La banque de détail à l’international en travaux

le 15/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Les groupes français n’ont pas tous les mêmes atouts pour repartir à l’offensive.

Une agence BNL à Lucques (Toscane). L’enseigne et son réseau appartiennent à BNP Paribas.

Sous la pression des réglementations et de la conjoncture, les activités bancaires perdent tour à tour de leur souffle, même celles fournies par les guichets français (L’Agefi Hebdo du 30 août). Et ce qui constituait avant-crise un relais de croissance pour les banques universelles, les réseaux à l’étranger, semble relégué aux annexes. Si la question grecque a brouillé une vision objective de la banque de détail à l’international (BDDI), les groupes français qui possédaient des agences dans le pays ont maintenant trouvé une voie de sortie. Société Générale a annoncé le 19 octobre la vente pour un million d'euros de Geniki à Piraeus Bank : l’opération, qui doit être conclue en fin d’année, a été enregistrée au troisième trimestre « hors pôles » et entraîne une perte de 130 millions d’euros. Pour Crédit Agricole SA (CASA), qui a dévoilé le 17 octobre la cession pour un euro symbolique d’Emporiki à Alpha Bank, l’impact est plus lourd : « -1,96 milliard d’euros sur le résultat net part de groupe (RNPG), indique le directeur financier de CASA, Bruno Delpit. Mais le coût du risque va s’améliorer et le refinancement net, réduit à 1,4 milliard, va être remboursé d’ici à 2014. » Ainsi, le ratio Core Tier one pro forma de CASA serait de 9,8 % à fin septembre en anticipant la déconsolidation d’Emporiki (sortie des emplois pondérés), à comparer - en normes Bâle 2.5 - à 11,4 % pour BNP Paribas et 10,3 % pour Société Générale.

D’autres cessions sont à prévoir, en Egypte notamment. Si CASA maintient sa présence dans le pays, BNP Paribas pourrait décider d’ici à la fin de l’année de céder son réseau de 67 agences. A condition de trouver un acheteur au bon prix. C’est aujourd’hui un sujet réglé pour Société Générale et ses 160 points de vente : « Nous avons dû communiquer sur notre entrée en discussion avec la Banque nationale du Qatar », rappelle Frédéric Oudéa, PDG du groupe français. Cette dernière reprendrait la totalité de National Société Générale Bank pour environ 2 milliards d’euros. Fruit de la crise, le pragmatisme règne concernant la BDDI des français. Quelques micro-cessions peuvent encore être conclues. Au-delà, la gestion en mode crise s’impose alors que « 2013 sera probablement une année de faible croissance dans la zone euro », rappelle Frédéric Oudéa. Mais il faut s’apprêter pour l’avenir.

L’émergence

Seule Société Générale mène aujourd’hui un grand chantier, en Russie. « Le plan de transformation de Rosbank progresse mais les frais généraux sont tenus, le produit net bancaire (PNB) augmente de 8,2 % par rapport au troisième trimestre 2011 et le coût du risque se normalise, souligne Bernardo Sanchez Incera, directeur général délégué de Société Générale, dans un pays qui enregistre une inflation de plus de 8 %. » Le groupe de La Défense est aussi le seul français à disposer d’implantations significatives dans des pays émergents (voir le tableau), notamment en Europe de l’Est et centrale, avec un point noir en Roumanie où le coût du risque demeure élevé, mais aussi autour du bassin méditerranéen où il a ouvert 71 agences supplémentaires sur un an (dont 21 au Maroc). Au Crédit Agricole, la BDDI a en revanche été réduite comme peau de chagrin. Bien sûr, le groupe est présent en Pologne, en Serbie ou au Maroc, mais avec des positions réduites, tandis que sa participation dans Bankinter, au Portugal, passée à 19,4 %, est désormais déconsolidée (entraînant une charge de 193 millions d’euros) et que le RNPG de son réseau Cariparma en Italie a fondu de 44,5 %, à 27 millions d’euros au trimestre dernier.

L’intégration

L’Italie, où les banques se sont lancées dans une coûteuse chasse aux dépôts sur fond de conjoncture défavorable, est considérée par BNP Paribas comme un de ses marchés domestiques. Sa logique d’intensification des relations avec les entreprises, en offrant une palette complète de services permettant aussi de collecter des ressources (lire l’entretien) s’est ainsi traduite en Italie par une augmentation des volumes de cash management et des revenus d’intérêt, accompagnée d’une amélioration du coefficient d’exploitation à 54,2 %, sans toutefois empêcher un recul du résultat avant impôts de BNL de 6,6 % par rapport au troisième trimestre 2011 (141 millions d’euros).

Pour autant, BNP Paribas a tous les atouts pour saisir les prochaines occasions de développement. En Turquie, la rationalisation du réseau TEB menée en 2011 a permis d’améliorer son coefficient d’exploitation (qui recule de 28 points, à 62,0 %, par rapport au troisième trimestre 2011) alors que son PNB a augmenté de 47,6 %. Quant à son retrait de la banque de détail en Russie, le groupe s’en est accommodé en passant un accord avec Sberbank dans le crédit à la consommation. En Pologne, il a laissé filer des acquisitions, mais a mis en place un plan d’adaptation permettant de réduire les frais. Malgré ses difficultés en Ukraine, il entend conserver sa filiale qui pourrait être parmi les banques du pays les mieux placées pour se développer à nouveau.

En outre, BNP Paribas est suffisamment solide pour pouvoir présenter dans son prochain plan stratégique, attendu début 2013, de nouvelles ambitions en Asie et aux Etats-Unis où le groupe parvient petit à petit à faire entrer le réseau Bank of the West dans son modèle intégré (L’Agefi Hebdo du 1er novembre). Encore faut-il que les régulateurs lui permettent d’aller au bout de sa logique industrielle mise au service des entreprises et de la gestion de leurs flux, comme en Europe.

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