Les assureurs-dommages poussés à des alliances industrielles

le 13/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Cinq compagnies ont décidé de mutualiser leurs achats dans la gestion des sinistres afin de réduire leurs frais et d’améliorer leurs résultats techniques.

Nouveau mariage de raison dans l’assurance. Cinq compagnies - Pacifica (filiale du Crédit Agricole), Sogessur (Société Générale), Thélem Assurances, Aviva France et Generali France - envisagent de mettre en commun leurs achats liés à la gestion des sinistres IARD. En cours de discussions, ce projet devrait aboutir au 1

eravril et sera limité, dans un premier temps, à la gestion des sinistres automobiles avec la constitution d’un réseau commun de 1.400 à 1.500 réparateurs agréés. « Dans un univers où la concentration se matérialise de plus en plus, il y a tout intérêt à se constituer en puissance assurancielle, explique Gérard Bonnet, directeur de l’indemnisation chez Generali France et président de Karéo, un groupement d’intérêt économique créé en 2008 avec Aviva France auquel vont adhérer Pacifica, Sogessur et Thélem Assurances. Cette alliance nous permet d’être dans le peloton de tête des compagnies ayant un parc assuré important. » Avec près de 4,5 millions de véhicules en portefeuille, les cinq protagonistes sont encore loin de Covéa (9,6 millions de voitures assurées) - qui regroupe Maaf, MMA et GMF - ou de Sferen, la société de groupe d’assurance mutuelle réunissant Macif, Maif et Matmut, qui revendique plus de 10 millions de véhicules. Ils se rapprochent en revanche d’Axa France (5 millions).

2 % à 5 % d’économies

Cette union illustre une tendance de fond observée sur le marché depuis plusieurs années : la mise en commun de moyens entre acteurs qui se livrent une concurrence féroce sur le marché. Ainsi, dès 2003, Maaf et MMA ont mutualisé leur plate-forme santé avec celle d’AGF (devenue Allianz) pour donner naissance à Santéclair. De même, la création de Sferen en 2009 visait à mutualiser un certain nombre de moyens et de capacités d’achats (réassurance, informatique, prestataires dommages). L’objectif poursuivi est identique : renforcer son pouvoir de négociation avec les prestataires et ainsi maîtriser ses coûts. « Quand on est un petit acteur sur le marché, il est utile de trouver des partenaires pour mutualiser les achats, indique Hugues de Marolles, directeur de l’indemnisation chez Aviva France. Cela doit nous permettre de rester compétitifs en termes de tarifs et aussi de peser sur les coûts, qui sont le nerf de la guerre. » En assurance automobile, l’enjeu est particulièrement crucial. Entre 2005 et 2009, les frais de gestion des sinistres, exprimés en pourcentage des primes nettes, est passé de 8,9 % à 9,3 %, selon les données de la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA). La faute à la flambée des prix de réparations (pièces détachées, main-d’œuvre). Or, « en assurance automobile, les dommages matériels représentent 50 % des coûts totaux, note Christophe Angoulvant, senior partner chez Roland Berger Strategy Consultants. Les effets volumes sont donc très importants et doivent permettre de réduire les coûts. » Si les économies attendues « seront différentes d’une compagnie à l’autre, selon Gérard Bonnet, elles peuvent représenter entre 2 % et 5 % du montant des réparations ».

Impact sur le ratio combiné

Qui dit réduction des coûts dit gain de quelques points de ratio combiné (rapport des frais de gestion et du coût des sinistres sur les primes encaissées). Sur ce point, l’urgence est réelle pour les assureurs. Entre 2008 et 2009, cet indicateur s’est fortement dégradé, passant de 103 % à 109 % dans la branche automobile, selon les chiffres de la FFSA. « Si vous réduisez vos coûts sur les dommages matériels, vous améliorez mécaniquement votre ratio combiné, confirme Christophe Angoulvant. Une telle alliance aura donc un impact non négligeable sur ce ratio, même si cette action ne va pas tout changer à elle seule. »

Réservée aux dommages matériels en assurance automobile, cette union pourrait progressivement s’étendre à d’autres domaines, comme le bris de glace ou l’assurance dommages. Une telle initiative pourrait surtout faire des émules sur le marché. « Les acteurs ayant 5 % de part de marché, ou moins, vont sans doute être interpellés, estime Christophe Angoulvant. Ce type de démarche devrait d’ailleurs se poursuivre à l’avenir. » De fait, « certains y réfléchissent déjà », indique Gérard Bonnet, refusant de divulguer les noms des compagnies concernées.

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