Bank of America se construit un avenir plus sain

le 01/09/2011 L'AGEFI Hebdo

L’investissement de Warren Buffett et la vente d’une participation chinoise rassurent sur sa solvabilité.

Bank of America a trouvé son sauveur. En y investissant 5 milliards de dollars (3,45 milliards d’euros) via son fonds Berkshire Hathaway, Warren Buffett montre sa confiance dans la capacité de rebond de la première banque des Etats-Unis en total de bilan. « Bank of America est une entreprise solide et bien dirigée, a déclaré le 25 août l’oracle d’Omaha. Je suis impressionné par la capacité de cette franchise à générer des profits et par le fait qu’ils agissent énergiquement pour mettre leurs problèmes derrière eux. »

Après avoir parié en 2008 sur le redressement de Goldman Sachs (dont il s’est retiré depuis), Berkshire Hathaway fait un pari similaire. A un bon prix : ses 50.000 actions de préférence offrent un rendement annuel de 6 % et sont rachetables par Bank of America contre une prime de 5 %. L’investisseur dispose aussi d’options d’achat sur 700 millions de titres supplémentaires. Bank of America vise quant à lui un bénéfice immédiat sur son cours de Bourse. Revenu à son niveau de mars 2009, après avoir perdu la moitié de sa valeur depuis janvier, celui-ci a bondi de 20 % suite à l’annonce de la prise de participation, avant de finir ce jour-là en hausse de 9 % (voir le graphique). Ses spreads de crédit se sont également détendus, alors que son CDS (credit default swap) qui mesure le prix de son assurance en cas de défaut avait doublé depuis début août.

Fonds propres en question

Le lendemain, la chaîne américaine CNBC annonçait la vente par la banque de la moitié de sa participation de 10,6 % dans China Construction Bank (CCB) à un groupe d’investisseurs. L’opération, officialisée par Bank of America le 29 août, devrait lui rapporter ce trimestre 8,3 milliards de dollars en cash (dont 3,3 milliards de plus-value nette). Ajoutée à l’investissement de Berkshire Hathaway, elle permet au géant américain de récupérer au total 13,3 milliards de dollars, tout en conservant 5 % environ du capital de CCB. Quelques jours plus tôt, l’établissement chinois, deuxième banque du monde par sa capitalisation boursière, avait laissé la porte ouverte à un retrait partiel en précisant que son actionnaire américain resterait un partenaire de long terme.

Bank of America sauve la face en augmentant ses fonds propres sans faire appel aux marchés, ainsi que son directeur général Brian Moynihan s’y est engagé. Cela suffira-t-il à redonner confiance aux investisseurs ? « Nous sommes déçus que Bank of America lève du capital [auprès de Warren Buffett] à un tel niveau, même si nous comprenons que la structure de l’opération était destinée à limiter une nouvelle émission d’actions ordinaires dans un avenir proche, estiment les analystes de KBW. [Cela] ne changera sans doute pas la vision des vendeurs qui croient que Bank of America a un besoin significatif de capital supplémentaire. » Les rumeurs des dernières semaines l’ont estimé entre 20 et… 200 milliards de dollars. « En dépit de notre impression qu’il est surtout de nature symbolique, nous avons le sentiment que l’investissement de Berkshire pourrait être stabilisateur à court terme, anticipent les analystes de CreditSights, dans la mesure où nous ne pouvons pas exclure que Bank of America fasse de nouveau les gros titres dans les semaines et les mois qui viennent. »

Les doutes sur la solidité du groupe ont été alimentés cet été par une série de mauvaises nouvelles. Le 20 juillet, Bank of America a annoncé une perte historique de 8,8 milliards de dollars au deuxième trimestre (voir le tableau). En cause, une provision exceptionnelle destinée à solder les poursuites de grands institutionnels à l’encontre de Countrywide, numéro un américain du crédit immobilier racheté en 2008 par Bank of America. Depuis, l’assureur AIG lui réclame 10 milliards de dollars d’indemnités pour « fraude massive » sur des créances hypothécaires. La banque et plusieurs de ses concurrents sont aussi visés par les procureurs de nombreux Etats américains pour des saisies immobilières irrégulières suite à la crise des crédits subprime. Cette dernière offensive pourrait coûter « plusieurs milliards de dollars » à Bank of America, prévient CreditSights. Enfin, sur fonds de dégradation de la note souveraine américaine à AA+ par Standard & Poor’s, le doute plane sur une éventuelle récession. Or une hausse du chômage et une nouvelle baisse des prix de l’habitat nuiraient à la qualité des crédits. Sachant que 44 % de son portefeuille de prêts est lié à l’immobilier, contre 34 % en moyenne chez ses principaux concurrents, Bank of America risque de devoir enregistrer 27 milliards de dollars de provisions supplémentaires d’ici à 2013, prévoient les analystes de Sanford C. Bernstein.

Outre l’arrivée de son investisseur providentiel et sa sortie partielle de CCB, Bank of America avait envoyé plusieurs signaux positifs aux marchés. Inefficaces à enrayer la spirale baissière de son cours, ils illustrent toutefois la volonté du groupe d’alléger ses actifs pondérés du risque (-16,1 milliards de dollars en août avec l’opération CCB sur un total de 1.392 milliards à fin juin), et de récupérer des fonds propres (+5,5 milliards de dollars de Common Tier one sur 114,7 milliards). En août, il a vendu son activité de cartes de crédit au Canada à TD Bank et en Espagne à Apollo Capital Management. Ses portefeuilles irlandais et britannique sont les prochains sur la liste et la banque serait sur le point de céder à Blackstone la gestion immobilière de Merrill Lynch. Le groupe continue ainsi à se délester d’actifs non stratégiques, après la vente de ses portefeuilles de capital-investissement ou encore la réduction de sa participation dans BlackRock.

S’y ajoutent de nouvelles mesures d’économies, après celles entraînées par la crise de 2008. Bank of America a déjà fermé 63 agences aux Etats-Unis au deuxième trimestre et compte se séparer de 750 autres (sur un total d’environ 5.700) dans les années qui viennent. Il a aussi récemment annoncé en interne 3.500 suppressions de postes d’ici à fin septembre, selon le Wall Street Journal. Des milliers d’autres sont attendues dans le cadre du projet « New BAC » (du nom du symbole de cotation de Bank of America). Les départements banque de détail, crédit immobilier ou encore ressources humaines seront les premiers visés, suivis en octobre par la banque commerciale (banque de financement et d’investissement, gestion de fortune et banque d’entreprise).

Liquidité assurée

Pour autant, le groupe ne renonce pas à son modèle de banque pluridisciplinaire. « En plus de sa large franchise et de sa position de leader dans de nombreuses activités bancaires, BAC a renforcé de manière substantielle à la fois son capital et sa liquidité au cours des deux dernières années et continue à générer de solides revenus récurrents », pointait Moody’s le 18 août, même si l’agence a placé sa dette senior sous revue pour réexaminer le soutien gouvernemental implicite dont cet établissement systémique bénéficie. Bank of America continue à attirer les dépôts et disposait fin juin de 402 milliards de dollars de liquidités, alors que ses emprunts à court terme non sécurisés s’élèvent seulement à 52,1 milliards de dollars et que ses besoins de financement à long terme sont estimés à 118 milliards d’ici à fin 2012. Le groupe affiche aussi un ratio de fonds propres Tier one de 11 % et un common Tier one de 8,23 %. Selon Moody’s, ce dernier ne dépasse pas 6 % en normes Bâle III, mais la banque a la capacité d’atteindre les 6,5 % à 7 % qu’elle vise d’ici à janvier 2013. Reste que ses principaux concurrents américains ont déjà atteint le futur seuil de 7 %. Les actions de préférence de Warren Buffett n’entreront pas dans le common Tier one, mais les 3,5 milliards de capital additionnel Tier one tirés de la cession de titres CCB pourraient calmer les attentes des marchés.

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