La Banque Postale, une ambition nouvelle

le 11/07/2013 L'AGEFI Hebdo

En 2018, elle pèsera 63 % du résultat de La Poste. Elle vise une hausse de 1,3 milliard de ses revenus en cinq ans.

Pour Philippe Wahl, l’enjeu est de faire croître le PNB alors que les revenus décroissent dans la banque de détail. Photo : Hamilton/REA

Souriant et détendu, Philippe Wahl, président du directoire de La Banque Postale (LBP), ne boude pas son plaisir ce jeudi 4 juillet face à la presse. Sa maison mère vient d'entériner son nouveau projet stratégique 2013-2018 qui consacre la montée en puissance de LBP. A horizon 2018, les activités bancaires devront représenter 30 % des revenus de La Poste, contre 24 % fin 2012. Mieux, elles devront contribuer à hauteur de 63 % au résultat d’exploitation du groupe, contre 46 % prévu au budget 2013. Pour accompagner un tel bond en avant, le groupe postal a d’ailleurs décidé une nouvelle injection d’argent frais d’un milliard d’euros. Une opération qui permettra à LBP d’afficher un ratio Core tier one de 10,6 % et un ratio Tier one de 14 %. « Cette augmentation de capital vise à nous donner les moyens de notre développement de manière anticipée pour ne pas agir sous la contrainte », estime Philippe Wahl.

La banque a pourtant revu à la baisse ses objectifs « Ambition 2015 ». Alors qu'elle visait un produit net bancaire (PNB) de 6,7 milliards à cet horizon, il devrait finalement atteindre 6,5 milliards d’euros en 2018 - soit 1,3 milliard de plus qu'à fin 2012. « Nous anticipons un résultat d’exploitation en forte croissance », a pour sa part indiqué Xavier Girre, directeur financier du groupe La Poste, sans dévoiler le moindre chiffre. D’après le projet stratégique que L’Agefi Hebdo a pu consulter, l’ambition est pourtant claire : doubler ce résultat d’exploitation d’ici à 2018 pour atteindre 1,1 milliard d’euros contre 586 millions fin 2012. « L’enjeu est de continuer à croître en PNB dans une industrie dont les revenus reculent dans la banque de détail, précise Philippe Wahl. Nous allons d’abord jouer sur le taux d’équipement de nos clients. » Un développement que les agences de notation appellent de leurs vœux. « Son défi est de vendre davantage de produits à sa clientèle existante alors que son taux d’équipement n’est pas très élevé par rapport aux autres banques françaises, observe Sonia Trabelsi, analyse crédit chez Fitch Ratings. C’est un enjeu majeur pour accroître son PNB et mieux rentabiliser ses activités. »

Doubler les crédits

Philippe Wahl ne s’en cache pas. « Notre taux d’équipement atteint en moyenne 3,7 produits alors que certaines banques avancent un taux de 8 produits par client », reconnaît-il. Avec plus de 10,65 millions de clients actifs prévus fin 2013, le potentiel de l’établissement est encore important. Tous les métiers seront mis à contribution. Ainsi, à horizon 2018, l’objectif auprès de la clientèle de particuliers est d’avoir +1,6 million de cartes et forfaits, soit une progression de 22 % par rapport à 2012. En parallèle, LBP vise un doublement de sa collecte de dépôts - sa part de marché en épargne doit passer de 8,1 % à 15 % - et de sa production de crédits immobilier et consommation en cinq ans. « Nous avons aujourd’hui 5,7 % de parts de marché sur la base des encours en crédit immobilier et l’objectif est d’atteindre les 10 % », avance Philippe Wahl. Un développement qui devra se faire sans dégrader son coût du risque qui doit rester autour de 0,3 % de l’encours à échéance.

LBP pourra également compter sur la bonne dynamique de ses activités d’assurances. « D’ici à fin 2013, nous aurons commercialisé plus d’un million de contrats en assurance-dommages », avance Philippe Wahl. De même, la banque nourrit toujours de fortes ambitions en assurance-santé dans le cadre de son partenariat avec La Mutuelle Générale, avec qui elle réfléchit au lancement d’une offre collective pour profiter de la généralisation de la complémentaire santé à l’ensemble des entreprises. De fait, le résultat d’exploitation de l’assurance (hors CNP Assurances) doit atteindre 60 millions d’euros en 2018, soit une croissance annuelle de 10 % en moyenne « grâce à la poursuite du déploiement de ses offres auprès de sa propre clientèle », selon le document interne.

La Banque Postale pourra enfin s’appuyer sur ces nouvelles activités : l’accession sociale à la propriété dans le cadre de la reprise des activités du Crédit Immobilier de France et, surtout, le crédit aux collectivités locales en partenariat avec la Caisse des dépôts. « Nous avons un objectif de production de 3 milliards d’euros auprès des collectivités locales en 2013, soit 15 % de parts de marché, et nous espérons tenir ce rythme chaque année », confie Philippe Wahl. En 2018, LBP vise même 20 % de parts de marché et une production de 6 milliards d’euros à cette date. Son développement devra toutefois se faire dans un contexte de maîtrise des coûts. Un impérieuse nécessité alors que son coefficient d’exploitation ressort à 85,8 % fin 2012, soit le plus élevé du secteur, quand il s’affiche entre 60 % et 65 % chez ses rivaux. « C’est un enjeu majeur et cela passe par la nécessité de gagner en taux d’équipement et en efficacité, voire par la renégociation de ses partenariats », estime Solena Gloaguen, analyste crédit chez Fitch Ratings. D’ici à 2018, le coefficient d’exploitation de LBP doit ainsi reculer de 7 points pour atteindre 78,9 %. Bien loin des 75 % assignés dans le plan « Ambition 2015 ». « Mais nous n’irons jamais au niveau des autres banques en raison de nos missions d’accessibilité bancaire et d’aménagement des territoires », explique Philippe Wahl. Reste à savoir si ce dernier sera toujours aux commandes de LBP en 2018. Son nom circule en effet avec insistance pour succéder à Jean-Paul Bailly, le PDG démissionnaire de La Poste. Le jeu reste ouvert jusqu’au conseil d’administration d’août, voire celui d’octobre.

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