La banque ne crée plus d’emplois

le 14/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Cette année, les banques françaises vont stabiliser ou réduire leurs embauches. Dans un secteur confronté à des massifs départs à la retraite jusqu’en 2015, pyramide des âges oblige, cela ne signifie qu’une chose : les établissements financiers ne créeront pas d’emplois en 2013. Pis, de créateur net d’emplois encore en 2011, ils pourraient bien en détruire en 2013, même s’il est trop tôt pour élaborer des estimations fiables.

Pour inéluctable que soit ce mouvement, ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle. L’importance de ce tarissement n’est d’abord pas à négliger sur l’emploi global : la banque, avec ses 370.000 collaborateurs, est un des premiers employeurs privés en France et en induit par ailleurs près d’un million d’autres. L’impact du phénomène est tout particulièrement préoccupant pour les jeunes, auxquels sont traditionnellement destinées les deux tiers des embauches répondant à tous les types de qualification, du niveau inférieur au bac aux études supérieures. Il faut le rappeler, la banque compte d’ordinaire beaucoup dans le bon fonctionnement de l’ascenseur social français. Or ce rôle pourrait bien disparaître, alors que les recrutements se feront plus rares, plus pointus et plus qualifiés. Enfin, l’arrêt de la création nette d’emplois financiers n’est pas une bonne nouvelle pour l’économie, sachant que le secteur contribue pour presque 5 % au PIB.

Le tableau peut paraître un brin dramatique. Il n’est pourtant pas exagéré. Car si la banque de financement et d’investissement s’adapte toujours fortement aux à-coups de la conjoncture et aux méandres de la stratégie des groupes, cette fois la banque de détail est également touchée ! Une première en France, alors que les réseaux ont toujours, depuis l’après-guerre, été des pourvoyeurs massifs d’emplois.

Le modèle bancaire est sous pression. Les contraintes réglementaires ont conduit les acteurs à réduire leur périmètre : avec la mise en application de la réglementation de Bâle 3 et la nécessaire optimisation de la rentabilité, ce sont des activités entières qui ont dû être abandonnées par les banques, avec pour résultat une sérieuse réduction de leur bilan. Du côté du « retail », l’heure de l’extension indéfinie du maillage d’agences sur le territoire est passée. Toutes à leur logique de rationalisation des points de vente - qui pourrait d’ailleurs conduire à réduire leur nombre dans l’avenir -, de chasse aux coûts tous azimuts et de développement des nouveaux canaux de relation clientèle, notamment numériques, les banques ont en conséquence revu à la baisse leurs traditionnelles campagnes de recrutement de conseillers clientèle (lire à ce sujet L’Evénement). Même si les acteurs s’en défendent, l’hypothèse de plans sociaux ne doit pas être exclue.

Dans un contexte aussi complexe, est-il besoin d’en rajouter ? Souhaitons que les débats parlementaires en cours sur la séparation des banques n’escamotent pas le caractère éminemment social de l’industrie à réformer.

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