Assurance-vie, les progiciels de gestion de contrats progressent

le 26/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Les grands assureurs disposent toujours de systèmes développés en interne mais les acteurs de taille moyenne se tournent vers les progiciels.

Dans leur transition vers les progiciels de gestion, les compagnies d’assurance vie ont une dizaine d’années de retard sur les banques. » Pour Frédéric Valluet, directeur de l’offre assurance chez l’éditeur Linedata, les assureurs se sont jusqu’ici montrés prudents mais commencent à se lancer dans les progiciels pour gérer le « cœur de métier » - à savoir, la gestion des contrats et des sinistres. Cette tendance est certes récente et les grands groupes du secteur (CNP, Allianz, Generali…) disposent toujours, dans leur grande majorité, de solutions développées en interne.. Mais la décollecte dans l’assurance-vie et la chasse aux coûts provoquée par une concurrence accrue et par l’émergence d’acteurs « low cost » poussent certaines compagnies de taille moyenne à s’équiper de progiciels. Ces derniers sont en effet moins coûteux à administrer, mais aussi plus évolutifs que les systèmes maisons. « En France, le marché des progiciels ‘verticaux’ pour l’assurance a récemment dépassé les 200 millions de dollars, indique ainsi Gilles Biscay, directeur Europe d’Accenture Software. Il croît de 6 % à 7 % par an, soit 3 ou 4 points de plus que le volume total de la dépense informatique. Et quand on observe les intentions d’achat, 65 % des DSI dans l’assurance envisagent de s’équiper, contre seulement 30 % en 2008. » « Le secteur est traditionnellement plus conservateur que la banque, mais on commence à voir des positions plus iconoclastes, renchérit Frédéric Valluet chez Linedata. Certains assureurs effectuent même de véritables ‘bonds en avant’, passant de systèmes très lourds, développés en interne, à des progiciels exploités et hébergés chez un prestataire. »

Le succès grandissant des progiciels s’explique principalement par les améliorations notables qu’ils ont connues ces dernières années. Plus complets, ils sont désormais configurés selon des modèles de processus issus des meilleures pratiques. Autre tendance favorable, les délais de déploiement raccourcissent. « Aux Etats-Unis, nous avons mis en place en moins de six mois un module de déclaration de sinistres en ligne pour une grande compagnie d’assurances, en mode ‘cloud’. Jusque-là, ce type de projet prenait neuf à douze mois », souligne Gilles Biscay.

Clôture accélérée

Chez Parnasse-Maif, la filiale assurance vie du groupe mutualiste qui gère 7 milliards d’euros pour 340.000 adhérents, l’adoption d’un progiciel de gestion des contrats remonte à 2003. « A cette époque, Parnasse-Maif était très en amont du marché », note Frédéric Valluet. Dans un premier temps, les produits en unités de compte, soit environ 5 % du portefeuille, ont migré vers le progiciel Master I de Linedata. Deux ans plus tard, les contrats d’assurance-vie en euros ont rejoint le périmètre, pour une couverture de 90 % du portefeuille. Enfin, en 2007, le progiciel a géré également la prévoyance. « Une grande partie de la gestion a été automatisée : les arbitrages automatiques, les rachats et versements programmés ou encore le calcul des frais de gestion…, témoigne Frédéric Valluet. De même, les clôtures comptables ont été accélérées. » Sans oublier les gains en qualité grâce aux vérifications automatiques réalisées par Master I. Aujourd’hui, environ 80 gestionnaires de back-office utilisent le progiciel, ainsi qu’une vingtaine d’utilisateurs « métiers » (juristes, comptables, responsables de la communication). Master I communique, via des interfaces standards ou développées spécifiquement, avec le progiciel Sage et avec l’infocentre Maif. Plusieurs fois par semaine, des états de gestion sortent via Business Objects.

L’an dernier, Parnasse-Maif a déployé la nouvelle version de Master I pour se conformer aux nouvelles contraintes fiscales et réglementaires. D’une part, la loi de Finances pour 2011 a exigé des compagnies d’assurances un rehaussement des taux de prélèvements sociaux (de 2,2 % à 3,4 %) et un nouveau mode de calcul des contributions sociales sur les plus-values. De l’autre, la réglementation européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux et contre le financement du terrorisme s’est renforcée, imposant aux assureurs de collecter les données patrimoniales sur leurs clients et d’enregistrer l’origine des flux de trésorerie entrants et sortants. Le club utilisateurs de Linedata, qui existe depuis une dizaine d’années et qui est animé par un cabinet indépendant, a travaillé de concert avec l’éditeur pour la refonte du moteur fiscal. « Dans le cadre du club utilisateurs, nos spécialistes peuvent confronter leurs points de vue avec les services juridiques de nos clients. C’est aussi une zone d’échanges entre experts métiers des différents assureurs. Ces derniers fonctionnent plus efficacement en interaction qu’en vase clos », explique Frédéric Valluet de Linedata.

Un système évolutif

La mise en place de la nouvelle version de Master I chez Parnasse-Maif s’est faite dans des délais très serrés. Linedata n’a pu livrer la version que début septembre 2011, les textes de loi ayant été publiés en été. Or, la fin d’année est particulièrement chargée dans l’assurance-vie avec la revalorisation des contrats et l’envoi des relevés. Il a donc fallu réduire les périodes de test en conséquence. « En temps normal, nous aurions démarré les pré-tests en mai, pour une recette utilisateurs à partir de septembre et un lancement fin octobre. Ici, les pré-tests n’ont commencé qu’en juillet, soit deux mois de moins pour mener le projet », souligne Eric Breuillon-Grisez, DSI de Parnasse-Maif. Les tests et la pré-production ont nécessité « plusieurs centaines de jours-hommes », précise-t-il. Le résultat est probant : les utilisateurs se sont montrés satisfaits des nouvelles fonctionnalités et du moteur fiscal. De fait, Parnasse-Maif réfléchit actuellement au lancement de nouveaux produits.

Quant aux évolutions futures, elles auront trait en priorité au projet SEPA (espace de paiement unifié en euros). Sur ce sujet, le club utilisateurs de Linedata a déjà réagi à une note de cadrage rédigée par l’éditeur. Un premier lot sur les virements est prévu fin 2012, un second sur les prélèvements en 2013. Autre objectif, Parnasse-Maif souhaite ouvrir son système d’information pour se positionner en fournisseur de services vis-à-vis du groupe Maif. « Le groupe compte proposer aux particuliers des options de ‘self care’ [constitution du dossier par soi-même, NDLR] sur internet, indique Eric Breuillon-Grisez. Un système d’information tampon réceptionnera les demandes et les transmettra à Master I, qui ne fonctionne pas 24h sur 24 puisque la nuit il traite les batchs. » Enfin, l’assureur compte également passer à terme en client léger pour privilégier les services web. 

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