Les banques britanniques face à de nouveaux défis

le 03/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Sur fond de performances annuelles améliorées, les établissements bancaires entament une nouvelle ère.

Nous avons un agenda très simple qui consiste à servir les besoins de nos clients », indiquait Philip Hampton, président de RBS, le 24 février dernier. Anodine, la petite phrase, lâchée au cours de la conférence de presse de résultats annuels de la banque, en dit pourtant long sur le chemin accompli par les banques britanniques depuis le début de la crise financière. Ce retour aux fondamentaux, associé à la volonté de supporter la croissance économique, s’est ainsi manifesté quelques jours auparavant par la signature de l’accord Merlin, en négociation de longue date entre les quatre principales banques britanniques - HSBC, Lloyds Banking Group (LBG), Royal Bank of Scotland (RBS) et Barclays - et le gouvernement mené par David Cameron : en tout, les banques vont prêter 10 milliards de livres supplémentaires aux entreprises cette année, portant le total à 190 milliards de livres, et ont accepté que l’enveloppe totale des bonus soit inférieure à celle de l’an dernier : « Il s’agit certes d’un accord a minima qui, s’il impose quelques contraintes en matière de prêts aux entreprises, reste limité dans son ambition d’encadrement des rémunérations variables, indique un observateur. Il n’empêche, il constitue un pas en avant dans la réforme nécessaire des modèles bancaires. »

Ce tournant coïncide aussi pour les banques avec une nette amélioration de leurs résultats. Si le groupe partiellement nationalisé LBG est repassé dans le vert cette année, RBS, entre les mains de l’Etat à 84 %, a considérablement réduit ses pertes, à la faveur d’une très nette augmentation des recettes et des profits dans les activités de banques de détail. Quant à Barclays, la banque a enregistré un bond considérable de ses profits à hauteur de 31 % sur une année, grâce aussi au quasi-doublement du bénéfice imposable de son pôle de banque de financement et d’investissement, Barclays Capital (BarCap). Pour toutes, le déclin des créances douteuses - de l’ordre de 47 % pour HSBC, 44% pour LBG, 33% pour RBS et 30% pour Barclays -, conséquence de meilleures conditions économiques, a largement contribué à l’amélioration des résultats. « Les créances douteuses semblent avoir atteint un pic et ont ainsi permis de reléguer au second plan les préoccupations en matière de capital », souligne Keith Bowman, analyste equities au sein d’Hargreaves & Lansdowne.

Les efforts de restructuration, entamés au plus fort de la crise, commencent aussi à porter leurs fruits. Stephen Hester, directeur général de RBS, s’est ainsi félicité du mix des activités de la banque, à savoir deux tiers des profits en provenance de la banque de détail et commerciale et un tiers tiré de la banque d’investissement.

Un horizon encombré

Dans un contexte d’activité plus serein, les objectifs de rendement sur fonds propres à hauteur de 15 % au travers de l’ensemble de l’activité du groupe bancaire ne paraissent pas non plus inaccessibles. Quant au programme d’intégration de LBG, destiné à délivrer des économies annuelles de l’ordre de 2 milliard de livres, il a d’ores et déjà permis de générer des économies de 1,279 milliards de livres. L’assainissement des bilans avance aussi à marche forcée : LBG s’est d’ores et déjà séparé d’actifs non centraux à ses opérations bancaires à hauteur de 105 milliards de livres et se dit en bonne voie pour atteindre son objectif de 200 milliards de livres au cours des trois prochaines années.

Le tableau n’est pourtant pas totalement sans nuages. Les coûts de financement risquent de peser à terme sur la profitabilité des banques : « Un certain nombre de banques au Royaume-Uni sont en train de modifier considérablement la structure de financement de leurs bilans et ont besoin pour cela de réaliser des montants significatifs d’émissions de dette au cours de cette année, estime Chris Kinder, analyste bancaire au sein de Threadneedle. Etant donné la volatilité des marchés et les hauts niveaux d’émission en général, on ne connaît pas encore le prix de ces émissions et leur impact sur les profits à venir. » LBG a ainsi quelque peu inquiété les marchés en signalant que sa marge d’intérêt nette, qui est passée de 1,77 % à 2,1 % cette année, risquait de plafonner en 2011.

Le renforcement des niveaux de capitaux est aussi à l’ordre du jour : les nouvelles règles imposées par Bâle III vont contraindre les établissements financiers à renforcer leurs niveaux de capitaux, ce qui risque de peser sur les rendements. Bob Diamond, directeur général de Barclays, a ainsi pris les devants en procédant à un examen approfondi des activités de la banque : des économies de 500 millions de livres cette année et un milliard à l’horizon 2003 sont ainsi au programme dans l’optique d’accroître le rendement sur fonds propres de Barclays de 13 % en 2011, contre 7,2 % en 2010. Tandis que HSBC présente désormais 15 % comme un plafond (lire l’encadré âge 20).

Les perspectives économiques ne portent pas non plus à l’optimisme : « Il n’est pas certain que la reprise économique constatée aux deuxième et troisième trimestres l’année dernière au Royaume-Uni soit durable, indique Chris Kinder, Les banques britanniques sont également exposées aux risques en Europe et il est possible d’assister à de futures dépréciations en Espagne, au Portugal et potentiellement en Italie. » Les créances douteuses sur les opérations irlandaises de RBS et Lloyds Banking Group se sont ainsi lourdement aggravées en 2010. Quant à Barclays, les activités de sa branche commerciale en Espagne en ont enregistré à hauteur de 898 millions de livres.

Réorganisation attendue

Au-delà de ces problèmes conjoncturels, la banque britannique doit aussi affronter sa propre réorganisation, avec la cession attendue des actifs des banques partiellement nationalisées. La date de vente des 600 agences de Lloyds Banking Group, conformément aux négociations avec la Commission européenne, reste ainsi encore pour le moins incertaine, et, cela en dépit de nombreuses marques d’intérêt dont celles du véhicule d’investissement NBNK Investments, présidé par Lord Levene, également président du marché de l’assurance Lloyd’s of London. Si les rumeurs dans la presse britannique évoquent une accélération du processus de vente décidée par le nouveau DG António Horta-Osório, le président sortant Eric Daniels s’est contenté de signaler que la date butoir de 2013 était toujours d’actualité.

Le calendrier de reprivatisation des actifs de LBG et RBS reste aussi une grande inconnue. Stephen Hester et Eric Daniels ont réaffirmé à tour de rôle que leur objectif était avant tout de rendre à nouveau attractives leurs deux banques aux yeux des investisseurs. « Le processus pourrait être plus long que prévu, avec des tranches d’actions reprivatisées tous les deux ans sur une période couvrant plusieurs années », a précisé Stephen Hester. Mais sans doute pas avant que le gouvernement britannique ait eu le temps de digérer les conclusions du rapport de la Commission bancaire publiées en septembre prochain : sous la houlette de Sir John Vickers, ce document, qui étudie la concurrence dans le secteur bancaire, pourrait bien recommander la scission des activités de détail et d’investissement des établissements outre-Manche : « Les conclusions de ce rapport concernant les questions de concurrence, de capital et de structure de l’industrie pourraient être très dommageables à l’ordre établi », estime Chris Kinder. A peine sorti du marasme, le paysage de la banque britannique pourrait ainsi connaître très bientôt de nouveaux bouleversements.

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