Rencontre avec... Cécile Lapenu, directrice exécutive du réseau Cerise* et vice-présidente de la Plate-forme européenne de microfinance (e-MFP)

« Des avancées qui pourraient inspirer d’autres secteurs »

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

Quels sont les besoins des institutions de microfinance (IMF) pour être plus professionnelles ?

Parmi les facteurs de fragilité, la gouvernance doit être clarifiée. Les IMF doivent aussi améliorer leur gestion des risques, car en grandissant, elles ont besoin de procédures claires, d’agents de crédit bien formés, d’une bonne analyse de risque, ainsi que de diversifier leur portefeuille de clients et leur offre. En matière de systèmes d’information, des outils adaptés existent mais il faut être capable de les intégrer. L’enjeu des IMF est de croître de façon maîtrisée en évitant l’excès de concurrence dans certaines zones.

Quel est le rôle du réseau Cerise ?

Cerise est un réseau d’organismes travaillant à l’amélioration des pratiques des IMF en lien avec leur mission sociale, selon un double objectif : garantir des IMF pérennes et lutter contre la pauvreté. Cerise a créé des outils d’audit comme SPI (Social Performance Indicators) pour identifier leurs forces et leurs faiblesses sur des sujets tels que le ciblage de la clientèle, l’adaptation des services, la protection des consommateurs... Cela leur sert aussi à se situer par rapport à leurs pairs car la base de données SPI est riche. Cerise a aussi développé un outil d'audit pour les fonds d'investissement, SAM (Social Audit tool for MIV - microfinance investment vehicles) qui analyse les processus, activités et profil des IMF ciblées en fonction des objectifs sociaux des fonds.

Y a-t-il des corrélations entre performances financières et sociales ?

Il existe des liens. Par exemple, une gamme de services financiers et non financiers de qualité ou la participation des clients ont un effet positif sur la rentabilité des IMF. Mais il n’y a pas encore de benchmark. Le réseau international de la Social Performance Task Force (SPTF) réfléchit à des standards universels de performance sociale autour de la gouvernance ou des performances financières « raisonnables ». Par exemple, le niveau des taux d'intérêt donne depuis longtemps lieu à des débats passionnés que Microfinance Transparency contribue à apaiser à travers ses statistiques sur les coûts des services en fonction des contextes et des produits. Les avancées considérables de la microfinance depuis dix ans pourraient même inspirer d’autres secteurs.

*Comité d’échange, de réflexion et d’information sur les systèmes d’épargne-crédit : www.cerise-microfinance.org

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