifs.

Banques britanniques - Le grand ménage continue

Pour la banque britannique, 2012 restera associée à une série de scandales sans précédent. Les erreurs du passé ont d’ailleurs continué à peser sur les résultats annuels de ces établissements dont trois sur cinq - Barclays, RBS et LBG (Lloyds Banking Group) - ont fini en territoire négatif. « Rien qu’en 2012, les scandales liés aux PPI (payment protection insurance, NDLR) ont coûté quelque 12 milliards de livres aux banques britanniques, ce qui représente pas moins de 1 % du PIB britannique, et les passifs à venir sont simplement impossibles à quantifier », explique Chris Kinder, gérant et analyste du secteur bancaire britannique chez Threadneedle Investments. La vente de produits dérivés aux entreprises a également conduit à un provisionnement à hauteur de 2,3 milliards de livres l’an dernier pour les quatre plus gros acteurs du secteur (Barclays, RBS, LBG et HSBC). La manipulation du taux interbancaire Libor reste aussi un dossier inachevé : pour le moment, seules Barclays et RBS se sont acquittées d’amendes, respectivement à hauteur de 290 et 381 millions de livres. De son côté, HSBC a dû payer une amende de 1,9 milliard de dollars outre-Atlantique pour mettre fin à des poursuites pour complicité de blanchiment, tandis que StanChart a réglé 667 millions de dollars pour avoir violé le régime de sanctions imposé par les Etats-Unis à différents pays, dont l'Iran. Les provisionnements destinés à couvrir les scandales devraient encore laisser des traces sur les résultats des groupes bancaires au cours des deux prochaines années, selon une étude de Standard & Poor’s sur les banques britanniques. « Au-delà de l’impact sur les bilans, ces scandales risquent aussi d’avoir un impact très fort sur la réputation de ces banques », prévient de son côté Giles Williams, associé chez KPMG. Sans surprise, les établissements ont pris la mesure des transformations à apporter : Stephen Hester, directeur général de RBS, évoquait au cours d’un point presse la nécessité de s’assurer que le mode opératoire était désormais le bon : « Nous avons à présent l’habitude de dire en interne qu’il faut regarder à l’extérieur de la banque et non plus être replié sur soi-même. » Le message de Barclays n’est pas différent : sous le nom de Transform, le nouveau plan stratégique doit permettre à la banque de se repositionner au cours des cinq prochaines années comme l’institution « où il faut aller ».

Assainissement

Au-delà de ces annonces, le secteur a subi une mutation profonde. Les efforts de restructuration, s’ils ont déjà rogné quelque 3 % des recettes des grosses banques en moyenne au cours des quatre dernières années et coûté 3 milliards de livres en 2012, ont néanmoins permis d’assainir le secteur et de rééquilibrer ses activités. Encore importante chez Barclays ou HSBC, la place de la banque d’investissement a été considérablement réduite au sein de RBS, où le pôle Markets ne représente plus que 20 % des profits comparé à 60 % avant la crise. Selon Investec, le total d’actifs aux bilans des banques a été réduit à hauteur de 1.000 milliards de livres depuis le début 2008, dont 900 milliards pour RBS. La qualité des actifs s’est aussi améliorée : les quatre grandes banques britanniques sont parvenues à réduire leurs provisions pour créances douteuses, avec des charges combinées de 16 milliards de livres en 2012, contre 22 milliards en 2011. Les institutions financières ont aussi marqué des points sur le front de la liquidité en réduisant fortement leur exposition aux marchés financiers au bénéfice des dépôts clients : « Si le dispositif du 'funding for lending' n’a pas complètement répondu aux attentes du gouvernement britannique en matière de prêts, il aura cependant permis de relâcher la pression sur les banques en matière de financement », reconnaît Giles Williams. Le ratio prêts par rapport aux dépôts s’est aussi régularisé : alors qu’il était de 169 pour LBG en 2009, il n’est plus aujourd’hui qu’à 121. Signe des temps, l’augmentation du niveau des dividendes versés est à l’ordre du jour : « Barclays tente à nouveau d’accroître les versements de dividendes mais distribue un tiers de son total de 2008, nuance Justin Cooper, directeur général de Capita Registrars, société de surveillance des dividendes. HSBC paie six fois plus que Barclays mais toujours moins que par le passé. Seule Standard Chartered, qui a doublé ses dividendes depuis 2007 (de 1,12 milliard de dollars à 2,02 milliards en 2012, NDLR) sort du lot. »

Renforcement de capital

Malgré les améliorations, le rétablissement du secteur n’est pas attendu pour demain : « L’histoire a montré que la durée moyenne d’une crise bancaire est de sept ans et nous en sommes probablement maintenant à notre cinquième année. Le secteur devrait renouer avec une meilleure santé en 2015 », prédit Chris Kinder. En dépit d’une reprivatisation envisagée sous deux ans, le sort des deux banques partiellement nationalisées LBG et RBS continue à inquiéter. Lors d’une audition parlementaire, Mervyn King, gouverneur sortant de la Banque d’Angleterre, a exhorté le gouvernement britannique à scinder RBS en une bonne et une mauvaise banque (lire l’encadré page 9). « Complètement improbable et parfaitement anachronique, juge un observateur du secteur. Mais cet appel à la scission a au moins le mérite de révéler l’impatience de la Bank of England face à la lenteur de la restructuration de RBS. »

Plus généralement, le renforcement du capital des banques reste d’actualité. Dotées d’un core tier one compris entre 10,3 % (RBS) et 12,3 % (HSBC) à fin 2012, les principales banques britanniques apparaissent bien capitalisées. Mais le FPC (Financial Policy Committee), dont la mission est d’assurer la stabilité financière au Royaume-Uni, exige davantage.

A l’occasion d’un rapport qui sera publié d’ici à la fin du mois, le FPC va détailler ses attentes sur trois sujets spécifiques : une bonne évaluation des actifs des banques, une appréhension réaliste des coûts des scandales à venir et le calcul prudent des actifs risqués : « Il est quand même décevant que l’analyse du poids des actifs risqués dans les bilans n’intervienne que cinq ans après le début de la crise financière alors que l’on s’est uniquement concentré jusqu’à présent sur le renforcement du capital », estime Giles Williams. La Banque d’Angleterre a en effet estimé que si HSBC, LBG, RBS et Barclays utilisaient des modèles de calcul de risques plus sévères, il leur faudrait détenir entre 5 et 35 milliards de livres supplémentaires. « Les banques britanniques sont dotées de modèles d’analyse internes individuels pour les actifs risqués, autrefois approuvés par la Financial Services Authority (FSA). Nous souhaiterions qu’il y ait une standardisation de ces modèles afin d’être en mesure de comparer les banques et leurs capitalisations de façon plus transparente », demande Chris Kinder.

Se différencier

Outre le renforcement du capital, les modifications du paysage réglementaire outre-Manche vont également continuer à peser sur le secteur bancaire en 2013 : la loi sur les services financiers (Banking Reform), qui intègre la filialisation des activités de dépôts et d’investissements, sera débattue sans relâche avant une introduction attendue pour 2014. D’ores et déjà, la publication d’un second rapport parlementaire le 11 mars dernier appelle à un durcissement de cette réforme : au-delà de l’appel à une électrification de la cloison entre activités de détail et d’investissement, soutenu par le chancelier George Osborne, la commission parlementaire a demandé à ce que soit organisée une surveillance indépendante de ce cloisonnement. Le rapport de 74 pages souhaite aussi que le levier d’endettement (leverage ratio) des banques dépasse les 3 %, qui est le taux actuellement retenu par le gouvernement britannique dans sa réforme bancaire. Les recommandations initiales du rapport Vickers, publiées par la commission bancaire indépendante, faisaient état de 4 %. Par ailleurs, à partir du mois d’avril, la FSA va disparaître pour laisser place à une supervision bicéphale reposant sur le PRA (Prudential Regulation Authority), l’autorité de supervision prudentielle émanant de la Bank of England, et le Financial Conduct Authority.

Une fois ces chocs absorbés, les banques vont devoir trouver des relais de croissance pour se différencier : si les potentialités de développement des économies émergentes vont continuer à porter le succès de HSBC et StanChart, la mission devrait s’avérer beaucoup plus difficile pour des établissements à forte exposition domestique comme LBG, conséquence d’une économie britannique atone. Dans un contexte défavorable pour la génération de revenus, les analystes estiment que la réduction des coûts demeure le seul avantage compétitif pour ces établissements. Antony Jenkins, directeur général de Barclays, l’a bien compris : après avoir annoncé un plan de suppression de 3.700 emplois mi-février, le directeur général évoquait récemment devant les actionnaires sa volonté à terme de transformer un groupe de 140.000 salariés en un groupe de 100.000 salariés, soit 30 % de moins qu’aujourd’hui… L’amélioration de la productivité sera sans aucun doute le prochain défi des établissements britanniques.

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