Attijariwafa Bank devient un pont entre l’Afrique et l’Orient

le 25/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Dans sa logique d’expansion, la première banque marocaine a signé un accord avec Qatar National Bank et Bank of China. Son capital pourrait évoluer.

Attijariwafa Bank devient un pont entre l’Afrique et l’Orient

A seulement trois jours d’écart, fin juin, Attijariwafa Bank a signé un « mémorandum d’entente » avec Bank of China, qui gère 2,48 millions de clients entreprises (ainsi que 172 millions de particuliers) et opère dans plus de 36  pays, et un « protocole stratégique » avec Qatar National Bank (QNB), présente dans 25 pays. La première banque de Chine et celle du Qatar pourront ainsi promouvoir et développer, en accord avec leur alter ego marocain, leurs échanges commerciaux et leurs investissements en Afrique où la croissance économique s’est élevée à 4,5 % en 2012, avec une reprise progressive des économies du Nord après les troubles politiques de 2011 (3,1 % en 2012). Toutefois, entre Attijariwafa Bank (AWB) et la filiale bancaire du fonds souverain Qatar Investment Authority, la logique industrielle et financière va au-delà, selon Yoann Lhonneur, directeur associé de Devlhon Consulting : « Le memorandum avec Bank of China porte sur un accompagnement classique des flux internationaux, remarque-t-il. Avec QNB, l’alliance inclut des co-initiatives de financement du commerce, des transactions en financements structurés et en conseil financier aux investisseurs qataris, notamment sur le continent africain. Or QNB dispose d’un savoir-faire important dans les infrastructures et d’une présence en Afrique de l’Est complémentaire à celle d’AWB, ainsi que d’une offre en finance islamique. »

Avec environ 80 % de son activité au Maroc, AWB s’est hissée parmi les grandes banques du Maghreb. Elle y dispose d’ailleurs d’une palette complète en bancassurance : crédits immobilier et à la consommation, transfert de fonds, assurance, crédit-bail mobilier, location longue durée et affacturage. De plus, « la banque d’investissement et les activités de marché représentent désormais plus de 15 % de son activité », souligne Yoann Lhonneur. Le groupe a aussi franchi la première étape de son expansion, en Afrique de l’Ouest, grâce au rachat en 2009 des filiales de Crédit Agricole SA. Il couvre ainsi Tunisie, Sénégal, Burkina-Faso, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie, Côte-d’Ivoire, Congo, Gabon et Cameroun, mais aussi Belgique, France, Allemagne, Pays-Bas, Italie et Espagne en Europe, et dispose de bureaux de représentation à Dubaï, Riyadh, Londres, Shanghai et Tripoli par le biais de filiales bancaires contrôlées majoritairement.

Financer l’expansion

« Doté d’un système de management des risques ultra-moderne et d’une stratégie à la fois agressive et cohérente, Attijariwafa Bank affiche de fortes ambitions à l’international, explique son président, Mohamed El Kettani, sur son site internet. Désormais, toutes les chances sont réunies. » L’accord entre AWB et QNB sert ainsi la stratégie d’expansion de chacun des deux groupes : « AWB a démontré une stratégie de long terme. Quant à QNB, elle a pour objectif d’atteindre plus de 45 % de ses actifs à l’étranger », précise Yoann Lhonneur. Si QNB a repris fin 2012 la National Societe Generale Bank (NSGB) en Egypte au français Société Générale, il a échoué à prendre pied sur le marché turc. Or « nous avons toujours hâte de monter le bon partenariat avec les bonnes entreprises, a déclaré Abdulla Mubarak al-Khalifa, directeur général Corporate & Financial Institutions de QNB. Attijariwafa Bank est l'un de ceux qui se distinguent en Afrique. » Le directeur général d’AWB, Boubker Jai, s’est quant à lui félicité de s’associer « à l'une des banques les plus solides au monde (...). Nous sommes confiants (...) pour nos deux banques ».

Il est aussi possible que ce partenariat trouve un prolongement capitalistique. QNB pourrait reprendre, selon l'agence d’information économique africaine Ecofin, la participation de la Société nationale d’investissement (SNI), le conglomérat de Mohammed VI qui a déjà cédé plusieurs participations majeures, dans Attijariwafa Bank, soit 46,8 % de son capital. « AWB a besoin d’optimiser ses coûts de refinancement et de renforcer ses fonds propres, rappelle Yoann Lhonneur. Le régulateur le demande aux banques de la place, ses ambitions de développement le nécessitent et la croissance de ses crédits est telle qu’un rapprochement serait une bonne opération. Mais toute prise de contrôle rapide est peu probable. » En tout cas, les européens sont hors jeu. On peut d’ailleurs se demander quel serait l’arbitrage de l’espagnol Santander, qui détient 5,3 % d’AWB après en avoir cédé 10 % à SNI fin 2009, si QNB entrait au capital d’Attijariwafa Bank.

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