L'avis d'expert de François Meunier, président de Alsis Conseil, ancien directeur général de Coface France

Les assureurs-crédit jouent un rôle de dissuasion bien utile

le 13/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Faut-il s’inquiéter de l’évolution des délais de paiement ?

Oui, le non-respect de la LME n’est pas une bonne chose. On peut voir le crédit client comme un élastique dans les relations inter-entreprises : d’un côté, il permet à une entreprise cliente de faire pression sur son fournisseur si jamais la livraison n’est pas conforme aux termes du contrat. Tant qu’on n’a pas payé, on peut discuter. C’est une sorte d’assurance litige. Mais de l’autre, s’il devient trop tendu, il y a risque de faillite pour le fournisseur qui attend ses paiements. Or, il semble que l’élastique soit aujourd’hui trop tendu en France. Les encours clients représentent 20 % du bilan des entreprises en France, contre 14 % en Allemagne. C’est nocif pour l’économie car cela tend à faire jouer à l’entreprise le rôle d’une banque et à lui faire courir des risques excessifs. C’est le signe d’un dysfonctionnement du système financier. Je suis en faveur d’un nouveau tour de vis, avec des délais de paiement légaux passant de 60 jours à 45 jours calendaires.

L’assurance-crédit ne devrait-elle pas étendre son rôle ?

Elle se trouve critiquée, souvent à tort. Les assureurs-crédit ont le mérite de renforcer le pouvoir des fournisseurs face à leurs mauvais payeurs. Ils jouent un rôle de dissuasion bien utile. Comparez la situation d’une banque et celle d’une entreprise qui fait du crédit client. Au nom de quoi laisserait-on traîner un paiement envers son fournisseur (une forme de crédit gratuit) alors qu’on ne se risque jamais à oublier un paiement à sa banque, pourtant bien plus solide financièrement ? S’il y a problème, cela vient de la concentration des acteurs, c’est-à-dire des preneurs de risque. Pas tant à cause d’un pouvoir accru vis-à-vis de leurs clients, les fournisseurs, parce que la concurrence est très rude entre eux. Mais à cause de leur poids trop grand vis-à-vis des acheteurs. Il suffit que deux assureurs-crédit dégradent la notation d’un acheteur pour qu’il ne puisse plus trouver de fournisseur qui lui fasse crédit. Le gouvernement, depuis le rapport Charpin, tente de régler cela en exigeant davantage de transparence dans la notation.

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