La banque au rayon des supermarchés britanniques

le 20/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Présente depuis près de vingt ans dans le secteur bancaire, la grande distribution passe à la vitesse supérieure.

Un magasin M&S à Manchester. L’enseigne a annoncé l’an dernier le lancement de M&S Bank. Paul Thomas/Bloomberg

Aen croire Anthony Thomson, le fondateur de Metro Bank, le paysage bancaire britannique devrait s’étoffer de cinq à quinze nouveaux entrants au cours des trois à cinq prochaines années. De quoi secouer un secteur déçu par l’échec de la tentative de rachat par Co-op group (L’Agefi Hebdo du 6 juin) des 632 agences de Lloyds Banking Group (LBG). Car si le Royaume-Uni compte pas moins de 200 banques différentes, 80 % des comptes courants restent toujours dominés par les cinq principaux acteurs du secteur. Les supermarchés tentent pourtant à l’heure actuelle d’écorner cette suprématie.

Leur entrée dans le secteur bancaire ne date pas d’hier : si M&S a lancé dès 1985 une carte privative, Tesco et Sainsbury lui en ont emboîté le pas en créant des sociétés conjointes en 1997, respectivement avec RBS et LBG. Mais il a fallu attendre une quinzaine d’années avant que ces acteurs ne se décident à transformer l’essai : en 2008, le numéro un des supermarchés Tesco rachète sa participation à hauteur de 50 % à RBS, tandis que Sainsbury vient de prendre la même décision en rachetant pour 248 millions de livres sa participation à LBG. « A l’heure actuelle, environ un client de Sainsbury sur vingt possède un produit financier avec le distributeur, explique Far Rahim, analyste banque de détail au cabinet d’études Datamonitor. Prendre le contrôle de ses opérations bancaires va lui permettre de proposer un plus vaste éventail de produits, y compris une offre de prêts immobiliers et un compte courant. »

Une gamme élargie

Le grand magasin M&S a annoncé l’an dernier le lancement de M&S Bank, en collaboration avec HSBC avec qui le distributeur dispose d’une société conjointe depuis 2004. M&S, qui offre un compte courant, a d’ores et déjà ouvert 29 agences dans ses magasins et anticipe d’en ouvrir 21 autres d’ici à deux ans. « La réduction des revenus disponibles des ménages britanniques au cours de ces dernières années a amputé les revenus des supermarchés et les a convaincus de diversifier leurs sources de revenus en se focalisant, par exemple, sur leurs activités bancaires, expose Keith Bowman, analyste actions chez Hargreaves Lansdowne. La période était aussi idéale : les supermarchés capitalisent non seulement sur le désamour de la clientèle avec les banques établies, mais aussi sur l’offre d’une carte de fidélité qui leur permet de nourrir à la fois leurs ventes alimentaires et les produits annexes dont les produits financiers. » Lancée en 1996, la carte de fidélité Clubcard de Tesco a séduit un peu plus de 16 millions de clients outre-Manche. Philip Clarke, directeur général de Tesco, indiquait récemment que le panier moyen hebdomadaire augmentait de quelque 12 % dès lors qu’un client détenteur de la carte Clubcard devenait aussi un client bancaire. Limité à une gamme réduite de produits (assurances, produits d’épargne, crédit), le potentiel de développement des supermarchés dans le secteur bancaire reste encore important. « Avant de devenir un acteur bancaire complet, Tesco va devoir lancer des comptes courants, ce qui devrait arriver en 2014, indique Clive Black, analyste de Shore Capital. De ce fait, la banque est une partie importante du potentiel de croissance de Tesco mais un acteur mineur en termes bancaires absolus. »

Selon Deutsche Bank, les profits agrégés, en provenance des produits financiers, des trois principaux acteurs de la distribution alimentaire - Tesco, Sainsbury et M&S - se sont élevés, de 2000 à fin 2011, à 2,5 milliards de livres. Même Tesco Bank, dont l’offre reste à ce jour la plus aboutie - le supermarché a lancé une gamme de prêts immobiliers en août 2012 -, n’a engrangé que 788 millions de livres en bénéfices imposables au cours des cinq dernières années, soit quelque 5 % du total des profits du groupe : « Les banques de distributeurs parviennent en général à être rentables et à générer de bons retours sur fonds propres, grâce en particulier aux ventes sur les produits d’assurance, mais elles n’ont jamais été suffisamment importantes en termes d’échelle, aussi bien pour leurs partenaires bancaires que pour elles-mêmes », écrit dans une note Jason Napier, analyste bancaire chez Deutsche Bank. Les produits purement bancaires, à l’image des prêts individuels non garantis, ont stagné au cours des années : le portefeuille de Sainsbury est similaire à ce qu’il était en 2004, tandis que celui de M&S est 5 % plus important que celui détenu en 2005. Dans l’ensemble, les trois supermarchés, y compris Tesco, couvraient quelque 5 % du marché des prêts individuels non garantis fin 2011. Ces acteurs vont pourtant avoir très bientôt une sérieuse carte à jouer pour dynamiser leur part de marché : à compter de septembre 2013, il ne faudra pas plus de sept jours pour changer de compte courant d’une banque à l’autre. De quoi inciter les clients britanniques à diversifier plus facilement leurs fournisseurs. 

A lire aussi