Axa prêt à porter plus de risque d’entreprises dans son bilan

le 07/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Allié à Société Générale et bientôt à Crédit Agricole, l’assureur table sur 500 millions à un milliard d’euros de crédits en France, avant d’étendre cette activité en Europe.

Prêter aux entreprises n’est plus l’apanage des banques. Les assureurs sont en effet en passe de prendre le relais pour financer l’économie réelle. Axa vient ainsi de finaliser son alliance avec Société Générale afin de proposer aux entreprises une nouvelle offre de cofinancement. En clair, la banque française va aider les entreprises à lever des fonds sous forme de placements privés - via un fonds commun de placement - dont Axa sera le principal souscripteur. « Nous avons beaucoup d’argent à investir, explique Nicolas Moreau, PDG d’Axa France, qui affiche 152 milliards d’euros d’actifs gérés. Or les PME ont des besoins de financements que les banques ne vont plus pouvoir complètement satisfaire et les rendements sont intéressants. » Une démarche que l’assureur va dupliquer avec Crédit Agricole, les deux groupes finalisant les modalités d’un partenariat similaire.

Désintermédiation bancaire

Ciblant en priorité les entreprises de taille intermédiaire (ETI) non cotées - à savoir celles dont le chiffre d’affaires est supérieur à 250 millions d’euros et dont la dette brute dépasse les 150 millions d’euros -, les deux partenaires s’engagent à prêter entre 30 et 100 millions par entreprise pour une durée de trois à cinq ans. La plus importante part du gâteau revient à Axa qui prendra en charge 80 % de ce placement privé, le solde restant dans les mains de Société Générale. « Nous voulons éviter la situation où le partenaire garderait pour lui les bons dossiers », indique Nicolas Moreau. Une pratique directement inspirée du modèle américain des « private loans » dans lequel les banques font l’origination du prêt et les assureurs en portent le risque.

L’intérêt de l’assureur pour ce marché confirme une tendance de fond : la désintermédiation bancaire du financement de l’économie. Sous la pression des contraintes réglementaires, telle Bâle III, les établissements bancaires réduisent drastiquement leurs bilans et, du même coup, limitent le volume des crédits accordés aux entreprises. Quant aux assureurs, avec les futures normes prudentielles Solvabilité II qui renchérissent le coût de la détention des actions et du capital-investissement (private equity), ils sont engagés dans une politique de réallocation de leurs actifs. « Avec Solvabilité II, les perspectives d’investissement sont étroites, surtout si vous ne voulez pas investir uniquement dans des obligations d’Etat, reconnaît Nicolas Moreau. Nous avons donc décidé de regarder les entreprises. »

500 millions d’euros dès 2012

Financer les PME n’est pourtant pas nouveau pour les assureurs. En 2011, leurs investissements dans les entreprises non cotées, via le private equity, ont ainsi atteint la somme de 24,5 milliards d’euros, selon les chiffres de la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA). Désormais, les compagnies entendent passer à la vitesse supérieure. En avril, Groupama Asset Management, filiale de gestion de l’assureur mutualiste, avait déjà ouvert une brèche en s’associant à son homologue Acofi pour lancer un fonds commun de titrisation de 400 millions proposant aux investisseurs institutionnels de financer des prêts immobiliers commerciaux.

De l’ambition, Axa en a également à revendre. S’appuyant sur sa direction des investissements et les équipes de produits structurés d’Axa Investment Managers (Axa IM), sa filiale de gestion, la compagnie vise un volume de prêts de 500 millions à un milliard d’euros cette année. « C’est un marché qui pourrait représenter quelques milliards d’euros, un à deux milliards, d’ici deux à trois ans », déclare pour sa part Guy Silvestre, coresponsable du département Global Capital Markets chez Société Générale. La banque espère d’ailleurs pouvoir finaliser trois à quatre opérations de financement dans les six mois à venir. « Nous regardons déjà des dossiers », ne cache pas Nicolas Moreau. Et sans attendre le succès de cette initiative, l’assureur entend bien l’étendre à d’autres pays de la zone euro « en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Italie », prévoit Nicolas Moreau. Une démarche qui pourrait susciter des vocations chez d’autres assureurs français. « Ils vont s’y mettre et Axa IM pourra les aider », avance Nicolas Moreau, avec un sourire entendu.

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