Aviva contraint de s’engager sur la voie d’une profonde restructuration

le 24/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Sous la menace d’une dégradation de sa note par S&P, l’assureur britannique passe au crible l’ensemble de son périmètre, en vue d’éventuelles cessions d’actifs.

Nouveau coup de tonnerre chez Aviva. Jeudi 17 mai, à l’issue de la publication de résultats trimestriels en demi-teinte, Standard & Poor’s a placé les notes de l’ensemble du groupe britannique sous surveillance avec implications négatives. Une décision motivée par la « faiblesse de son profil financier » et, surtout, « l’intensification des risques et les incertitudes » liées notamment au récent changement de direction. Le 8 mai dernier, sanctionné pour sa rémunération, Andrew Moss, son directeur général, a quitté le deuxième assureur britannique. Les actionnaires lui reprochaient surtout d’être à l’origine des piètres performances du groupe. Depuis sa prise de fonctions en juillet 2007, le cours de l’action a en effet chuté de 60 %, sa capitalisation boursière passant de 19,3 milliards à 9,2 milliards de livres à fin avril.

Revue stratégique

Dans un tel contexte, accentué par la crise des dettes souveraines en Europe où Aviva réalise 37 % de ses revenus, la partie s’annonce bien délicate pour John McFarlane, son président en charge d’assurer l’intérim le temps de trouver un nouveau patron opérationnel. Un processus qui « pourrait s’étaler sur l’année », a-t-il avoué.

Sans attendre, le nouvel homme fort d’Aviva s’est fixé une priorité absolue : améliorer la solvabilité du groupe et ses performances financières. Avec 3,2 milliards de livres d’excédent de capital à fin mars, contre 2,2 milliards fin 2011, « le niveau actuel de capital est acceptable mais il ne nous donne pas beaucoup de flexibilité financière, a-t-il reconnu. Nous devons l’augmenter par rapport à la situation d’aujourd’hui ». Pour parvenir à ses fins, Aviva pourrait faire le grand ménage dans son périmètre. John McFarlane a en effet annoncé une revue stratégique de toutes ses activités « pour s’assurer que nous sommes concentrés sur les bons segments », sans exclure de céder toute entité non performante.

Cette démarche doit surtout permettre de refixer un cap stratégique clair et précis. Au cours des cinq dernières années, les réorientations successives et les changements incessants d’organisation ont jeté le trouble. La dernière en date, en avril, a conduit à la suppression des structures régionales, telle Aviva Europe mise en place fin 2009, et au départ de trois figures emblématiques du groupe. Selon Kevin Ryan, analyste chez Investec, Andrew Moss a d’ailleurs « bricolé » une stratégie durant son mandat. « Aviva est une collection d’activités un peu disparates, renchérit un analyste d’une banque parisienne. Sa stratégie n’offre pas une visibilité très claire, donnant parfois l’impression d’un manque de cohérence. »

Pour l’heure, John McFarlane est resté discret sur ses intentions, attendant juillet pour dévoiler les conclusions de sa revue stratégique. Toutefois, il n’a pas caché que sa démarche ira « beaucoup plus en profondeur » que celle entreprise en 2010 par Andrew Moss, qui avait alors décidé de se concentrer sur douze marchés clés parmi les trente pays dans lesquels Aviva était présent. « Nous avons environ 45 centres de profits et nous allons regarder tous les facteurs pour choisir ceux dans lesquels nous investirons et ceux que nous abandonnerons », a expliqué John McFarlane.

Depuis plusieurs mois, Aviva a déjà réduit la voilure, à l’image de l’accord avec MetLife pour lui céder ses activités en République Tchèque, en Hongrie et en Roumanie. Par ailleurs, l’assureur cherche toujours preneur pour sa participation dans sa coentreprise à Taïwan, tandis qu’il aurait mandaté Morgan Stanley pour la cession de ses parts dans sa coentreprise d’assurance-vie en Malaisie, selon le Wall Street Journal. Désormais, les observateurs attendent des opérations de plus grande envergure. « La filiale d’assurance-vie aux Etats-Unis et, potentiellement, des petites parties du groupe pourraient être sur la table », estime Marcus Barnard, analyste chez Oriel Securities. « Vendre l’activité outre-Atlantique serait l’étape la plus logique, mais il y a peu d’acheteurs évidents », nuance James Shuck, analyste chez Jefferies, pour qui une solution serait de vendre les activités non-vie au Canada et en Grande-Bretagne, qu’il évalue respectivement à 1,5 milliard et 3,2 milliards de livres. « Il y a beaucoup plus de demandes pour ces actifs », ajoute-t-il. Les spéculations devraient continuer d’aller bon train dans les semaines à venir. Début de réponse en juillet pour savoir si Aviva a réellement décidé de trancher dans le vif.

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