Aviva France encore loin d’être l’assureur généraliste qu’il prétend

le 12/12/2013 L'AGEFI Hebdo

La branche française du groupe britannique se stabilise, réduit ses coûts mais reste dépendante de deux partenariats en assurance-vie.

Il le dit comme une boutade : on a attendu qu’il ait tenu un an avant de lui laisser la parole. Nicolas Schimel est directeur général d’Aviva France depuis décembre 2012 et reste PDG de l'Union Financière de France (UFF), sa filiale (à 74 %) cotée, spécialisée dans la gestion de patrimoine. Il a remplacé Philippe Maso. Ce dernier avait été nommé à l’été 2011 pour prendre le poste laissé vacant par Jean-Pierre Menanteau. Entre deux, Nicolas Schimel avait assuré l’interim, pendant sept mois. Aviva France retrouve ainsi une certaine stabilité ; comme sa maison mère. Au siège britannique, le départ précipité du directeur général du groupe Andrew Moss, en mai 2012, avait obligé son président John McFarlane à lui suppléer jusqu'à l'arrivée de Mark Wilson.

De part et d’autre de la Manche, les performances financières décevantes de 2012, tant en assurance-vie, prévoyance, épargne et retraite individuelle qu'en assurance dommages et santé ne sont plus d’actualité. Chez Aviva France, le volume des affaires nouvelles des premières est en hausse de 18 %, à 3,43 milliards d’euros au 30 septembre 2013, tandis que le chiffre d’affaires dommages et santé progresse de 6 %, à 1,03 milliard(+21 % en santé). « Même si nous ne présenterons nos comptes annuels qu’en mars, précise le directeur général, nous pouvons dire que tous nos segments d’activité atteignent leurs objectifs 2013. » Cherchant à démontrer la « capacité de croissance et de rentabilité » du deuxième marché du groupe britannique, Nicolas Schimel se flatte d’une collecte nette en assurance-vie de 50 millions d’euros, pour 70 milliards d’euros d’encours. Dans le domaine de l’assurance dommages et santé, le directeur général met en valeur le cap des 300.000 contrats passés en direct sur Eurofil (+60.000  contrats, surtout en automobile, depuis le début de l’année), avec la volonté de porter de 50 % à 75 % les transactions totalement en ligne.

Nicolas Schimel insiste aussi sur le développement du réseau d’agents généraux en quantité : 902 aujourd’hui, contre 870 il y a un an et 1.000 souhaités en 2014, et en qualité – avec une spécialisation par typologie de clientèles. Cela doit se traduire par un ratio combiné de 96 % l’an prochain, contre 97,1 % en septembre 2013.

Améliorer la compétitivité

« Au début de l'année, j'ai dit que je voulais qu'Aviva devienne aussi prévisible qu'une horloge suisse. A ce stade, nous ne sommes pas encore cet instrument de précision, mais nous avons fait quelques progrès » : les propos tenus par Mark Wilson pour le groupe Aviva cet été pourraient être repris par le patron de la branche française.

Aviva France a aussi de nouveaux efforts à fournir. Le 1erjanvier, les 250 salariés de son réseau Aviva Epargne & Conseils (AEC, 2,5 milliards d'euros d'actifs) vont rejoindre l’UFF (7,6 milliards d'encours à fin septembre). « Les performances sont plutôt bonnes, avance Nicolas Schimel, mais AEC n'est pas suffisamment installé sur le marché. » Parmi quelque 3.000 autres salariés, un accord de gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences signé le 22 novembre vise environ un millier d’entre eux, avec un plan de 120 départs volontaires pour accélérer le processus naturel (100 départs par an) et ainsi améliorer la « compétitivité » de l’entreprise. Toutefois, « nous n'avons pas la taille globale qui nous permette de travailler uniquement sur des économies d'échelle, admet Nicolas Schimel. Nous voulons maintenir un modèle d'assureur généraliste tout en étant de taille relativement modeste ».

En attendant, Aviva France reste fragilisé par sa dépendance à deux partenariats dans l’assurance-vie. Dans ce domaine, qui constitue 80 % de son activité, seulement 20 % de sa collecte est apportée par Aviva Vie, avec toutefois l’avantage d’être à 50 % en unités de compte, contre 18 % pour celle issue de ses partenariats. L’association d’épargnants Afer représente 63 % des encours d’Aviva France (à fin 2012) et 46 % de sa production actuelle, tandis que sa coentreprise avec Crédit du Nord, Antarius, constitue 13 % du stock et 34 % des flux. Si la compagnie prépare pour la première un contrat euro-croissance qui pourrait être lancé en septembre 2014, la précédente assemblée générale de l'Afer avait été l’occasion d’afficher une possible diversification des gérants, même si le contrat collectif avec Aviva n’a « pas de date de fin », indique l’association. Ce n’est pas le cas du partenariat à 50/50 entre l’assureur et le réseau de Société Générale qui pourrait être revu fin 2016. On saura alors si le groupe bancaire de La Défense entend renforcer sa propre branche d’assurances ou pas. 

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