La Banque Postale prête à relever de nouveaux défis

le 19/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Malgré des handicaps, l’établissement public est sur tous les fronts.

Pour La Banque Postale, Philippe Wahl, son président du directoire depuis un an, prône un déploiement progressif. Photo : DENIS ALLARD/REA

Il y a trop de mauvais coups à prendre. Concernant Dexia, Philippe Wahl, président du directoire de La Banque Postale (LBP), veut rester à l’écart de la mêlée : « Pour nous, le sujet est le financement des collectivités locales. » LBP devrait prendre le relais du groupe démantelé (lire les pages 22 et 23). Pour son premier anniversaire à la tête de la banque, ce 20 janvier en convention devant 2.500 « postiers », Philippe Wahl axera donc son discours sur « les différences » - « qu’il faut prouver » - entre cette banque publique et les autres, tout en poursuivant sa « croissance ». Et insistera sur les « succès » du réseau tels que les 200.000 abonnements à La Poste Mobile qu’il a vendus depuis septembre. « L’accès au service mobile de La Banque Postale est intégré à chaque téléphone, se félicite-t-il. Cela constitue une nouvelle base de services, ainsi qu’un accès à une clientèle essentiellement jeune » (environ 40 % de moins de 35 ans). LBP « demeure une banque de particuliers », relève Philippe Wahl. Ainsi, devenir « la banque des territoires » n’est pas inscrit dans ses gènes. Pourtant, « il est logique que l’on ait fait appel à nous en tant que banque publique », juge-t-il. LBP ne se lancera de toute façon pas sans la Caisse des dépôts (CDC). D’ailleurs, dans tous les domaines, elle prend soin de passer des partenariats pour développer ses nouvelles activités. Philippe Wahl, qui se place dans « la continuité opérationnelle et stratégique » de son prédécesseur Patrick Werner, le fondateur de la banque en 2006, estime que c’est un gain de temps. C’est aussi le moyen de s’adjoindre des compétences inexistantes en interne.

Montée en puissance des crédits

Pour le crédit aux personnes morales, que l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) l’a autorisée à distribuer en septembre, LBP a conclu en décembre deux conventions pour les créations et reprises d’entreprises avec Oséo, qui fournira expertises, garanties et même prêts. « Notre déploiement sera très progressif, confie Philippe Wahl. Fin 2011, nous avons lancé nos premières offres de crédit-bail mobilier et de facilité de caisse dans trois régions pilotes. Sur ce même modèle, nous développerons l’affacturage et le crédit-bail immobilier. Un intense programme de formation de nos équipes commerciales est en cours pour proposer, en 2014, une gamme de services aux entreprises complète pour l’ensemble de nos clients. » Le cahier des charges destiné à l’appel d’offres sur l’affacturage, dont la commercialisation est prévue « d’ici à la fin de cette année », est en cours de réalisation. Il s’agira de sous-traitance, comme dans le crédit-bail mobilier opéré par Franfinance, filiale de Société Générale.

C’est aussi avec Société Générale, dans une société détenue à 65 % par LBP, que le crédit à la consommation a été lancé. Philippe Wahl a déjà indiqué aux députés (Commission des affaires économiques du 30 novembre 2011) que sa production 2011 s’est montée à 1,7 milliard d’euros. Partant de zéro en 2010, celle-ci pourrait atteindre les « 5 ou 6 milliards d’euros d’ici cinq ou six ans ». « A la rentrée prochaine », LBP lancera son offre de crédit renouvelable en essayant de montrer là aussi sa différence. « Nous avons déjà un accord avec l’association Crésus pour soutenir et assister les clients en position de surendettement », souligne son président.

LBP peut maintenant s’ouvrir « sur les défis à venir, déclare-t-il, avec l’objectif de rester très compétitif en termes de prix et de continuer à servir une clientèle en situation fragile ». Cela ne l’empêche pas d’annoncer pour LBP Patrimoine « de nouveaux services en 2012 » (L’Agefi Hebdo du 10 novembre 2011). La fin de cette année verra aussi le terme de son accord avec Oddo & Cie dans LBP Gestion Privée dont les encours dépassent le milliard d’euros. LBP rachètera-t-elle les 49 % de capital détenus par Oddo ? Philippe Wahl ne se prononce pas. « La question est quand et à quel prix, remarque une source proche des parties. La société a vocation à revenir dans son giron. »

Tandis que LBP a, en gestion d’actifs, choisi de fédérer des sociétés autonomes, elle est historiquement liée à CNP Assurances pour son assurance-vie, avec un accord qui court jusqu’en 2015. « Notre collecte recule, mais sensiblement moins que dans les autres réseaux bancaires, indique Philippe Wahl. Nous continuons à penser que c’est une base de l’épargne des ménages. » En assurance, la nouveauté réside dans l’IARD (multirisque habitation, automobile, protection juridique), lancé en novembre après six mois de déploiement progressif. « Nous avons déjà signé plus de 200.000 contrats, précise-t-il. Nous espérons atteindre le million en 2013. » La banque pourrait-elle racheter les 35 % de Groupama dans cette coentreprise ? « Ce n’est pas le sujet », tranche Philippe Wahl qui ajoute être « très satisfait » de la qualité du service rendu. En outre, c’est maintenant le lancement de l’assurance santé, produite avec La Mutuelle Générale, qui la mobilise. Les détails de son offre seront exposés à la fin du mois. Proposée depuis le 5 décembre dans deux départements (77 et 91), elle enregistre déjà « plus de 1.000 contrats ».

Toutes ces nouveautés ne doivent pas faire oublier les éléments qui vont peser sur les résultats 2011 que LBP présentera le 13 mars. Son coefficient d’exploitation reste toujours proche de 85 %. Or l’ACP souhaite le voir passer rapidement au-dessous de 80 %, sachant qu’il est plutôt de 60 % dans les autres banques. Bien sûr, LBP est dans une situation particulière, chargée d’assurer l’accessibilité bancaire avec le Livret A et en phase de développement de nouveaux produits, dont les crédits qui pèsent par ailleurs sur son coût du risque jusque-là faible. Mais elle subit aussi la crise des dettes souveraines. Au premier semestre, elle a passé une provision de 158 millions d’euros pour la Grèce. Après le haircut suivant de 60 %, le total devrait être supérieur à 200 millions. Egalement liée, à hauteur de sa mise en équivalence, aux actifs détenus par CNP (1,5 milliard en brut au 30 juin), l’exposition de LBP à la Grèce devrait maintenant s’élever à 350 millions d’euros, à comparer aux 3 milliards sur l’Italie et l’Allemagne et 1,4 milliard au 30 juin sur l’Espagne. « Il faut se rappeler qu’un décret de 2000 limitait nos investissements aux obligations souveraines de l’OCDE* », plaide Philippe Wahl.

Hausse des fonds propres

LBP subit enfin la variation des cotisations au Fonds de garantie des dépôts destiné à protéger les clients bancaires en France. Conséquence de la crise, toutes les banques doivent verser 270 millions d’euros supplémentaires, appelés en trois tranches sur 2010, 2011 et 2012. Cette somme s’ajoute à la cotisation annuelle sous forme de dépôt de garantie au 15 octobre, pour laquelle LBP sort justement du régime de nouveau cotisant, valable cinq ans. Enfin, au premier semestre, sa cotisation exceptionnelle a, par erreur, été traitée comme un versement ordinaire au lieu d’être enregistrée dans le produit net bancaire (PNB). Tout cela a un impact sur son PNB et ses résultats, ainsi que sur ses capitaux propres qui s’élevaient à 4,68 milliards à fin juin 2011. Or le problème de LBP n’est pas vraiment, contrairement aux autres banques, la liquidité - sa situation est excédentaire et elle affiche un ratio de crédits sur dépôts d’au moins 50 % - mais sa solvabilité, à l’heure de son développement et des réformes réglementaires.

« Après avoir augmenté d’un milliard son capital en 2011, La Poste a apporté 860 millions de fonds propres à sa banque », rappelle Philippe Wahl. A l’issue de cette opération, LBP affichait un ratio de fonds propres durs (Core Tier one) de 13,2 %, forcément dégradé par les événements qui ont suivi. Or une pression sur les résultats ne faciliterait pas son amélioration. Philippe Wahl s’est fixé l’objectif de maintenir un Core Tier one supérieur à 10 %. Sur les 2,7 milliards d’euros de capital supplémentaire apporté par l’Etat et la CDC à sa maison mère, une deuxième tranche de 1,05 milliard doit être libérée en avril, avant le versement du solde (600 millions) l’an prochain. Reste à connaître la part dont pourrait bénéficier la banque pour remplir ses missions d’établissement public... 

*Organisation de coopération et de développement économiques

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