La bancassurance française valorise son modèle

le 09/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Toutes les assurances se développent. Et pourraient soutenir les réseaux.

Vitrine BNP Paribas à Paris. Toutes les banques françaises considèrent désormais l’assurance comme leur deuxième métier. PHB

François Pérol, président du directoire de BPCE, a replacé sous les projecteurs le modèle de la bancassurance en France. Dans une logique industrielle, il entend produire assurance-vie et assurance dommages au sein de Natixis pour les deux réseaux du groupe. Par voie de conséquence, cela va pousser CNP, le fournisseur de contrats vie des Caisses d’Epargne, dont BPCE détient en outre 18,7 % du capital, à faire évoluer son modèle. Toutefois, CNP Assurances – qui travaille aussi avec La Banque Postale ou les Caisses régionales du Crédit Agricole – est membre du Groupement français des bancassureurs : des acteurs apparus il y a plus de cinquante ans, au sein du Crédit Mutuel (1972), mais aussi de BNP Paribas. « En 1973, la Compagnie Bancaire souhaitait entreprendre une diversification, aux côtés des crédits spécialisés, se souvient Pierre de Villeneuve, PDG de BNP Paribas Cardif. Plus tard, nous avons créé trois compagnies : Cardif Assurance-vie, Cardif Assurance Risques Divers et Natio Assurances détenu à 50-50 avec Axa. Nous les avons placées sous une même marque ombrelle, BNP Paribas Cardif. » Aujourd’hui, « les bancassureurs vie représentent les deux tiers du marché national et ont collecté dans les onze premiers mois de 2013 près de 66 milliards d'euros (+8 % comparé à 2012, NDLR), la collecte nette s'élevant à 10 milliards », précise Jean Vecchierini de Matra, délégué général de leur groupement (lire l’entretien).

La bancassurance gagne aussi des parts de marché en assurance dommages (voir les graphiques). « Ce modèle a fait ses preuves, se félicite Jérôme Grivet, directeur général de Crédit Agricole Assurances. Appartenir au même groupe offre une intimité inégalable pour mieux connaître les besoins des clients. Nous le vivons avec LCL, les Caisses régionales de Crédit Agricole et les banques du groupe à l’international. »

Diversifier la gamme

Les champions sont mutualistes, mais toutes les banques françaises considèrent l’assurance comme leur deuxième métier. BPCE marche dans leurs pas, même s’il pourrait souffrir d’un manque de taille critique. « Un coefficient d’exploitation très bas peut s’expliquer par le degré de développement de l’entité, un mix produits qui privilégie les contrats les plus simples à gérer et les missions confiées à la compagnie. BNP Paribas Cardif a des forces commerciales propres par exemple, en appui du réseau de la banque de détail en France », explique à cet égard le PDG de BNP Paribas Cardif dont le « coex » (calculé sur les 37 pays où il est présent) est d’environ 20 points supérieur à celui de Crédit Agricole Assurances – « un des trois plus grands assureurs sur le marché français, avec plus de 20 milliards d’euros de primes toutes catégories, aux côtés d’Axa et CNP Assurances , insiste Jérôme Grivet. Toutefois, « il est nécessaire d’avoir la taille suffisante dans son domaine d’activité pour offrir aux clients les produits dont ils ont besoin de façon pérenne », précise Pierre de Villeneuve.

Désormais « la banque a vocation à fournir une protection à la famille, par le crédit, l’épargne et l’assurance », estime Pierre de Villeneuve. Ainsi,

l’assurance-vie constitue plus que jamais un produit porteur, avec la volonté d’y accroître les unités de compte (UC). Si les fonds en euros sont des produits d’appel, « ceux en UC nous donnent plus de marge. C’est de ce fait dans l’intérêt de l’assureur, de son actionnaire (pour les fonds propres mobilisés) et surtout du client dans un contexte de taux d’intérêt bas », démontre Jérôme Grivet. Dans son groupe, comme sur le marché, les UC représentent 18 % des stocks.

Eurocroissance

La création, par la loi, d’Eurocroissance pourrait accroître leur part dans les flux. « Eurocroissance peut permettre de mixer fonds euros, unités de compte et fonds diversifiés dans un même contrat. Nous avons une expertise sur les trois et développons avec succès les fonds diversifiés depuis octobre 2010, se flatte le PDG de BNP Paribas Cardif. Pour développer notre offre, nous attendons de connaître les textes législatifs et les décrets d’application. » Il faut rester prudent. « Nous comptons davantage sur les transferts que sur les flux nouveaux, mais il s’agit d’installer le produit dans la durée, souligne le directeur général de Crédit Agricole Assurances. Celui-ci répond au contexte de taux, mais n’est pas adapté à toutes les clientèles. Il faudra le proposer au sein d’une approche globale de l’épargne. »

Par ailleurs, « en automobile ou en multirisque habitation, la messe est dite : les bancassureurs remporteront la bataille, tranche un banquier. Plus que le téléphone ou l’automobile, les assurances ont leur place dans notre gamme. » La santé l’a intégré, mais l’évolution de la loi sur les contrats collectifs perturbe la donne, de même que la capacité de résiliation annuelle des contrats en automobile et multirisque habitation, voire en assurance emprunteurs (lire l’encadré). Si rien n’est jamais figé en matière législative et réglementaire, les bancassureurs ont au moins trouvé des solutions pour ne pas être pénalisés en fonds propres. « Nous sommes régis par les mêmes règles prudentielles que toutes les compagnies d’assurance, avec les mêmes exigences en matière de fonds propres que les autres, souligne Pierre de Villeneuve. BNP Paribas Cardif distribue ses produits via des réseaux bancaires, des sociétés financières spécialisées, mais aussi des courtiers. Et même 80.000 agents généraux en Inde via sa co-entreprise SBI Life ! » Par ailleurs, plutôt que de déduire les fonds propres dédiés à l’assurance, un compromis européen permet aux groupes bancaires leur pondération à 370 %, moins pénalisante pour leur ratio core tier one que leur déduction. Le différentiel correspond, par exemple, à 60 points de base (pb) pour Société Générale et peut monter à 250 bp chez les mutualistes. Mais le « compromis danois » s’achèvera, comme l’ensemble des dispositions transitoires de Bâle III, en 2021.

Accroître les revenus

L’assurance pourrait en attendant amortir la chute de revenus des réseaux bancaires. Les groupes qui la proposent s’organisent dans ce sens, sachant que « les commissions internes relèvent de conventions, conformes aux pratiques du secteur selon le type d’assurance et le canal de distribution, explique Jérôme Grivet. Elles correspondent à la rémunération du réseau commercial pour le temps qui est consacré aux produits d’assurance ». Chez Société Générale, à chaque crédit, un devis d’assurance est proposé au client de façon systématique depuis 2010, date à laquelle la banque a racheté les 30 % détenus par l’assureur Aviva dans Sogessur. Dans ce contexte, chaque groupe aligne les intérêts de ses différentes entités. « Nous gérons les contrats d’assurance-vie en euros. Amundi (filiale de gestion d’actifs des groupes Crédit agricole et Société Générale, NDLR) gère les unités de compte, explique Jérôme Grivet. Nous proposons une gamme de fonds, d’Amundi ou d’autres sociétés de gestion, selon la catégorie de produit. Pour la gestion de l’essentiel de notre fonds euro, nous donnons à Amundi des mandats de gestion d’actifs, selon des règles de placements définies. »

Dans les faits, la détention à 100 % des filiales d’assurances et l’exclusivité dans les réseaux n’est pas un système unique. C’est le cas au Crédit Agricole ou chez BPCE qui conserve ses liens avec Macif, Maif ou Maaf. De son côté, BNP Paribas poursuit son partenariat avec Axa. Enfin, chez Société Générale « le contrat entre Aviva France et Crédit du Nord peut être révisé le 1eroctobre 2016 », admet une source interne. Reste que le groupe dément être en discussion en vue de reprendre à Aviva sa participation dans leur co-entreprise Antarius.

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