Les assureurs-crédit résistent à la tempête économique

le 13/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Face à une sinistralité accrue, les acteurs révisent leur exposition et augmentent leurs prix.

Coface affiche des performances solides à fin juin.

Coface attendra pour être fixé sur son avenir. Considéré depuis 2009 comme une simple participation financière par sa maison mère Natixis, l’assureur-crédit ne sera pas introduit en Bourse de si tôt. « La cotation reste le scénario de référence, précise pourtant Jean-Marc Pillu, directeur général de Coface. Mais il faut que les conditions de marché soient favorables. Les perspectives d’ici à la fin de l’année sont faibles. En interne, nous sommes prêts. » Mais aucune banque conseil n’a encore été mandatée. En attendant, la direction ne ménage pas ses efforts pour rendre la mariée plus belle. Renforcement de l’autonomie financière de ses activités d’affacturage, amélioration de sa solidité financière, endettement quasi nul, préparation d’un nouveau plan stratégique à trois ans... Rien n’est laissé au hasard pour séduire de potentiels investisseurs.

Hausse des défaillances

Mieux, la compagnie affiche des performances solides à fin juin. Tirant les fruits de sa politique de recentrage sur l’assurance-crédit, son résultat opérationnel progresse de 25,8 % au premier semestre (+13,1 % hors coûts de restructuration du premier semestre 2011), tandis que son résultat net enregistre une croissance de 22,5 % (7 % hors coûts de restructuration). Une gageure dans ce contexte économique morose. Euler Hermes, son principal concurrent, en a quant à lui pâti. A fin juin, la filiale d’Allianz a vu son résultat opérationnel reculer de 11,3 % et son bénéfice net de 16,2 %. « Le groupe nous semble toujours bien armé face à la crise actuelle », juge pourtant Benoit Valleaux, analyste chez Natixis Securities, soulignant « la bonne résistance de sa profitabilité ». Quant à Atradius, « nos revenus progressent de 4 % à fin août en France et dans une proportion similaire au niveau du groupe, note Yves Poinsot, directeur général d’Atradius France. Les impayés ont progressé de 10 %. Nos marges en France se dégradent même si elles restent acceptables ».

De fait, les assureurs-crédit subissent de plein fouet la recrudescence des défaillances d’entreprises. Leur ratio de sinistralité (coût des sinistres rapporté aux primes nettes, NDLR) s'en ressent. Il se dégrade de 9,1 points chez Euler Hermes - dont 5 points liés à trois sinistres, à l’image de la faillite de la chaîne de drogueries allemandes Schlecker - tandis que celui de Coface est en repli de 1,4 point à fin juin.

La donne ne devrait pas changer de si tôt. « Nous prévoyons une augmentation de 4 % des défaillances en France comme dans le reste du monde, avance Ludovic Sénécaut, président du directoire d’Euler Hermes France. Sur le marché français, nous serons au-delà de 60.000 défaillances pour la quatrième année consécutive. » Pire, les défaillances concernant des entreprises de taille plus importante, à savoir celles réalisant plus de 15 millions de chiffre d’affaires, augmentent sérieusement. « Sur les douze derniers mois, nous observons une croissance de 20 % des défaillances touchant ces entreprises, souligne Ludovic Sénécaut. A fin juillet, les quinze plus grosses défaillances concernent des entreprises qui cumulent 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Sur l’ensemble de l’année 2011, c’était 2,2 milliards d’euros. »

Face à de tels vents contraires, les assureurs-crédit s'activent. « Les compagnies sont sur le pied de guerre et n’attendent pas l’arrivée de catastrophes pour prendre des mesures qui s’imposent, remarque Marc-Philippe Juilliard, directeur senior chez Fitch Ratings. Les acteurs sont conscients des risques et ont les moyens de réagir. » Les remèdes sont classiques : hausses tarifaires, gestion prudente des risques, politique de souscription plus sélective, voire réduction des expositions. « Nous avons décidé d’augmenter la fréquence de revue des risques des entreprises, reconnaît Ludovic Sénécaut. Nous pouvons être amenés à réduire des couvertures ou des expositions sur certains risques sensibles et, pour les nouvelles demandes, nous pouvons être plus restrictifs sur ce même type de risque. Néanmoins, nos expositions continuent d’augmenter en France comme dans chaque région du monde. »

De fait, ces expositions ont progressé de 4,6 % (55 milliards d’euros)entre fin 2011 et juin 2012 chez Euler Hermes. Coface n’est pas en reste avec des encours bruts en hausse de 3 % entre le premier semestre 2011 et le premier semestre 2012. Toutefois, le groupe a réduit la part de ses stocks sur les risques dits élevés de 17 % à 14 %, passant ainsi de 68,3 à 58,2 milliards d’euros sur un an. « Nous faisons preuve d’une plus grande sélectivité dans les garanties et les couvertures, concède Jean-Marc Pillu. En parallèle, nous incitons les commerciaux à augmenter les taux sur des contrats qui risquent d’être déficitaires. Aujourd’hui, nous sommes dans une logique d’augmentation des taux, après une légère baisse en 2011. »

Si Coface n’a donné aucune indication sur l’ampleur de ces majorations tarifaires, d’autres n’ont pas cette pudeur. « Nous sommes dans une démarche de hausses de prix qui pourraient être de l’ordre de 5 % pour les renouvellements des polices arrivant à échéance, ne cache pas Ludovic Sénécaut. Mais ces majorations dépendent de la situation individuelle de chaque contrat. » En revanche, chez Atradius, « nous n’envisageons pas de prendre des mesures de hausse de prix généralisée, ceux-ci restant globalement stables », annonce Yves Poinsot.

En parallèle, les compagnies entendent poursuivre leurs efforts en matière de maîtrise de coûts. De fait, le ratio de coûts d’Euler Hermes s’améliore de 1,8 point en un an, celui de Coface restant quasiment stable à 24,9 % (-0,1 point sur un an). « Nous avons été très stricts en termes de coûts et d’efficacité opérationnelle, estime toutefois Jean-Marc Pillu. Les frais internes continuent de diminuer et cela sera encore le cas sur le reste de l’année. » A cet égard, Coface travaille notamment à la centralisation de la réassurance, de la gestion financière et du marketing.

Cap sur les émergents

Si rigueur et discipline sont leurs priorités, les assureurs-crédit n’entendent pas lever le pied en matière de développement. En ligne de mire : les pays émergents d’Asie-Pacifique et d’Amérique latine, véritable moteur de leur dynamique commerciale depuis le début de l’année. De fait, les acteurs y enregistrent des taux de croissance de leurs primes compris entre 25 % et 30 %. Euler Hermes évoque même une progression de 45 % de ses revenus en Chine. « Il faut aller là où se trouve la croissance. Or visiblement, elle ne se trouve pas en Europe. C’est donc un développement souhaitable », juge Marc-Philippe Juilliard. Coface, qui encaisse 30 % de ses primes dans ces marchés émergents, ne cache d’ailleurs pas son jeu. « Nous voulons absolument nous développer dans ces pays, avance Jean-Marc Pillu. Nous avons un partenariat en Chine avec Ping An qui distribue nos produits. En Amérique latine, nous sommes présents au Pérou depuis deux ans et nous avons demandé une licence en Colombie. » Le discours est à l’avenant chez Euler Hermes qui, outre l’Asie, fonde beaucoup d’espoirs en Amérique latine où il finalise une coentreprise avec l’assureur espagnol Mapfre. « Ce partenariat nous permettra de doubler de taille dans la région Amérique latine, explique Ludovic Sénécaut. Cette coentreprise devrait être pleinement opérationnelle au 1er janvier 2013. » Euler Hermes, qui réalise environ 10 % de ses revenus dans les pays émergents, s’est fixé l’objectif d’augmenter son activité de 30 % d’ici à trois ans. Pour autant, « il ne faut pas imaginer de rythmes de développement fulgurants dans ces pays, nuance Marc-Philippe Juilliard. Certes, le potentiel existe mais il faut du temps pour y développer des expertises et des compétences ».

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