Attention, monnaie virtuelle

le 20/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Faut-il avoir peur des monnaies virtuelles ? La vitesse d’adoption de certaines d’entre elles, dont la plus célèbre, « bitcoin », ce protocole technique libre et ouvert échappant à toute régulation, laisse plus d’un observateur pantois. Faut-il pourtant vraiment s’étonner d’un tel engouement, en ces temps de défiance des monnaies et institutions financières traditionnelles ? En répondant à des besoins croissants de fluidité des échanges, de rapidité des dénouements, de réduction de coûts et d’anonymat des transactions, les monnaies virtuelles ne peuvent que trouver leur public à l’heure d’internet triomphant.

Parler de véritable système de paiement mondial alternatif qui viendrait concurrencer celui des monnaies officielles, soutenues par les banques et les Etats, serait pourtant aller trop vite en besogne. Car « bitcoin » est encore bien loin de détenir toutes les caractéristiques que l’on prête traditionnellement à une monnaie : mode de règlement des transactions courantes, outil de réserve et d’épargne, et unité de mesure de la valeur des biens. Certes, cette devise virtuelle se propose de correspondre au premier volet de ce triptyque, car c’est la raison même de son apparition dans les échanges électroniques et de son acceptation croissante par les commerçants. Autre fait à porter à son crédit : son universalité. Il est possible d’en acheter et d'en vendre partout dans le monde, à partir de toute devise, à tout moment. Mais comme valeur de réserve et de mesure, on est loin du compte. La fixation de son prix, résultat du jeu de l’offre et de la demande, la rend beaucoup trop vulnérable aux soubresauts de son marché. Quant à la confiance, la base de tout système monétaire, « bitcoin », qui postule un système sans banque centrale, a du chemin à faire, et doit prouver qu’elle est autre chose qu’un vecteur de blanchiment d’argent, de fraude fiscale et de transactions illicites.

Les Etats, qui ont déjà délégué aux banques centrales leur droit de battre monnaie, ne semblent pas prêts à laisser éroder encore plus leur pouvoir monétaire régalien au profit d’acteurs virtuels, pas plus que de laisser proliférer des activités illégales et de perdre les recettes fiscales afférentes. Régulateurs et banques centrales, sans parler des services de renseignements, sont sur le pied de guerre. Mais ils auront fort à faire. Car si fermer une plate-forme de paiement électronique, telle celle de Liberty Reserve, reste simple, contrôler des milliers de serveurs dispersés dans le monde est une autre paire de manches. D’autant que « bitcoin » fait déjà des émules et pourrait bien se muer en hydre de Lerne de l’ère numérique sans Hercule à sa mesure…

Pour les banques, la menace n’est pas immédiate. Mais l’alerte est donnée, alors que leur position est déjà inexorablement grignotée par les nouveaux prestataires de paiement.

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