La Banque Fédérale Mutualiste réaffirme sa vocation de solidarité

le 21/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour ses 25 ans, la banque des fonctionnaires, hébergée par Société Générale, tourne la page Banque Française et renoue avec les bénéfices.

Comparable en taille à Groupama Banque (113 millions d’euros de produit net bancaire, PNB) et Allianz Banque en France (66,7 millions), la Banque Fédérale Mutualiste (BFM) n’en a pourtant pas la notoriété. Il faut dire qu’elle ne fait pas de publicité, ne réalise pas de promotions sur ses livrets d’épargne et n’a pas de guichet. « Pour faciliter l’accès de leurs adhérents à des offres bancaires avantageuses, les mutuelles de fonctionnaires ont eu une démarche avant-gardiste », explique Pierre-Emmanuel Valentin, directeur général délégué de cette banque détenue par 27 mutuelles de santé de fonctionnaires. De fait, elles ont donné naissance en 1986 à un établissement d’assurbanque. Son objet est ainsi proche de celui de la Casden-Banque Populaire (groupe BPCE), mais repose sur un modèle unique.

« Pour accéder à la BFM, le client ouvre un compte chez Société Générale, indique Pierre-Emmanuel Valentin. Tous ses documents sont ‘co-logotypés’. Il a ainsi accès à toute l’offre du groupe dans laquelle s’imbriquent trois produits propres à la BFM : les prêts personnels non affectés, le livret d’épargne et l’assurance emprunteurs associée à nos prêts et aux crédits immobiliers de Société Générale. » Si cette dernière met son réseau à disposition gracieusement et verse des commissions sur les comptes identifiés (673.000 sur la seule métropole, à comparer par exemple aux 160.000 de sa filiale Boursorama), contribuant à hauteur d’environ 5 % du PNB de la BFM, elle développe aussi son fonds de commerce. Lorsque la BFM peut se flatter de tenir son objectif de 40.000 ouvertures de comptes par an, le réseau rouge et noir (qui les comptabilise parmi les siennes) en a enregistré (en net) 100.000 en 2010.

Fidèle à son partenaire depuis un quart de siècle, la BFM met aujourd’hui davantage l’accent sur ce qui justifie sa signature : « Profession banquier, vocation solidarité ». Outre sa politique en matière de crédit sur 96 mois (sans garantie ni frais de dossier), des taux privilégiés en assurance emprunteurs ou un livret qui déclenche des droits à prêts transmissibles et cessibles, elle a ainsi créé avec Ofi Asset Management un fonds commun de placement à la fois socialement responsable et de partage. « Au départ réservé aux mutuelles elles-mêmes, nous l’avons ouvert à nos clients début 2010 », précise Pierre-Emmanuel Valentin. Enfin, en novembre, la BFM et Société Générale ont lancé ensemble le « service d’épargne solidaire » qui permet au client de reverser tout ou partie de ses intérêts acquis sur toute la gamme des livrets, celui de la BFM, comme le Livret A ou l’Eurokid de Société Générale, à des associations. « Nous avons en stock 371.000 livrets BFM Avenir et environ 100 clients sont équipés de ce service, constate Pierre-Emmanuel Valentin. On surestime peut-être les attentes du client, mais cette démarche est cohérente avec notre positionnement. »

Changement de président

Pour ses 25 ans, la BFM prépare l’avenir. Elle va changer de président. Le 19 mai, l’emblématique Alain Arnaud, 65 ans, en poste depuis 1994, devrait laisser sa place à Yves Marthos, actuel président général de MFP Services et vice-président de la Mutuelle du Trésor. Elle va par ailleurs pouvoir tourner la page de Banque Française qui l’a fait passer dans le rouge en 2009. Obligée de recapitaliser sa filiale, plombée par l’affaire du syndic Urbania, elle va progressivement en reprendre les activités liées au monde mutualiste (L’Agefi Quotidien Edition de 7h du 11 avril). De cette affaire, elle n’a pu s’en sortir qu’en faisant elle-même appel à ses actionnaires, à raison de 10 millions d’euros d’augmentation de capital, de 17 millions d’avance (qu’elle doit prochainement rembourser) et de deux années sans dividende, au titre des exercices 2010 et 2011.

Au moins la perspective de Bâle III n’est-elle plus un sujet d’inquiétude pour elle. « Le pilier II de la réglementation en place est à la main du régulateur national, rappelle son directeur général délégué. Celui-ci nous a demandé fin 2009 de porter notre ratio de solvabilité exprimé en fonds propres Tier one à 9 %. La prise de contrôle de Banque Française, facteur de risque, le justifiait, mais il y a aussi un biais négatif quant à l’actionnariat mutualiste et sa capacité de soutien, vision que nous considérons comme totalement injustifiée, et la perception que nous nous développions trop vite. » Dotée de 170 millions d’euros de fonds propres et d’un ratio Core Tier one de 9,77 % à fin 2010, la BFM peut de nouveau regarder l’avenir sereinement.

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