La Banque Postale armée pour financer l'économie

le 06/03/2014 L'AGEFI Hebdo

L’établissement public peut se permettre de distribuer des crédits à tous les segments de clientèle.

Pour Rémy Weber, le président du directoire, l’offensive n’en est

Le secteur bancaire doit compter avec La Banque Postale (LBP). Chaque année, elle monte un peu plus en puissance sur ses activités de crédits. A entendre Rémy Weber, le président du directoire, l’offensive n’en est qu’à ses débuts. Mettant en avant ses ratios de crédits sur dépôts (67 %) ou de liquidité à court terme (152 %), la banque dispose d’une marge de manœuvre importante pour « continuer durablement à faire des crédits à tous [ses] clients » sans se soucier d’une quelconque problématique de refinancement ou de réduction de son bilan. « On est à fond et on va le rester », a-t-il déclaré lors de la présentation des résultats 2013.

Encours de prêts immobiliers en hausse

Pour la clientèle de particuliers, l’encours de prêts immobiliers a augmenté de 10,7 % et atteint les 50 milliards d’euros – sur un encours total d'un peu moins de 900 milliards d'euros. Bien sûr, la Banque Privée Européenne (BPE), venue étoffer le dispositif de la banque de détail sur la clientèle patrimoniale en avril 2013, a permis d’enrichir le stock de 2,4 milliards d’euros, mais elle n’explique pas à elle seule cette progression. La production de crédits résidentiels de LBP s’élève à 9,1 milliards d’euros pour 2013. C’est le résultat de l’engouement des emprunteurs pour la renégociation de crédits (une nouvelle clientèle à capter pour cette jeune banque) et, plus marginalement, du lancement d’une offre de prêts à l’accession sociale à la propriété pour remplacer la disparition de celui qu’elle n’a pas souhaité racheter, le Crédit Immobilier de France (CIF). En tant que banque publique, elle s’y était engagée. Elle a ainsi distribué un milliard de prêts à l’accession sociale (PAS), dont 850 millions d’euros à destination de populations gagnant moins de deux fois le Smic. Un niveau que Rémy Weber estime plus élevé que le CIF dans sa meilleure année de production. Un argument qu’il a d’ailleurs fait valoir auprès des membres de la commission des Finances lors de son audition au Sénat le 25 février, en compagnie de Philippe Wahl, président-directeur général de La Poste et président du conseil de surveillance de La Banque Postale.

Cette nouvelle activité s’est traduite par la mise en place, en avril 2013, d’une plate-forme située à Clermont-Ferrand à laquelle sont dédiées 50 personnes dont certaines viennent du CIF. La filiale du groupe La Poste avait promis de participer à l’effort de reclassement du personnel de l’ancien prêteur spécialisé, voué à disparaître lorsque s’éteindra son portefeuille de crédits. Au total, la banque déclare avoir fait 304 propositions aux anciens salariés du CIF. « Toutes n’ont pas été honorées », précise Rémy Weber, mais 55 personnes ont rejoint les rangs de la filiale du groupe La Poste et 65 autres sont en discussion.

Financement aux collectivités locales

La Banque Postale entend développer sa présence sur une autre clientèle, les personnes morales. Elle s’est ainsi substituée à un autre organisme défaillant, Dexia Crédit Local, et a repris la commercialisation de financements aux collectivités territoriales. De même que pour le CIF, 60 des 150 professionnels au service de ce nouveau dispositif sont d’anciens salariés du groupe bancaire franco-belge. Mise en place fin 2012, l’offre de financement à destination du secteur public local s’est concrétisée au premier trimestre 2013 par la création de la société de financement local (Sfil) en charge du refinancement et de La Banque Postale Collectivités Locales, une co-entreprise constituée avec la Caisse des Dépôts qui en détient 35 %, destinée à fournir des prestations de services relatives à la distribution des crédits. Une mission d’intérêt général plus qu’un véritable relais de croissance (lire l’entretien).

A l’heure du premier bilan, La Banque Postale annonce avoir accordé au secteur public local 6,5 milliards de crédits. Sur ce montant, 3,5 milliards sont des prêts moyen/long terme dont 17 % concernent des communes de moins de 5.000 habitants. « Désireuse de poursuivre sa montée en puissance » dans ce domaine, selon les mots de son président, La Banque Postale est cependant freinée dans son élan. Alors qu’elle a « besoin de produire pour que la mécanique fonctionne avec un peu de marge », elle est soumise au ralentissement de la demande lié aux élections municipales à venir ainsi qu’à une reprise de la concurrence sur le marché des grandes collectivités.

La Banque Postale fait part aussi de son intention de conquérir la clientèle des entreprises, et particulièrement celle des professionnels, « tous ou presque clients de la Poste ». Alors qu’elle n’en sert elle-même que 100.000 actuellement, le potentiel de développement est important sur ce segment. Elle vise ainsi, d’ici à cinq ans, à en doubler le nombre et à générer 400 millions d’euros de revenus contre 54 millions aujourd'hui. Plus important encore, ce marché constitue « un relais de croissance pour les bureaux de poste » et permet d’offrir « de nouvelles perspectives à leurs collaborateurs », explique Rémy Weber. Au regard de l’inévitable transformation du modèle économique du groupe, l’évolution des « hommes et des femmes » de l’entreprise vers des métiers « à valeur ajoutée pérenne » est, en réalité, l’un des plus grands enjeux de l’établissement public.

Un projet de long terme qui ne va pas dans le sens d’une amélioration immédiate du coefficient d’exploitation de la banque, dont le niveau, 84,9 %, reste bien supérieur à la moyenne du secteur.

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