Aviva concentre son infrastructure informatique en un seul endroit

le 16/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Pour supporter sa nouvelle organisation en grandes régions, Aviva a rationalisé l’ensemble de ses équipements IT. Une première étape vers le « cloud computing ».

Aujourd’hui, sur le périmètre déjà consolidé (Pologne, France, Espagne et Italie), nous atteignons un taux de virtualisation de 90 % », affirme Loïc Richard, directeur des infrastructures IT d’Aviva France et responsable du projet de consolidation des datacenters d’Aviva en Europe. L’assureur a en effet décidé de rassembler toute son infrastructure informatique, répartie dans chacun des pays d’Europe où il est implanté, en une seule localisation géographique. Cette consolidation de l’infrastructure traduit la volonté des grandes entreprises de se réorganiser non plus par pays mais par grandes zones géographiques. Jusqu’à présent, Aviva comptait une vingtaine de centres de données en Europe. Pour ce faire, la méthodologie employée est la virtualisation des éléments d’infrastructures (serveurs, équipements réseaux), permettant de faire fonctionner plusieurs systèmes informatiques différents sur une même machine physique. Les bénéfices de cette technologie sont évidents au premier coup d’œil : moins de machines devrait signifier une maintenance réduite et des mètres carrés de centres de données en moins à louer, à construire ou à entretenir. Et si le déploiement d’une telle technologie n’est pas sans complexité, les avantages procurés ensuite en termes de flexibilité et de montée en puissance sont considérables.

« L’origine de ce projet de consolidation coïncide avec la décision d’Aviva d’adopter une organisation par régions, en 2009 », se souvient Loïc Richard. La nouvelle infrastructure compte 150 serveurs physiques seulement, couvrant les domaines du test, du développement, de la préproduction, de la production, ainsi que les environnements techniques comme la métrologie et les sauvegardes de données. Ainsi consolidée, elle doit soutenir la stratégie d’Aviva. « Elle doit permettre, d’une part, de développer des services au niveau européen en un endroit unique, et d’autre part, une réduction des coûts, raconte Loïc Richard. Une fois la décision actée, nous devions identifier l’endroit où établir notre nouveau centre de données. »

Une plate-forme unique

Compte tenu des ressources nécessaires - compétences IT, services supports, nombre d’ingénieurs disponibles -, l’Irlande, la France et la Pologne sont apparues comme les pays les mieux positionnés. L’Espagne et l’Italie ne disposaient pas de suffisamment desdites ressources. En raison d’une technicité supérieure des ingénieurs français par rapport aux polonais, plutôt orientés support, c’est la France qui a été retenue. Et c’est l’hébergeur haute densité qui a la charge d’accueillir les serveurs et équipements réseau de la nouvelle infrastructure dans un de ses datacenters situé en région parisienne. Un opérateur est dit haute densité quand il propose des puissances d’alimentation de 1.500 watts au mètre carré. Interxion, leader européen de la colocation pour les centres de traitement de données, est capable d’afficher un ratio allant jusqu’à 2.500 watts au mètre carré. Car la virtualisation nécessite des serveurs physiques beaucoup plus puissants, et donc plus gourmands en électricité, sur une surface concentrée. « Nous avons choisi d’opérer nous-mêmes cette plate-forme consolidée, sans recourir à un prestataire externe, considérant que l’effort et les coûts liés à la transformation seraient moindres », confie Loïc Richard.

« L’objectif était de virtualiser 80 % des applications sur un périmètre couvrant les serveurs x86 (utilisant les systèmes d’exploitation Windows et Linux, NDLR), Unix, AS400, précise Loïc Richard. Concernant les équipements réseau, tout doit être virtualisé. » Pour cela, le préalable est de disposer d’un réseau européen connectant les différents pays. C’est l’opérateur Cable & Wireless qui a été retenu courant 2010, un choix dicté par un alignement sur la stratégie télécoms du groupe Aviva. « Nous ne partions pas de zéro en termes de compétences, 30 % de nos applications, en moyenne, étaient déjà virtualisées, avec un ratio dépassant 40 % pour la France », relate Loïc Richard. En 2006 déjà, Aviva France menait un projet pour virtualiser et consolider 180 serveurs (x86, NT et AS400) sur trois machines physiques. Un appel d’offres pour l’hébergeur haute densité est lancé mi-2010. Interxion est sélectionné en octobre. La consolidation débute alors en 2011, pays par pays. D’abord la Pologne, puis la France, l’Italie, l’Espagne… Elle est terminée en décembre 2011, à l’exception de l’Irlande où elle sera effectuée courant 2012. « Consolider application par application n’était pas envisageable, car le risque aurait été trop grand, explique Loïc Richard. Par exemple, les effets de latence auraient pu être très importants entre deux applications, l’une virtualisée, l’autre pas, échangeant des informations sur un réseau de type Wan (Wide Area Network, réseau étendu NDLR). »

Préparation du catalogue de services

Pour l’instant, Aviva a consolidé l’ensemble de ses serveurs en Europe, mais ils demeurent des serveurs fonctionnant comme à l’origine. « Nous devons travailler désormais sur la transformation, déclare Loïc Richard. La première étape consiste en l’élaboration d’un catalogue de services pour les différents marchés européens couverts par Aviva. Nous devons implémenter des processus et des services (prix, surveillance, mise à disposition…) pour les améliorer de façon permanente. » Le travaux ont déjà commencé avec la création de services liés à la stabilité de l’infrastructure. Cela suppose des taux de disponibilité par serveurs en fonction du niveau de service souhaité : platinum, gold, silver ou bronze. Le temps de latence sur le réseau est également garanti.

La prochaine étape consistera, pour un nouveau projet, comme le développement d’une nouvelle application métier, à apporter une réponse standard, en termes de coûts, de délai de livraison et de services associés (monitoring - surveillance des équipements, reprise d’activité après une panne…). « Nous évoluons par étapes, annonce Loïc Richard. Nous avons comme objectif de livrer une première version du catalogue de services d’ici à fin 2012, sans aborder forcément encore la dimension du coûts des services d’infrastructures délivrés. » Aujourd’hui, les différentes entités utilisatrices sont facturées à l’usage (stockage, puissance, bande passante…), pas encore au service. Mais une telle infrastructure entièrement virtualisée est évidemment le préalable à un cloud computing privé. En effet, le cloud computing se définit selon cinq caractéristiques : mutualisation des ressources (stockage, puissance de calcul, capacité réseau, services, applications…), mise à disposition en libre service, capacité à monter en charge pratiquement sans limite, accès universel à ces ressources via le réseau et facturation de ces ressources à l’utilisation. Déployée à grande échelle comme c’est le cas chez Aviva, cette infrastructure lui procurera certainement un avantage concurrentiel, permettant aux utilisateurs de l’IT de s’affranchir des contingences matérielles souvent très lourdes.

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