La Banque Postale progresse tant bien que mal vers ses objectifs

le 13/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Alors qu’elle doit développer ses revenus, le financement des collectivités locales s’est ajouté à ses priorités à horizon 2015.

Diriger une banque publique suppose parfois d’accepter quelques aménagements de stratégie… Parmi les actions prioritaires de son plan à horizon 2015, Philippe Wahl, président du directoire de La Banque Postale (LBP), a souhaité en aborder cinq lors de son point de rentrée du 6 septembre. Cinq sur treize, le financement des collectivités locales étant venu se greffer aux priorités de départ, à peine son plan « L’intérêt du client d’abord : prouvons la différence » présenté il y a tout juste un an. En attendant que la Commission européenne se prononce sur le schéma - qualifié de « complexe » par Philippe Wahl - prévu par la France pour prendre la relève de Dexia, LBP propose aux collectivités depuis le 21 juin des lignes de trésorerie de 364 jours maximum. Sur une enveloppe augmentée dès juillet de 2 à 4 milliards d’euros, les demandes répondant à ses critères atteignent 3,2 milliards et les accords de crédit un milliard d’euros. Pour cela, LBP engage son bilan. Une mesure d’urgence qui a en outre permis à certains salariés de Dexia de devenir « postiers ». « Nous avons eu à construire notre offre en quatorze semaines, rappelle Philippe Bajou, numéro deux du directoire de la banque. Nous souhaitons aussi proposer des crédits moyen/long terme début novembre, sous réserve de la mise à disposition des outils de gestion nécessaires par Dexia Crédit Local. Cette offre pourrait être étendue aux organismes de logement social, sociétés d’économie mixte ou établissements de santé dans le courant de l’année 2013. » Le financement des collectivités locales devrait ensuite passer par une coentreprise avec la Caisse des dépôts, LBP distribuant des produits qu’elle structurerait et recéderait à une société de crédit foncier, l’ex-Dexia Municipal Agency (DMA). Mais la Commission européenne « doute que la poursuite des activités de DMA soit la solution qui cause le moins de distorsions de concurrence ». Philippe Wahl a néanmoins rappelé le rôle de chacun : « Nous avons accepté de prendre 5 % de DMA, mais nous n’augmenterons pas notre part car La Banque Postale a en charge l’avenir. » LBP doit devenir « la banque des territoires ».

Nouvelles sources de revenus

La deuxième priorité évoquée par le patron de LBP porte sur l’offre aux entreprises, démarrée fin 2011. Les crédits mis en force s’élèvent maintenant à 1,5 milliard d’euros (sur un total d’encours de 48 milliards, voir le graphique). Après le crédit-bail mobilier et immobilier, LBP va proposer de l’affacturage, opéré par Crédit Mutuel CIC Factor. Tout cela n’est pas immédiatement relutif en termes de coefficient d’exploitation et va peser sur les ratios de fonds propres, mais permet à LBP d’élargir sa palette de produits et de clientèles tant du côté des grands groupes comme Air France, premier bénéficiaire de son crédit-bail immobilier, que des PME. Et cela tire d’autres de ses métiers, tels que la gestion d’actifs, voire la gestion de patrimoine.

Sur les 17 plateaux régionaux de LBP se côtoient conseillers entreprises et CGP (conseillers en gestion de patrimoine). Or le crédit-bail immobilier est aussi une façon d’entrer en relation avec des chefs d’entreprise qui pourraient avoir besoin de comptes bancaires, crédits et autres produits dédiés à une clientèle haut de gamme : davantage que ce que propose La Banque Postale Gestion Privée à 800.000 clients. Le partenariat noué en 2007 avec Oddo & Cie pour servir ces derniers va de toute façon prendre fin d’ici à mars 2013. LBP doit donc trouver une solution. Elle aurait engagé des discussions avant l'été avec le Crédit Mutuel Arkéa, qui pourrait aller jusqu'au rachat de sa filiale Banque Privée Européenne (BPE). Toutefois, Philippe Wahl se contente d’indiquer que LBP étudie plusieurs « cibles potentielles » : « Nous voulons être en mesure de proposer le plus vite possible une offre complète », dit-il. Pour justifier le bien-fondé d’une acquisition, le patron de LBP rappelle qu’en France, 20 % des ménages détiennent 80 % de l’épargne.

Comme les autres banques

Si LBP dévoilera avant la fin de l’année ses projets en faveur des personnes en situation fragile, elle n’entend donc pas se cantonner à une seule catégorie de clientèle, de même qu’elle n’hésite pas à revoir certaines conditions commerciales (pour les débits différés ou retraits aux guichets automatiques) lorsqu’elles lui coûtent « plusieurs centaines de millions d’euros, glisse Philippe Wahl. La gratuité est l’ennemi du service public ». Le fait est que LBP doit répondre aux mêmes exigences réglementaires et prudentielles que les autres banques, aux capitaux privés. On comprend dès lors que son patron se soit opposé à la volonté politique de voir adossé à la filiale de La Poste le Crédit Immobilier de France (qui bénéficie finalement de la garantie de l’Etat et n’accorde plus de nouveaux crédits). Depuis sa création, malgré les investissements nécessaires à la construction d’une offre bancaire complète (crédit à la consommation, assurances dommages et santé, etc.), avec des services innovants (notamment multicanal), les autorités lui demandent notamment d’améliorer son coefficient d’exploitation. Un objectif de 75 % est d’ailleurs inscrit dans le plan stratégique en cours, pour fin 2015. « L’évolution de nos coûts montre que nous n’y renonçons pas », soutient Philippe Wahl qui avoue qu’en interne, il préfère parler de « coefficient d’autonomie stratégique ». Quels que soient l’évolution du produit intérieur brut, l’impact de la remontée des plafonds de l’épargne réglementée sur les autres produits de la banque, le poids du financement des collectivités dans son modèle, l’autonomie de LBP passe donc par une croissance sensible de ses revenus.

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