Les assureurs britanniques résistent aux inondations sans trop de dommages

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

La facture est réduite à la fourchette basse des estimations des analystes. Le secteur doit néanmoins gagner en stabilité.

Les inondations qui ont frappé le sud du Royaume-Uni cet hiver ne coûteront finalement pas aussi cher que celles de 2007. Les assureurs avaient alors déboursé 3 milliards de livres (3,6 milliards d’euros). L’ABI, l'association des assureurs britanniques, a indiqué le 13 mars que les compagnies de dommages devraient cette fois s’acquitter d’une facture de 446 millions de livres pour les dégâts causés par les inondations. L’indemnisation de l’ensemble des sinistres liés aux intempéries, orages compris, alourdirait la note à 1,1 milliard de livres.

Les assureurs dommages ont d’ores et déjà intégré le début de la période des inondations dans leurs comptes de 2013 : pour Direct Line, dont RBS se désengage progressivement, les intempéries ont coûté jusqu’à présent entre 70 et 90 millions de livres. Le numéro six de l’assurance européenne Aviva, qui a renoué avec les bénéfices cette année, a indiqué que les inondations au Royaume-Uni avaient impacté le résultat opérationnel du groupe de 60 millions de livres. Le groupe a également souffert à hauteur de 129 millions de livres des inondations survenues l’an dernier au Canada. Une étude de Morgan Stanley (« UK Floods-Insured loss looks manageable, so far ») rappelle cependant que l’assureur avait pris ses précautions suite aux événements de 2007 : Aviva, qui avait alors enregistré 430 millions de livres de pertes, est désormais protégé par un contrat de réassurance qui assume toutes les pertes au-dessus de 150 millions de livres pour l’année fiscale 2014.

Chez RSA, le poids des inondations, estimé entre 45 et 60 millions de livres, a toutefois été occulté par les irrégularités comptables découvertes en fin d’année dernière dans les opérations irlandaises. Celles-ci ont déclenché trois avertissements sur résultats et le départ de son directeur général. Désormais dirigé par l’ancien patron de RBS, Stephen Hester, l’assureur est finalement parvenu à regagner les faveurs de Standard & Poor’s (S&P), qui avait abaissé sa note de « A » à « A- » en décembre. Fin février, l’agence de notation a relevé la note de RSA de « A- » à « A » accompagnée d’une perspective stable, suite à l’annonce d’un plan de restructuration et de l’appel aux investisseurs. « Nous ne prendrions en compte les dégradations pour inondations que si le capital de l’assureur avait été impacté suite à ces inondations, explique Mark Nicholson, analyste chez S&P, et s’il l’avait été de manière disproportionnée par rapport à son modèle de risque. »

 

De manière générale, les analystes s’attendent à un impact à hauteur de quelques points de pourcentage du ratio combiné, qui mesure la rentabilité technique, de leurs opérations dommages.Celui-ci devrait rester rentable en s’affichant dans la fourchette haute des 90 %, un ratio supérieur à 100 signalant une perte. En 2013, Aviva a ainsi maintenu un taux stable sur une année à 97,3 %, comparé à 97 % une année auparavant. Principalement impactée dans le cadre des inondations, l’assurance habitation, qui représentait outre-Manche 26 % de l’ensemble des primes souscrites en dommages en 2012, pourrait échapper à une hausse significative des tarifs. « On pourrait effectivement s’attendre à une hausse des tarifs dans l’assurance habitation, avance Mark Nicholson, mais la pression politique est telle à l’heure actuelle que cette augmentation risque d’être modérée et de ne pas dépasser une hausse à un seul chiffre. »

Intervention de l’Etat

 

Suite à la multiplication des désastres liés aux inondations, le gouvernement britannique travaille actuellement à la mise en place d’un dispositif public sous le nom de Flood Re, qui devrait voir le jour en 2015. Ce dispositif, dont l’objectif est de permettre aux foyers les moins aisés d’assurer leurs maisons contre les inondations moyennant un plafonnement des primes, fait actuellement débat. Il exclut en effet, dans sa forme actuelle, un certain nombre de biens à l’image des locaux des PME, des maisons construites après 2009 ou encore de tout l’immobilier résidentiel !

Résistant aux inondations, le secteur de l’assurance dommages britannique doit néanmoins encore trouver les recettes du succès dans l’assurance automobile. « Ce segment a été l’un des plus volatiles du secteur au cours des dernières années et l’on commence seulement à percevoir quelques signes de modération suite aux réformes légales liées aux dommages corporels introduites en 2013, explique Mark Nicholson. Pour autant, les assureurs risquent de ne pas en bénéficier. » Selon des statistiques publiées récemment par Ernst & Young, la rentabilité ne serait toujours pas au rendez-vous cette année, avec un ratio combiné attendu à 114 % pour l’assurance automobile.

A lire aussi